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Madeleine Riffaud, grand-reporter, poétesse et Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
Épisode 7 :

Entre la liane tressée et la preuve...

1h
À retrouver dans l'émission

"Chaque photo, chaque poème, chaque film est une balle dans la gueule de l’agresseur. Ce sont nos munitions à nous." En 1964, Madeleine Riffaud, grand reporter pour le journal L'Humanité, est l’une des rares occidentales autorisée dans le maquis viêt-cong où elle est surnommée Chi Tam, "la 8e sœur."

Combattantes de la guérilla communiste de l'Armée de libération du Vietnam du Sud, 1966
Combattantes de la guérilla communiste de l'Armée de libération du Vietnam du Sud, 1966 Crédits : Sovfoto/Universal Images - Getty

Au milieu de la jungle, au cœur du dispositif des maquis viêt-cong, Madeleine Riffaut poursuit sa tâche : informer, dénoncer, ne rien laisser passer. Toujours accompagnée de son confrère australien Wilfred Burchett, la journaliste prend les armes de la douleur et découvre que le Vietnam s’offre à elle comme une seconde famille. Fascinée, bouleversée, engagée, elle devient pleinement Chi Tam, la 8e sœur. Nous sommes au printemps 1965, Madeleine Riffault a 40 ans.

Les Vietnamiens avaient très bien analysé la sorte de guerre qui leur était faite. Si bien qu’à la guerre néocoloniale, cette "guerre spéciale" politico-militaire qui leur était faite, ils ont répondu par une guerre politico-militaire. Et cette guerre politique, c’étaient les femmes qui la menaient. J’ai été quelque temps dans les rangs de cette armée au chignon, et je peux vous dire qu’aucune armée au monde ne marchait comme celle-là. Dans aucun pays du monde où mes voyages m’ont amenée, je n’ai vu une telle conscience politique, une telle habilité ni un tel courage. Ces femmes étaient des ménagères, elles n’étaient pas en garnison, elles étaient dans leur foyer mais quand un bombardement venait d’avoir lieu, elles étaient organisées de telle manière, qu’immédiatement, au son d’un gong, elles sortaient de chez elles, se rassemblaient et par centaines, par milliers, elles déferlaient, les vieilles devant, les autres femmes tenant des bébés dans leurs bras, pour protester contre les bombardements auprès des autorités du district et faire craquer les unités pro-américaines.
Madeleine Riffaud

Ludovic Sellier : Quels souvenirs gardez-vous de ces femmes en particulier ?

Madeleine Riffaud : Je me souviens que chaque nuit, des jeunes filles venaient ramper entre les herbes et les barbelés des garnisons où dormaient les soldats vietnamiens qui s’étaient enrôlés aux côtés des Américains et elles chantaient pour les convaincre de déserter. Sur des airs connus, comme l’air du sampanier, elles leur donnaient des nouvelles comme "Soldat Truong, ton village a été bombardé, qu’est-ce que tu fais là, au service de l’ennemi ? Soldat Untel, ta fiancée t’attend au village, tu peux rentrer te marier, personne ne t’en veut." Ces femmes du sud Vietnam qui avaient subi des souffrances atroces, qui avaient fait des années de prison, avaient été soumises à la torture, étaient extraordinaires. Quand j’étais avec elles, j’étais guérie. Quand on passait dans un village avec mon unité de l’Armée de libération, des femmes âgées nous apportaient des ananas, nous embrassaient, nous conduisaient à l’autel des ancêtres. Pour elles, j’avais fait un si long voyage pour venir, elles ne pouvaient imaginer que j’avais pris l’avion. Nous repartions ensuite gonflés à bloc et nous découvrions que l’aventure que nous étions venus chercher là dépassait de très loin le journalisme. Tout d’un coup, nous comprenions que nous étions aimés.

  • Une série d'entretiens réalisés par Ludovic Sellier
  • Réalisation Marie-Christine Clauzet
  • Première diffusion : 10 août 1993
Intervenants
  • Grand reporter de guerre pour le compte de L'Humanité, écrivaine, poète et Résistante pendant la Seconde Guerre mondiale
L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de
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