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"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres", éditions Monsieur Toussaint Louverture.

BD : Emil Ferris "Moi, ce que j'aime, c'est les montres" / L’inhumation des morts / Pouvoir politique et médias aux Etats-Unis

1h
À retrouver dans l'émission

Emil Ferris vous parle de son roman graphique "Moi, ce que j'aime, c'est les montres", et Françoise Coste de bataille de l’information aux Etats-Unis. Le journal des idées est consacré à la commémoration de nos défunts.

"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres", éditions Monsieur Toussaint Louverture.
"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres", éditions Monsieur Toussaint Louverture. Crédits : © Emil Ferris

Journée spéciale l’Amérique et au-delà : jusqu’où ira la révolution Trump ?

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec Emil Ferris, auteure du roman graphique Moi, ce que j'aime, c'est les montres, paru en 2018 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. 

Cette bande-dessinée, vivement saluée — d'abord aux Etats-Unis, où elle est parue l'an dernier — se présente comme le journal d'une petite fille, Karen Reyes. Fantasque et intelligente, elle aime les monstres, les fantômes, et grandit dans le Chicago des années 60.  Elle cherche à démêler le vrai du faux du monde qui l'entoure, elle cherche aussi à expliquer l'horreur qui sommeille en chacun de nous, à comprendre les traumatismes et secrets des voisins et proches et à regarder de plus près, pour mieux les analyser, les chef-d’œuvres de l'histoire de l'art.

Enfant, je me suis installée à Roger Parks à Chicago, c'était un quartier ou il y avait beaucoup de juifs survivants de la Shoah. Il n'était donc pas rare de voir sur l'avant-bras de certaines de ces personnes un tatouage avec des chiffres, et donc je me suis intéressée à l'histoire de ces gens-là. En effet, c'était l'histoire la plus puissante qui soit, de les écouter et de tenir de leur parole l'expérience qu'ont pu vivre des centaines de milliers, voire des millions de juifs.

"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres", éditions Monsieur Toussaint Louverture.
"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres", éditions Monsieur Toussaint Louverture. Crédits : © Emil Ferris

Nous pouvons tous être des monstres. Comme, récemment, les monstres à Charlottesville qui brandissaient des torches sans savoir qu'ils étaient eux-mêmes des monstres.

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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

C’est aujourd’hui le jour consacré à la commémoration de nos défunts. Prendre soin des dépouilles mortelles est une pratique universelle et consubstantielle à l’humanité.

Et ce depuis la plus haute préhistoire : les premières traces d’un traitement funéraire remontent à plus de 40 000 ans. Dans un ouvrage publié chez Gallimard sous le titre Le travail des morts. Une histoire culturelle des dépouilles mortelles, l’historien et anthropologue Thomas W. Laqueur compare même le caractère universel des pratiques funéraires à la prohibition de l’inceste, que Lévi-Strauss a défini « à la frontière entre nature et culture : un état liminaire, un seuil ». Il en veut pour preuve « l’extrême violence » que constitue le fait de traiter un cadavre comme une charogne. « Traiter un corps mort comme s’il s’agissait d’une matière organique ordinaire – l’abandonner comme s’il s’agissait de la dépouille d’une bête – ou le profaner et le mutiler volontairement, c’est l’effacer de la culture et le soustraire à la communauté des humains, c’est nier l’existence de la communauté dont il est issu, nier son humanité. »

Et c’est en cela que consiste le travail des morts : ils nous civilisent. L’autre aspect de leur relation avec les vivants, c’est qu’ils « délimitent la frontière entre le sacré et le profane », qu’ils sont les « témoins » de la condition mortelle et qu’ils nous imposent un devoir moral. Les archéologues qui ont fouillé les sites funéraires de l’époque de la grande peste ont pu le constater : au lieu de trouver des corps empilés à la hâte, ils ont mis au jour des dépouilles alignées avec soin. 

