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Bernard Stiegler, lors des Roumics à Lille, 2014

Bernard Stiegler : "Je réfléchis au rapport entre la technique et le mal"

1h05
À retrouver dans l'émission

2016 |En juin 2016, dans "La conversation scientifique", plaidant pour une bifurcation, une nouvelle rationalité économique, Bernard Stiegler livrait sa vision du monde d'après la révolution numérique, un monde qui n'en est plus un, gouverné par les Data Centers et les algorithmes...

Bernard Stiegler, lors des Roumics à Lille, 2014
Bernard Stiegler, lors des Roumics à Lille, 2014 Crédits : © Lamiot via Wikimedia commons

Disruption… autrement dit rupture, fracture, c'est ce concept publicitaire fameux, propriété de l'agence TBWA depuis 1992, que Bernard Stiegler a repris au vol dans son livre, Dans la disruption : Comment ne pas devenir fou ?, dont la quatrième de couverture s'ouvre sur ces mots :

"Pour les seigneurs de la guerre économique, dans la disruption, qui est « un phénomène d'accélération de l'innovation (...), il s'agit d'aller plus vite que les sociétés pour leur imposer des modèles qui détruisent les structures sociales et rendent la puissance publique impuissante. C'est en quelque sorte une stratégie de tétanisation de l'adversaire".

Invité d'Étienne Klein pour une "Conversation scientifique", plaidant pour une bifurcation, une nouvelle rationalité économique, Bernard Stiegler y livrait sa vision du monde d'après la révolution numérique, un monde qui n'en est plus un, gouverné par les Data Centers et les algorithmes, un monde dangereux, en permanente instabilité, dans lequel selon lui, les individus et les groupes sont partout gagnés par le désespoir et la folie.

Pour introduire cette conversation, Bernard Stiegler explique :

Je réfléchis au rapport entre la technique et le mal [...] Adorno et Horkheimer en 1944 disent que les industries culturelles sont en train de produire une nouvelle forme de barbarie. [...] Ils soutiennent qu'à travers les industries culturelles, la raison se transforme en rationalisation, ce qui signifie pour moi la réduction de la raison au calcul, à la calculabilité. Ils montrent comment s'instaure un système qui est apparu dès les années 20 aux Etats-Unis, et qui va considérablement s'étendre avec la télévision. Il s'agit d'un système entre la production automatisée des automobiles, la consommation et la crétinisation qui va s'instaurer, d'après eux, avec les industries dites de programmes.

Il poursuit :

Ce processus va bien plus loin encore selon moi avec les technologies numériques, ce qu'on appelle la data économie, mais je pense qu'il faut rouvrir ce dossier sur d'autres bases que celles Adorno et Horkheimer (...) Nous visons nous au 21ème siècle une véritable révolution des conditions de la pensée par une exploitation désormais absolument systématique des capacités de calcul artificiel qui est en train de totalement bouleverser notre horizon de pensée.

  • Production : Etienne Klein
  • Réalisation : François Caunac
  • La conversation scientifique - Serions-nous en train de perdre la raison ? Avec Bernard Stiegler
  • 1ère diffusion : 25/06/2016
  • Indexation web : Documentation Sonore de Radio France

Chroniques

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