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Couverture du catalogue de l'Exposition "Oulipo" à la BNF, dir. Claire Lesage et Camille Bloomfield
Épisode 8 :

Jacques Roubaud : "Si j'ai arpenté Paris pour composer des poèmes, c’est parce que j’ai un contentieux avec cette ville"

59 min
À retrouver dans l'émission

2007 |Dans cet entretien avec Emmanuel Laurentin de 2007, dans le cadre d'une série d'émissions consacrées à l'Histoire de Paris, le poète Jacques Roubaud racontait son rapport à la ville dont il est un infatigable arpenteur.

Jacques Roubaud en 1996
Jacques Roubaud en 1996 Crédits : Sophie Bassouls - Getty

« Le Paris que vous aimâtes / N’est pas celui que nous aimons / Et nous nous dirigeons sans hâte / Vers celui que nous oublierons ». Ainsi Raymond Queneau ouvrait-il son poème intitulé L’amphion, composé en 1923. 

Quelques décennies plus tard, son camarade de l’Oulipo Jacques Roubaud lui rendait hommage en ouverture de son recueil intitulé La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains. Le tout premier poème du livre s’intitulait sobrement « Paris », d’après Raymond Queneau : « Le Paris où nous marchons, n’est pas celui où nous marchâmes / Et nous avançons sans flamme / Vers celui que nous laisserons ». 

Dans beaucoup de poèmes, j’ai dans l’oreille des vers de Raymond Queneau.

Mathématicien, poète, membre de l’Oulipo qu’il rejoint six ans après sa fondation, en 1966, Jacques Roubaud est un infatigable arpenteur de Paris. « Marcher dans les rues, lire les rues, voilà ma tactique », écrit-il. Le 2 juillet 2007, Emmanuel Laurentin l’avait reçu dans la Fabrique de l’histoire sur France Culture, pour évoquer son lien à cette ville avec laquelle il avait, dit-il, « un contentieux ». Le poète expliquait la façon dont elle était devenue, pour lui, un matériau poétique.

Si je suis parti de manière systématique dans les rues de Paris pour composer des poèmes, c’est un peu parce que j’ai un contentieux avec la ville de Paris. Il vient du fait que je suis de famille provençale, que j’ai passé mon enfance, pendant la guerre, dans la ville de Carcassonne, avec la possibilité de marcher pieds nus, dans une ville sans voitures. Arriver, à l’hiver 1944-1945 dans cette ville glaciale qu'était Paris, c’était terrifiant. (…) A un moment donné, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. J’ai pensé à cette phrase de John Cage : « Si un bruit vous ennuie, écoutez-le ». Je me suis dit : Paris m’ennuie, je vais y aller, en marchant. 

Je suis l’enseignement de Queneau : il faut « lire les rues ». Ce qu’il y a écrit sur le macadam, ce qu’il y a écrit sur les murs, toutes ces choses-là. Ce que Georges Perec a appelé l’infra-ordinaire…

  • Par Emmanuel Laurentin 
  • Avec Jacques Roubaud 
  • Réalisation Marie-Christine Clauzet
  • La fabrique de l’Histoire - Le Paris de Jacques Roubaud (1ère diffusion : 02/07/2007)
  • Archive Ina-Radio France
Intervenants
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