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Paul Virilio à Paris en 2009

Paul Virilio : "La fin du monde est un concept sans avenir"

40 min
À retrouver dans l'émission

Intellectuel au parcours atypique, Paul Virilio ausculte avec sérénité une société malade de toujours vouloir aller plus vite et du risque technologique. Invité en 2004 d'Alain Veinstein, il analysait les lieux de pouvoir dans la ville.

Paul Virilio à Paris en 2009
Paul Virilio à Paris en 2009 Crédits : Ulf Andersen - Getty

En 2004, Paul Virilio vient de publier Ville panique : ailleurs commence ici. Trois ans à peine après les attentats du World Trade Center, il examine les lieux de pouvoir auxquels s'attaquent les terroristes. Et analyse ce qu'il appelle le "nihilisme de l'espace public".

Un "enfant de la guerre"

Paul Virilio est né à Paris mais a grandi à Nantes. C'est une ville sous les bombes, en état de siège. Il retourne plus tard à la capitale, d'abord pour faire des études d'art, puis, à partir de 1952, pour devenir maître-verrier, ce qui lui permet de rencontrer de nombreux artistes (notamment Le Corbusier). Mais très vite, il est attiré par l'architecture, vocation qu'il relie précisément à son expérience de la guerre, et aux destructions urbaines qu'elle provoque :

L'architecture m'attire car je suis un enfant de la guerre. La destruction d'une ville comme Nantes a été pour moi un révélateur de la relativité du cadre bâti, et à partir de là on a envie de travailler à la résistance, mais à la résistance architectonique, à ce qui tient, à ce qui dure : la ville, la cité.

Mon rapport à l'optique, à la vision du monde, est lié à une approche picturale, à une esthétique de la disparition.

Ce qui intéresse Virilio, c'est la guerre moderne, totale, la Blitzkrieg. D'où aussi sa fascination pour la vitesse. Dans cette optique, le philosophe a théorisé la notion d'"accident intégral", pour illustrer le fait que l'avancée technologique conduit irrémédiablement à la production d'accidents industriels, qui constituent selon lui une forme de "patrimoine mondial secret". Reprenant la formule d'Hannah Arendt selon laquelle "La catastrophe et le progrès sont l'envers et le revers d'une même médaille", Paul Virilio déclare ainsi :

La qualité du progrès nous amène à une qualité d'accident insupportable.

C'est ce qu'illustrent des événements comme la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, ou les attentats du World Trade Center (les avions devenant alors des missiles). 

Dans son livre Ville panique, Paul Virilio décrit ainsi le passage, avec l'attentat du 11 septembre 2001, de la guerre traditionnelle à une guerre aléatoire, sans ennemi déclaré, sans lieu déterminé : il s'agit d'une "hyper-guerre", qui ne commence et ne finit pas, et qui est partout à la fois. On passe de la Guerre froide à ce qu'il nomme la "panique froide", avec un maintien de l'état de peur grâce à des accidents réguliers (New York, Madrid...). Alors que la politique était dans le passé géopolitique, elle devient aujourd'hui une métapolitique.

Désormais, il s'agit donc de "créer l'accident", le pouvoir résidant dans la fragilité et l'aléatoire de l'émotion :

La rapidité actuelle des événements, grâce aux médias et à l'information, fait que l'événement majeur n'existe plus que dans son immédiateté, dans son effet d’audimat. La question de l’accident devient un pouvoir : le pouvoir non plus de standardiser les opinions (comme c'était le cas avec la presse au XIXe siècle), mais de synchroniser les émotions - et donc de créer un événement politique majeur. Mais cette synchronisation des émotions n'est pas un phénomène démocratique, c'est un phénomène sectaire, capable de déclencher le pire.

La fin d'un monde, pas du monde

Il faut donc être conscient du progrès de la catastrophe. Pour autant, Paul Virilio se refuse à croire et à prédire la "fin du monde". En revanche, il craint un retour des nihilistes, avec un "programme de la fin" : il décrit d'ailleurs son livre comme un "cri contre le nihilisme de l'espace public"

Il critique vivement le phénomène de "métropolarisation" que l'on observe depuis quelques années, les petites villes de provinces disparaissant au profit des grandes métropoles. Il faut se demander dans quelle mesure les urbanistes et les architectes sont responsables de cette situation - comme pour l'échec des grands ensembles et le drame des "zones sensibles" en Île-de-France. En tout cas, ce qui est sûr pour Paul Virilio, c'est que ce n'est pas un hasard si l'immense attentat qui inaugure le XXIe siècle s'attaque à un des plus hauts buildings du monde :

Le retour des tours, à Paris comme ailleurs, est une question géopolitique majeure. C'est une question posée à la démocratie et à la République. 

Selon Virilio, il faut donc certes une troisième dimension à l'urbanisme, mais certainement pas celle de la verticalité, qui est en rupture avec le tissu urbain. C'est selon lui parce que la ville est un échec que nous sommes arrivés dans ce qu'il appelle une "société individualiste de masse". Paul Virilio appelle donc à réinventer la résistance, pour ne pas être collaborateur de cette remise en cause de la République, de l'espace public et de la démocratie. 

  • Par Alain Veinstein
  • Avec Paul Virilio
  • Réalisation Angélique Tibau

Emission "Du jour au lendemain". 1ère diffusion : 4 mai 2004. 

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