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Verdun 1915. En ligne devant Souleville. Première Guerre Mondiale

"Pas d’oubli, pas d’indulgence transfiguratrice pour l’enfer !" Georges Duhamel sur Verdun 1916

4h40
À retrouver dans l'émission

En 1985, France Culture consacrait deux soirées intitulées "La der des der" à des témoins de la guerre de 14-18. La deuxième partie du programme permettait d'entendre, durant près de 5 heures, des témoignages de soldats, de femmes mais aussi d'enfants sur la Grande Guerre.

Verdun 1915. En ligne devant Souleville. Première Guerre Mondiale
Verdun 1915. En ligne devant Souleville. Première Guerre Mondiale Crédits : Huffschmitt - Sipa

En 1985 France-Culture consacrait deux soirées à des témoins, anonymes ou célèbres, de la guerre de 14-18 : "La der des der" 1 et 2. Grâce aux archives sonores de l'INA les grandes voix aujourd'hui disparues de Jean Renoir ou Pierre Mac Orlan, Roland Dorgelès, Georges Duhamel ou André Masson, tous soldats de la "Der des Der", racontaient comment elles avaient vécu la première guerre mondiale. Mais surtout on entendait tous les autres, de toutes armes, de tous horizons, soldats, femmes ou enfants, de ce début de siècle troublé qui nous redisaient un fragment de notre terrible héritage commun.

Verdun, la guerre des tranchées, 1916.
Verdun, la guerre des tranchées, 1916. Crédits : E.R.L. - Sipa

Cette suite de témoignages de personnes ayant vécu la guerre de 14-18 donnait des informations de première main sur la bataille de Verdun, les mutineries de 1917, la naissance de la guerre moderne avec l'emploi des gaz, des avions, des tanks. Étaient aussi abordés la condition des prisonniers français, celle des femmes à l'arrière, le décalage entre les soldats au front et les gens de l'arrière, la contre-offensive française de 1918. On entendait également des témoignages sur l'armistice du 11 novembre et sur la réinsertion des soldats dans la vie civile.

Ainsi Monsieur Fessler, ancien combattant de la Première Guerre mondiale racontait en 1966, son arrivée à Verdun après deux ans de front, les combats très durs, les bombardements qui s'enchaînaient sans discontinuer :

A Verdun c'était sans arrêt nuit et jours 24 heure sur 24 le bombardement. J'étais dans un trou d'obus avec le sous-lieutenant nommé Grattaloup, je peux en parler maintenant puisque sa femme est morte. […]  Des obus sont arrivés, j'ai été blessé au pied et enseveli en même temps. Mon camarade a reçu l'obus en plein corps, il a éclaté, une bouillie. Quand je l'ai ramassé, il n'y avait plus rien à faire évidemment.

Il sera ensuite évacué à Vittel, dans un hôtel réquisitionné. Son premier plaisir a été de prendre un bain…

Plus loin on entendait le témoignage de Georges Duhamel, l'écrivain qui fut chirurgien à Verdun en 1916 :

A la lisière du bois des Sartelles j’ai travaillé durement jusqu’au début du printemps. Je dis durement parce presque toutes les nuits, j’étais de service ou j’aidais mes camarades. Et quand arrivait le matin après avoir passé la nuit à opérer, à faire des urgences, à amputer… le matin, je voyais les deux ou trois poubelles devant la porte de la salle d’opération, il y avait comme des bouquets de bras et de jambes car on avait mis là-dedans tout ce qu’on avait dû faire tomber. […]

Il continuait :

Puis j’allais faire mon choix parmi les blessés qui attendaient dans une grande baraque, ils me saisissaient et me suppliaient de m’occuper d’eux. En réalité mon choix était dirigé par des choses très fortes : je faisais passer d’abord ceux qu’on avait quelque chance de sauver et ceux qu’on ne pouvait pas sauver ben mon Dieu mon Dieu mon Dieu je m’excuse mais je les laissais mourir. Et alors je retournais dans la salle d’opération et je recommençais.

et concluait :

Ce que je peux dire c’est qu’il y a des moments que nous avons traversé dans la douleur et auxquels il nous arrive de penser plus tard avec une sorte de tendresse et même de nostalgie, ils nous paraissent dans l’éloignement colorés de poésie en dépit de la tristesse… Mais jamais jamais ce miracle indulgent ne s’est produit en moi pour tout ce qui touche à ce Verdun de l’année 16 : Non ! non ! non ! Pas d’oubli, pas d’indulgence transfiguratrice pour l’enfer !

Ecouter la première partie de l'émission "La der des der" 1/2.

  • Par Georges Mettra - Réalisation Jeanne Rollin-Weisz
  • La der des der (1914-1918) 2/2 (1ère diffusion : 25/08/1985)
  • Indexation web : Sandrine England, Documentation Sonore de Radio France 
  • Archive INA-Radio France
Chroniques
4H41
14 min
Les Nuits de France Culture
Heure de culture française - Lecture : Le Grand Meaulnes (1ère diffusion : 10/08/1950)
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