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Ce que l'aube reconnait de notre corps

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de convalescence, de liberté du corps, de matins vertigineux, de troquets parisiens, de déluges après nous, de bergerie perdue.

Ce sont des visages. Tranquilles. Au regard plutôt doux. Quelque part en fait entre doux et un peu perdu. Un sourire timide, poli, se dessine sur leurs lèvres. Il y a d’abord leur portrait, juste des visages d’hommes, âgés entre 40 et 55 ans. Et puis dans le reste de la série de photographies, prises par Bryan Denton, on les voit ces visages plus lointains, détachés de l’objectif. Sur l’une de ces photo, on voit un salon. une table basse quasiment collée à un petit canapé. sur un tapis persan aux motifs un peu chargés. Sur la table, on peut apercevoir un service à thé, avec une tasse remplie. Younous, qui habite les lieux, se tient debout au centre de la pièce, tête légèrement baissée, regard vers le sol, corps droit, pieds nus en chaussettes. Et les mains légèrement croisées. Il s’agit sans doute d’une position de prière. Mais dans ses circonstances, il peut tout aussi bien s’agir d’un corps que certains souvenirs peuvent pétrifier encore un instant. A côté de lui, la fenêtre grande ouverte fait voler le rideau en dentelle. Younous est revenu dans son pays au Maroc et sort peu de cet intérieur. Les journalistes du _New York Times_ Matt Appuzo, Sheri Fink et James Risen expliquent qu’il ne sort plus beaucoup. Craintif qu’il est de croiser des gardes de la prison de Guantanamo dans la rue. Il y a passé 13 ans de sa vie, sans mobile d’inculpation. Ces photos sont celles d’un après, qui peine à arriver dans la vie de ces hommes là. Parce que la peur est toujours là. Les insomnies, les douleurs au ventre, à la tête. "Je suis comme piégé", lâche Younous, seul toute la journée, chez lui. C’est un peu cela ces photos, une posture de repos, un intérieur chaleureux et un autre intérieur, le leur, resté emprisonné. Les médecins de Younous disent qu’ils ne peuvent pas le soigner, que son cerveau lui joue des tours et lui fait croire qu’il est resté à Guantanamo. Lointain intérieur, comme l’écrivait Henri Michaux. Des vers qui disent : "Je suis à l’aurore d’une convalescence" puis" c’était à la fin d’une longue angoisse", "c’était à la fin de la guerre des membres". Si les photos peuvent dissimuler cette guerre là, derrière ces discrets sourires, il n’y a que les mots pour en venir à bout, et en venir comme dans le poème, à l’aube d’un nouveau corps.

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La voix chevrotante de Devendra Banhart, Mi pastorcita perdida, sur l’album Cripple crow, sorti en 2005 chez XL Recording. Le chanteur implore de la ramener à sa bergerie perdue. On pourrait parler du Secours Catholique qui a exprimé hier son refus de s’associer au démantèlement de Calais, qu’il juge comme une future expulsion "rapide et ramassée", selon les termes de l’association rapportés sur Libération.fr. Le camps de migrants pourrait être évacués à partir du 17 octobre prochain. Le secours catholique dit ne pas vouloir se rendre complice d’une action de communication à la veille de l’élection présidentielle, action qui n’a "rien d’humanitaire", selon ses propres termes. D’autres parts, autre information du même type, le père Riffard, ce curé de St Etienne qui accueillait des sans abris dans son église depuis 10 ans a reçu un arrêté du préfet qui l’oblige à cesser ses hébergements de nuit. Une solution qui va "faire souffrir du monde", selon les mots du prêtre, rapportés par le Figaro.

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