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Attendre que le soleil perce la nuit : "Quatre vingt treize plus que jamais" par Alain Willaume et Bertrand Meunier

1h
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un soleil qui n'arrive pas, d'une avenue du 21è siècle, de notes du désert, d'un permis de rêver, de démographie en campagne, de discours à réinventer, de discours à réinventer, de l'âge du président.

Il y a des paysages, dans l’attente d’un nouveau soleil. Des panoramas, qui restent coincées dans le gris. On sait que c’est provisoire. On a bien l’impression, oui, qu’il s’agit là d’un passage. L’éclaircie peut d’un instant à l’autre commencer. Il y a sur ce terrain désert, une avenue du 21è siècle. Il y a même un bus qui s’y arrête. C’est son terminus quelque part entre Gonesse et le Blanc Mesnil, en Seine-Saint-Denis. Le paysage qu’offre ce 21è siècle, c’est un ciel bas et chargé. Le soleil se voit, mais ne perce pas. Trop loin. Trop tôt peut-être. Le désert ne peut plus croître. Il est partout. Ce sont des mots invisibles qui reviennent, comme une légende mentale. Il y a en effet tellement d’espaces vides dans cette série d’Alain Willaume et Bertrand Meunier. Quatre vingt treize plus que jamais. Un travail à deux regards, sur un département sillonné à pieds. Toujours cette même lumière qui peine à tout envelopper. Qui peine à transpercer l’obscurité. Un filtre grisâtre doux et inquiet. Comme un réveil difficile. Les deux photographes rapportent d’ailleurs cette phrase entendue, en exergue du texte de présentation de leur série. Une question que leur pose un garçon qui les rejoint chaque jour « Tu ne trouves pas qu’il est pas pareil aujourd’hui le soleil ? » Pas de réponse. Comme si j’y étais pour quelque chose pense le photographe. Dans cette nébuleuse, il y a des regards. Clairs, francs, fuyant clairement l’objectif. Comme s’ils savaient exactement où se diriger. Comme si le brouillard ne les concernait pas, ne valait que pour des yeux hors champs, hors cadre. Le visage d’un homme, avec le soleil voilé de nuages gris juste au dessus de lui, doigt pointé vers une direction précise. Tout son corps, tout son visage semble vouloir montrer un chemin. Sûr de lui, dans ce brouillard alentour. Il sait que ça se passe précisément là bas, devant lui. Peut-être pas si loin que ça. Quatre vingt treize, le nom d’une série, écrit en toute lettre. Qui nous remet en tête des mots d’un poète, qui, loin du 21è siècle, nous écrivait, ailleurs, qu’il fallait « étonner la catastrophe. » Même atmosphère dans ce roman Quatrevingt treize, avec ces mots de Victor Hugo sur l’air du temps « la brise devient bise, puis bourrasque, puis tempête. On ne voyait pas à 4 lames devant soi. »

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