LE DIRECT
Monument aux Morts de Saint-Paul  : Plaques commémoratives de l'appel du 18 juin
Épisode 18 :

Mélinée Manouchian : "Un jour de bonne heure Missak est parti, il n’est plus revenu, il était suivi minutieusement par un traitre qui était dans son groupe"

1h30
À retrouver dans l'émission

1964 |Cette nuit, trois volets d’une grande série sur la Résistance sont diffusés : "La Presse clandestine en 1943", "La Géographie de la Résistance" sur le rôle de l'Algérie pendant la guerre et "Les Etrangers dans la Résistance" sur le mouvement FTP-MOI avec un témoignage de Mélinée Manouchian.

  [ l'Affiche rouge] . Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime  de propagande allemande contre le groupe de résistants Manouchian.
[ l'Affiche rouge] . Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime de propagande allemande contre le groupe de résistants Manouchian. Crédits : Gallica / Domaine public

Différentes émissions constituaient le programme intitulé "1940-1944 : la Résistance, témoignages et documents pour servir l'Histoire" diffusée en 1964 sur France Culture pour commémorer les vingt ans de la libération. Cette nuit, trois volets seront diffusés : "La Presse clandestine en 1943", "Les Etrangers dans la Résistance" qui évoquera le mouvement "Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée" dont le groupe Manouchian faisait partie, et pour commencer, "La Géographie de la Résistance" qui s'attache à expliquer le rôle crucial de l'Algérie. Le Général Jousse donnait son analyse sur cette période : 

Ces évènements sont peu ou mal connus, si bien qu’ils sont restés obscurs, on ne pourra jamais écrire cette histoire particulière de l’Afrique du Nord si l’on persiste à déguiser la vérité. Les uns, surtout des militaires, ont cherché à cacher leurs misérables actions, et ils y réussirent d’autant mieux qu’ils étaient nombreux, d’autres se prêtèrent à ce jeu par opportunité, pour des motifs variés, d’intérêts personnels, ou d’ordre politique, certains prétextant ainsi sauvegarder le moral de l’armée, que la vérité aurait affectée. (...) Je voudrais sortir de l'obscurité certains faits essentiels.

Il analyse la position des Alliés, des Américains, des hommes de Vichy, et les conditions du débarquement en Afrique du Nord. Le second témoignage est celui du résistant Bernard Karsenty, qui fut l'un des organisateurs de la rencontre de Cherchell avec les représentants d'Eisenhower ; il représentait, pour sa part, les groupes d’Alger. Maxime Danan, auteur d'une thèse intitulée La Vie politique à Alger (1940-1944) témoigne sur le débarquement allié en Afrique du Nord, qui eut lieu le 8 novembre 1942. Le résistant José Aboulker et quelque quatre cents volontaires, déclenchèrent un putsch et arrêtèrent neuf généraux vichystes, dont Darlan et Juin, paralysant toute opposition au débarquement allié. 

Dans le second temps de l'émission était diffusé un volet de la série "La Presse clandestine" consacré à l'année 1943, produite par Roger Pillaudin. On entendait dans cet épisode les témoignages de Daniel Mayer et Philippe Vianney. 

Troisième temps de cette nuit, une émission consacrée aux étrangers dans la Résistance sur le groupe Manouchian

En mars 1944, les murs de toutes les communes françaises se sont couverts d’une affiche rouge éditée par les hitlériens, sur cette affiche on pouvait lire "Des libérateurs ? La Libération par l'armée du crime". Elle  reproduisait les photographies de dix étrangers qui avaient été fusillés le 21 février 1944 au Mont Valérien. Ils étaient dix sur l'affiche mais devant le peloton d'exécution, ils étaient vingt-trois, huit Polonais, un Roumain, trois Hongrois, un Espagnol, deux Arméniens, cinq Italiens et trois Français. 

C’était le groupe Manouchian qui avait exécuté, quelques mois auparavant, Julius Ritter, qui supervisait en France le Service du travail obligatoire (STO) et envoyait des dizaines de milliers de travailleurs français en Allemagne pour y soutenir l'industrie nazie. Le groupe Manouchian avait également exécuté et le commandant du Gross-Paris, le général Schaumburg.

Ces étrangers s’étaient organisés dans la MOI (Main d’oeuvre immigrée). Gérard Landon, citoyen tchécoslovaque qui fut l’un des premiers responsables de la MOI, raconte les actions armées les plus spectaculaires du mouvement. Puis le sort du résistant Missak Manouchian est évoqué par sa veuve, Mélinée Manouchian

Manouchian qui était commandant d'un groupe de Francs-Tireurs et partisans français fut arrêté le 16 novembre 1943. Orphelin arménien, il était arrivé en France en 1924. Formé à la menuiserie, il était devenu rédacteur en chef d'un journal arménien en 1936, quatre ans avant la guerre. Mélinée Manouchian explique que cent-dix actions ont été faites sous le commandement de son défunt mari. Les Allemands lui en ont reprochés cinquante-six : "ils ne savaient pas la totalité de ses actions". Mélinée Manouchian revient sur les circonstances suspectes de son arrestation : 

On vivait ensemble, j'étais sa secrétaire, chaque jour je faisais les rapports, les liaisons avec les partisans pour les rendez-vous. Un jour de bonne heure il est parti, il n’est plus revenu. (...) Il était suivi minutieusement par un traitre qui était dans son groupe. Vous savez très bien que Manouchian écrit dans sa dernière lettre que je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal personnellement. Mais je ne pardonne pas à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et à ceux qui nous ont vendu. Mais jusqu'à présent, on n'est pas sûrs de l'identité de ces gens-là. On peut s’en douter mais on ne peut rien dire. On n'avait jamais confié notre adresse à qui que ce soit. En trois jours, du 13 au 16, ils ont arrêté vingt-trois personnes. 

Parmi elles, Olga Bancic, seule femme du groupe, sera torturée mais ne parlera pas et mourra exécutée en Allemagne, le 10 mai 1944. Mélinée Manouchian termine son témoignage en citant les derniers mots de Missak Manoukian qu'on lui a rapportés :

Je n'ai pas hérité de la nationalité française, mais je l'ai méritée. 

  • Par Stanislas Fumet (27) ; Roger Pillaudin et Claude Bellanger (28) ; Francis Crémieux (29) 
  • Réalisation : Paul Ventre (27) et Henri Soubeyran (28)
  • 1940-1944 : La Résistance, témoignages et documents pour servir l'histoire 14/29 : -27 : Géographie de la Résistance : L'Algérie, -28 : 1943, la presse clandestine, -29 : Les étrangers dans la Résistance (1ère diffusion : 20 et 23/06/1964)
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation Sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France
Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......