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Madeleine Riffaud, grand-reporter, poétesse et Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
Épisode 1 :

L'enfance en Résistance

59 min
À retrouver dans l'émission

Souvenirs familiaux à Ouradour-sur-Glane, retour sur un épisode de torture par la Gestapo... Dans ce premier entretien d'une série de dix, la journaliste Madeleine Riffaud raconte son enfance et adolescence, de ses premiers contacts avec la guerre à son engagement dans la Résistance.

Madeleine Riffaud à 16 ans, âge auquel elle prit la décision d'entrer dans la Résistance.
Madeleine Riffaud à 16 ans, âge auquel elle prit la décision d'entrer dans la Résistance. Crédits : Collection Madeleine Riffaud

Elle était la fille d'instituteurs qui avaient été des enfants pauvres du Limousin. Fille unique, femme unique, assurément, en tout cas exemplaire. En 1993, une série d'été donnait la parole à Madeleine Riffaud, journaliste et correspondante de guerre, qui a été résistante tout au long de sa vie. Petite fille, Madeleine Riffaud passait ses vacances à Oradour-sur-Glane. Des souvenirs d'enfance qui ne furent sans doute pas étrangers à son acte de résistance de juillet 1944, pont de Solférino à Paris, quand elle abat un soldat allemand, un mois après le massacre des habitants du village de la Haute-Vienne. 

Au long d'une série de 10 entretiens, France Culture vous convie à un étrange reportage, puisqu'il s'agit d'un reportage dans une mémoire, celle de Madeleine Riffaud.

J'ai un devoir à remplir, une tâche dont j'essaie de m'acquitter pour le mieux. Qu'est-ce qu'un témoin ? Le témoin, c'est celui qui a vu quelque chose. Et qui dit qu'il a vu. L'un ne va pas sans l'autre. Je porte ce lourd poids d'avoir été survivante. Parce que je n'ai pas été fusillée alors que les autres l'ont été, il m'a fallu sans cesse, sous peine de suicide, justifier ma vie devant moi-même. Plus que devant les autres. Je me suis toujours regardée de travers parce que je n'avais pas été fusillée. De cela je ne guérirai jamais. Alors pour moi, un seul métier était indiqué : c'était le reportage, le grand reportage de guerre, auprès de ceux qui souffrent. Madeleine Riffaud 

Née en 1924, Madeleine Riffaud s'engage à 17 ans dans la Résistance à l'occupant nazi. Très vite, elle intègre les francs tireurs et partisans et combat, dans Paris, les armes à la main. Depuis cette première Résistance, Madeleine Riffaud n'a cessé de lutter, de dénoncer l'injustice, en un mot, de résister. Journaliste, écrivaine et poétesse, Madeleine Riffaud couvre pendant trente années, pour le compte du quotidien L'Humanité, les conflits internationaux de la fin de la nuit coloniale, de l'Indochine à l'Algérie, de l'Iran au Maroc, de l'Angola au Vietnam, elle remplace la mitraillette par la caméra, la grenade par l'encre. En 1973, il y a tout juste vingt ans, elle raccroche et, en apparence, se retire du monde. Repliée dans son appartement du Marais, à Paris, elle se consacre à l'accompagnement aux mourants, traduit des poètes vietnamiens et résiste, exemplaire, à la maladie qui tente de lui ôter la vue avant la vie. 

Ces dix heures que nous vous proposons d'écouter sont le résultat d'un long travail commencé au printemps 1992 et qui, en quelque sorte, s'achève aujourd'hui. Nous avons rassemblé des documents, retrouvé ses ouvrages, collecté des images sonores inédites prises par Madeleine Riffaud au cours de ses reportages. Puis, elle a choisi de venir enregistrer dans un studio de la Maison de la radio. À chaque fois la nuit, toujours vêtue d'un long pull-over de grosse laine, portant bracelets d'argent au bras et lunettes noires, nattes brunes et blanches, épaisses, posées sur l'épaule, Madeleine Riffaud est sortie du silence. 

