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Le dessinateur Moebius montrant une de ses planches

Moebius : "C'est difficile de parler de Dieu de façon aussi familière, ça fait un peu facteur-cheval, mais pourquoi pas ?"

55 min
À retrouver dans l'émission

1985 |Dieu, l'enfance, le dessin et le talent. C'est sur ces sujets que le dessinateur Moebius a choisi de s'étendre lors d'un entretien en 1985 avec Fabrice Pinte sur France Culture.

Le dessinateur Moebius montrant une de ses planches
Le dessinateur Moebius montrant une de ses planches Crédits : Francis Apesteguy / Contributeur - Getty

Ce n'était pas Jean Giraud, ce n'était pas Gir, c'était bien Moebius qui était l'invité de Fabrice Pinte le 4 août 1985 sur France Culture, même si, comme chaque amateur de bande dessinée le sait bien, un seul créateur se cachait, ou ne se cachait pas du reste, derrière ces trois identités. 

Lors de cet entretien, il était question d'utiliser des recettes pour la bande dessinée, des recettes qui passaient par le cœur. Mais Moebius se questionnait aussi sur le statut de créateur, sur la diffusion de ses œuvres et la capacité à les passer dans le bon journal, au bon prix, sans se faire manipuler par le rédacteur en chef. 

Dans cette émission il n'était pas tant question de bande dessinée que de Dieu, du talent, de l'enfance pas tellement heureuse, de l’activité de dessiner qui est auto-hypnotique et avec en sus, un conseil : ne pas se débarrasser trop bien d'un défaut qui peut être un don. 

Il y a 4-5 ans, j'ai eu l'impression d'être manipulé par la société, qui voulait me presser comme une pomme pour tirer du cidre, ou du raisin pour tirer du vin, et moi c'était pour en tirer du dessin. J'ai eu un mouvement de révolte où je me suis dit "Je vais arrêter de dessiner pour leur montrer à ces chiens, ils ne m'auront pas". C'était une attitude légitime, normale, parce que je n'avais pas encore vu que ce n'était pas la société qui me demandait de dessiner, c'était Dieu qui m'avait mis littéralement ce don dans les pattes pour que je fasse un travail, pas pour lui mais pour les Hommes, pour moi aussi bien sûr. Donc d'un seul coup tout s'est apaisé, je me suis remis à ma table à dessin. C'est difficile de parler comme ça de Dieu de façon aussi familière, ça fait un peu facteur-cheval. Mais pourquoi pas ? C'est ce que j'ai ressenti en tout cas.

Souvent quand on a des problèmes dans la vie, quand on a des tares, des vices comme on dit, bon, c'est ennuyeux, mais c'est comme si ça signalait une qualité, la possibilité d'un don. Le défaut, c'est la gangue du diamant. C'est pour ça qu'il faut faire attention quand on veut se guérir d'un défaut, c'est parfois nécessaire, mais il faut le faire avec attention, parce que si on se débarrasse trop bien de ce défaut, on risque d'être amputé d'une dimension, d'une chance.

Quand on commence à lire des livres vraiment allumés, Miller, ou Roussel ou Vian, on ne peut plus vraiment dessiner du cow-boy 24 heures sur 24.

C'est dur d'être bon, c'est dur d'être juste, c'est dur d'être généreux, c'est dur d'être beau. On y arrive d'accord, mais c'est dur ! On a l'impression qu'à une certaine époque c'était moins dur, il suffisait de naître, de respirer et puis on était beau. Quand on voit les êtres humains aujourd'hui, surtout ceux qui vivent dans les sociétés avancées, qu'est-ce qu'ils sont laids !"

  • Par Fabrice Pinte 
  • Avec Moebius 
  • Réalisation Annie Delers
  • Entretien - Moebius, dessinateur 
  • 1ère diffusion : 04/08/1985
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