Thomas W. Laqueur décrit la naissance, au Moyen Âge, du lieu de repos des morts, le cimetière paroissial, longtemps resté un modèle dominant. Avant cela les défunts étaient inhumés « dans les prairies ou sur les collines auprès de leur clan. Parfois, à partir du VIIe ou du VIIIe siècle, une chapelle ou un autel étaient construits à proximité. » Puis avec les églises et leur cimetière attenant, les liens claniques de la communauté des morts se dénouent pour faire place à la société élargie des chrétiens. Mais pas encore de tombes individuelles portant l’inscription du nom : jusqu’au XVIIIe siècle, les sépultures étaient rarement marquées d’une stèle. Les morts y étaient disposés en direction du levant – d’où le Seigneur était censé venir les relever – et dans la partie sud, face à l’église et au soleil, alors que les indigents, les criminels ou les suicidés étaient relégués au nord, dans la partie sombre située derrière le bâtiment. Indice fort de l’évolution des mentalités, notamment à l’égard de l’hygiène, mais aussi et surtout de la sécularisation de la société, le cimetière moderne se développe à l’écart des lieux de culte et en dehors des villes. Dans la foulée révolutionnaire, Napoléon consul décrète que « chaque citoyen a le droit d'être enterré quelle que soit sa race ou sa religion ». C’est ainsi qu’à Paris, au début du XIXe siècle, furent construits plusieurs cimetières hors des limites de la capitale : le cimetière de Montmartre au nord, le cimetière de Montparnasse au sud, celui de Passy à l’ouest et le Père Lachaise. « Le cimetière de l’Est, comme il fut un temps officiellement appelé, devint la maison mère de la nouvelle religion du souvenir et de l’histoire, son abbaye de Cluny et son Disneyland. Tout comme la Révolution française, ce cimetière allait bientôt être imité un peu partout dans le monde. » 

Les morts nous parlent, comme les pendus de François Villon, et nous nous adressons à eux. C’est là une preuve flagrante du caractère performatif du langage. La dernière livraison de la revue Réseaux est consacrée à cette question. Des hommages en ligne sur la page Facebook d’une personne décédée ou sur une borne numérique érigée sur les lieux d’un attentat, à la définition du statut juridique des données à caractère personnel des défunts ou à la fabrique de la célébrité post mortem par les médias, le dossier explore la manière de représenter, de dire, d’écrire et donc de définir la mort aujourd’hui. « Au-delà des récits qu’elles construisent et des images qu’elles dessinent – résument Virginie Julliard et Nelly Quemener – les évocations de la mort donnent ainsi à voir le pouvoir structurant des affects. » Les éditions Verdier ont publié le cours de Benny Lévy sur le Phédon, le dernier dialogue de Socrate quelques heures avant sa mort, sous le titre Philosopher en présence de la mort. Le sujet est esquissé, notamment par l’attention portée au corps de Socrate, dont les changements de position scandent les grandes articulations du dialogue et qui bientôt se raidira sous l’effet de la ciguë. Socrate plaisante, rassure ses amis, parle de l’immortalité de l’âme mais c’est en scrutant le prologue écrit par Platon que Benny Lévy repère la vraie question : « Étais-tu toi-même, Phédon, auprès de Socrate le jour où dans sa prison il a bu le poison ? » D’où l’on comprend que la seule chose qui compte c’est de savoir comment Socrate a vécu ce dernier moment. Conclusion : « Lire, c’est redevenir simple, frôler la naïveté. Il faut beaucoup de ruses de lecture pour retrouver cette naïveté… »

Les Enjeux Internationaux par Antoine Dhulster :

Donald Trump a gagné par l'usage aigu des réseaux sociaux, tandis que les médias institutionnels soutenaient Hillary Clinton... Les démocraties doivent désormais incorporer cette réalité : le numérique idéalise les idées en rupture avec le consensus et le raisonnable. Donald Trump a fait de la critique violente des médias sa marque de fabrique. Cette hostilité épargne toutefois la presse conservatrice qui lui est favorable, de Fox News au site Breitbart. La bataille politique se joue-t-elle d'abord dans les médias aux Etats-Unis ?

Antoine Dhulster s'entretient avec Françoise Coste, historienne, spécialiste de la droite américaine et du parti républicain. Elle est l'auteur d'une biographie sur Reagan parue en 2015 aux Editions Perrin.