Souvenirs d'une enfance rythmée par la guerre

Madeleine Riffaud est née "dans de vagues baraquements de planches" en 1924, de parents instituteurs et dans la Somme, région qui avait été ravagée par la guerre de 1914. Alors qu'il s'était héroïquement proposé volontaire à 18 ans, son père est devenu un "pacifiste intégral" après avoir témoigné lui-même des atrocités de la guerre. La grand-reporter confie comment, dès son plus jeune âge, la guerre a eu une grande importance, notamment répulsive, pour elle : 

Le premier souvenir que j'ai de la guerre, c'était quand j'avais six ou sept ans, deux copains à moi se sont fait péter la gueule en jouant avec un obus qu'ils avaient trouvé dans les champs et qu'ils voulaient désamorcer pour vendre le cuivre. La terre rend, et pendant longtemps, les engins de mort qu'elle a reçus. Cela a été mon premier contact avec la guerre, et a fondé l'horreur que j'ai d'elle. Madeleine Riffaud 

Elle raconte le premier souvenir d'elle vivant la guerre, le 8 mai 1939, lorsque des troupes nazies ont envahi le Nord de la France, où elle était, tirant sur des foules non-armées. Elle évoque aussi ses souvenirs d'enfance familiaux à Oradour-sur-Glane, avant que ce village ne soit massacré par une division SS en juin 1944. 

Raccommoder les mailles du filet de la Résistance

Dans son récit, Madeleine Riffaud revient sur sa décision d'intégrer la Résistance, à 16 ans, après qu'un nazi l'ait humiliée à Amiens en 1941. Atteinte à cet âge-là d'une tuberculose, Madeleine Riffaud fut soignée en "zone nono" - en zone non-occupée - au Sanatorium de Saint-Hilaire du Touvet, bien connu pour avoir été un vivier d'intellectuels résistants. "J'ai trouvé ainsi la liaison avec la Résistance" nous rapporte-t-elle.

Sur son rôle dans la Résistance, la franc-tireuse surnommée "Rainer" - en référence au poète Rainer Maria Rilke - s'exprime en ces mots : 

Au début, j'étais agent de liaison. On peut dire que les femmes et les jeunes filles ont passé leur temps à raccommoder le filet brisé de la Résistance. Parce que quand quelqu'un était arrêté, c'est comme si une maille du filet était brisée. Et nous, nous raccommodions, nous refaisions la liaison. Beaucoup de ces femmes ont été tuées, torturées, et déportées aussi. Madeleine Riffaud

L'ex-Résistante revient sur ce qu'elle a ressenti lorsqu'elle apprit le massacre du village de son enfance : "Oradour-sur-Glane, c'était pour moi la beauté même, la joie de vivre, la lumière dans les feuilles, les écrevisses dans la rivière, l'école où j'avais été si bien reçue... Quand j'ai appris, ô scandale, ô sacrilège, que les nazis avaient mis les hommes de côté pour les brûler dans les granges et les fusiller, et de l'autre côté, avaient pris les enfants des écoles, les avaient mis en rang derrière leurs instituteurs, les avaient conduits dans l'église, y avaient mis le feu, avaient tué tout le monde et qu'un seul s'en était échappé... Ça m'a fait un terrible choc."

C'est notamment ce massacre qui la poussa à remplir une mission particulière, qui lui valut un passage rue des Saussaies, dans la "maison des morts", la chambre de torture de la Gestapo allemande : 

J'ai abattu un soldat de l'Occupation. Un homme en uniforme nazi sur le pont de Solférino, le 23 juillet 1944, à trois heures de l'après midi. Ne pensez pas que c'était quelque chose de drôle. Ne pensez pas que c'était quelque chose de haineux. Simplement, comme aurait dit Paul Éluard, j'avais pris les armes de la douleur. J'avais très mal à l'intérieur de moi, et j'avais très peur aussi. Madeleine Riffaud

  • Une série d'entretiens menés par Ludovic Sellier 
  • Réalisation : Marie-Christine Clauzet 
  • Première diffusion sur France Culture le 2 août 1993
Intervenants
  • Grand reporter de guerre pour le compte de L'Humanité, écrivaine, poète et Résistante pendant la Seconde Guerre mondiale
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
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