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Attendre l'aube et partir : "Tandis que la peinture s'écaille" et "géographies jumelles" par Julie Hascoët

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un voyage qui a commencé, d'une vallée de tous les dangers, de mobilisations américaines, d'un monde arabe reconfiguré, de la disparition du slow, et de celle du petit commerce.

C’est le moment où le se tient sur le pas de la porte. On hésite à partir. On pourrait se dire qu’en fait non. On refuse l’inconfort du départ, le saut dans le vide. On pourrait se dire que finalement on redéplie bagage qu’il y a encore des choses à faire ici. Mais le départ a ce quelque chose d’irréversible. On part. Un départ irréversible. Même dans l’immobilité. On se tient là, on est pas encore dans l’absence. On regarde par la fenêtre, dans le vide. On se rassoit. Le lit est défait, et il y a sur la table, parfois, des verres encore pleins. C’est un moment de la journée où l’absence est encore permise, où elle ne se remarque pas encore. Le ciel est encore voilé. La mer est calme presque comme gelée. Il y a une grenade épluchée qui n’est là pour personne sur le coin d’une table. Le ventilateur n’a pas encore commencé à tourner. Un néon quelque part par là clignote encore, comme une intense veilleuse qui refuse la nuit, qui voudrait faire de l’ombre à l’aube qui arrive. C’est un endroit de silence et d’immobilité. De sommeil et de tranquillité. Personne ne l’habite. On en est le seul témoin. "Tandis que la peinture s’écaille". C’est le titre d’une série mexicaine de la photographe Julie Hascoët. On peut voir ses photos, avec celles d’autres jeunes photographes, depuis le 17 juin dernier, et jusqu’à la fin de l’été, à l’Abbaye de Villers en Belgique. Brassage Photographique première édition. Une exposition collective sur le voyage qu’on fait, qui nous obsède, que l’on attend. Celui qui s’impose à nous. Celui qui nous prend, qui nous enlève. Qui nous dit qu’il est temps de partir. Tout comme cette autre série de Julie Hascoët, "Géographies Jumelles". Où là encore la vie n’a pas encore recommencé. Le jour est en train de se lever péniblement, et il y a ici, les visages de l’attente. Les mains dans les poches, les bras croisés. Le regard perdu le plus loin possible. A travers la vitre. Une fenêtre fermée, à travers laquelle on regarde ce qui pourrait advenir, en croyant tout de même s’en protéger. On ne voyant pas encore, que pourtant, le voyage a déjà commencé.

(TAPIS MUSICAL : Beach House - Wherever you go)

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