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Journée spéciale l’Amérique et au-delà : jusqu’où ira la révolution Trump ?

A la veille des élections de mi-mandat, premier test électoral d’envergure pour le 45e président des Etats-Unis, France Culture propose une journée spéciale pour comprendre le phénomène Trump, aux USA et au-delà.

Au programme :

6h02-6h30 Le réveil Culturel / Tewfik Hakem
Bande-Dessinée
Emil Ferris, auteure de BD, pour Ce que j’aime moi c’est les monstres, éd . Monsieur Toussaint Louverture

6h45 - 7h Les enjeux internationaux / Antoine Dhulster
Pouvoir politique et médias : la bataille pour l’information aux Etats-Unis
Avec Françoise Coste Historienne, spécialiste de la droite américaine et du parti républicain. Elle est l'auteur d'une biographie sur Reagan parue en 2015 aux Editions Perrin.

7h – 9h Les Matins de France Culture / Florian Delorme et la rédaction
Trump ou la stratégie du chaos
Avec Alexandre Adler, historien et journaliste, auteur notamment de La chute de l’empire américain(Grasset, 2017) et Le temps des apocalypses (Grasset, 2018)

11h-11h55 CulturesMonde / Xavier Martinet
Première partie : Retour d’Afghanistan
Avec Jacques Follorou, journaliste au Monde. 

Seconde partie : Table ronde d’actualité internationale
Alors que les élections de mi-mandat se dérouleront le 4 novembre prochain, Midterms : la dernière pierre à la pyramide Trumpienne ?
Avec Jeffrey Hawkins, ancien ambassadeur américain et Marc Semo, journaliste au Monde. 

12h-13h30 La Grande Table / Olivia Gesbert
Trump est-il le signe de la fin de la suprématie américaine ? (titre sous réserve) 1ère partie : Patti Smith,pour la parution de Dévotion chez Gallimard
2ème partie : Bertrand Badie, pour Quand le sud réinvente le monde 

13h30-14h Les Pieds sur Terre / Sonia Kronlund
Trump et nous : Ils sont Français ou Américains, vivent en France et soutiennent Donald Trump. Ils admirent ses résultats économiques, son pragmatisme et mettent de côté son exubérance. Loin des caricatures, ils racontent leur Donald Trump.
Reportage : Alain Lewkowicz - Réalisation : Emmanuel Geoffroy

14h-15h Entendez-vous l’Eco ? / Tiphaine de Rocquigny
L'économie, le grand atout de Donald Trump pour les midterms ? 

17h-18h Grand Reportage / Aurélie Kieffer
Reportages d’Eric Biegala en Virginie et Kentucky : Plongée dans la « Bible Belt » avec les Evangélistes au cœur de l’électorat trumpiste.

18h20 – 19h Le Club du Grain à moudre en direct du Bel Air / Antoine Genton
Trump fait-il craquer les démocraties européennes ? Avec  Anastasia Colosimo, politologue et enseignante en théologie politique à Sciences Po Paris, Aude Lancelin, journaliste et directrice du Média et Yves Bertoncini, consultant en affaires européennes et président du Mouvement Européen.

Et aussi…

Samedi 03 novembre 11h-12h Affaires Etrangères / Christine Ockrent
Washington contre Téhéran : le retour des sanctions Avec Clément Therme spécialiste de l'Iran, Maître Olivier Dorgans, Pierre Terzian (volet économique hydrocarbure) et Jean-François Daguzan (Fondation Recherche stratégique).

Retrouvez toutes les émissions de cette journée dans un dossier spécial

@PetitsMatinsFC

Chroniques
6H02
26 min
Le Réveil culturel
Emil Ferris : "Nous pouvons tous être des monstres"
6H30
10 min
Journal de 6h30
JOURNAL DE 6H30 du vendredi 02 novembre 2018
6H40
5 min
Le Journal des idées
L’inhumation des morts
6H45
13 min
Les Enjeux internationaux
Pouvoir politique et médias : la bataille pour l’information aux Etats-Unis
Intervenants
  • Illustratrice, dessinatrice, auteure de BD
  • Historienne, professeure à l’université Toulouse 2, spécialiste de la droite américaine et du parti républicain
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