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Photo du projet "Too hard to keep" du photographe Jason Lazarus

Ce que l'on accepte d'abandonner à la nuit

1h
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de photos qu'on ne peut plus regarder, d'images que l'on garde toujours en tête, d'une manière de rendre l'avenir plus désirable, de la réhabilitation de l'optimisme, et d'une source possible du mal dans le monde.

Photo du projet "Too hard to keep" du photographe Jason Lazarus
Photo du projet "Too hard to keep" du photographe Jason Lazarus Crédits : Label courtesy of THTK (2010-Present)

Que voit-on de nous dans une image ? Quel reflet de notre vie s’imprime dans ce que l’on regarde ? Qu’est ce qui fait qu’un jour, on range des photos au fond d’un tiroir. Qu’un autre jour, plus tard, on peut les retrouver, les regarder, oublier pourquoi on a voulu les cacher, ou au contraire, voir ressurgir des souvenirs, des visages que l’on croyait pour toujours avoir enfoui ? Le photographe américain Jason Lazarus a lancé un appel, relayé par le magazine Vice. Un appel à des particuliers dans le cadre d’un projet de photos « Too Hard to keep » trop difficile à garder. Il s’agit d’un projet photographique participatif . De la création d’un espace, comme un cimetière de photos devenues indésirables. Trop difficile à garder, à regarder, qui rendent le passé trop présent pour pouvoir avancer. Parmi ce que Jason Lazarus a déjà reçu, il y a des photos, moitié déchirées, accompagnés de petits mots de rupture, de regrets. Des portraits de personnes que l’on imagine plus de ce monde ; Des photos, d’enfant, d’enfance. Des photos d’animaux en fin de vie sur une table de vétérinaire. Il y a aussi des chutes, des lits d’hôpital, des bleus sur un visage. Dans ce tas de souvenirs étranger, il y a cette photo en noir et blanc. Une chambre à coucher avec un lit défait, les murs et les lourds rideaux blancs autour. Une femme nue y dort dans ce lit. On y voit son dos, ses fesses. La photo est prise, de loin depuis l’embrasure de la porte de cette chambre à coucher. Une photo qui porte en elle, la douceur et le silence du jour qui commence, et de la vie qui s’apprête à y prendre place. Mais qui, comprise dans la série "Too hard to keep", trop dure à garder, se retrouve comme recouverte d’un voile. Une prise de vue sur le départ. Une place dans ce lit que la femme endormie trouvera sans doute encore et toujours vide à son réveil. Une photo qui ressemble du coup à la dernière. Comme une prise d’adieu. Des images qui immortalisent la distance en train de se creuser, l’oubli en train de s’amorcer. Dans ces photos "too hard to keep", il pourrait y avoir des images de pur bonheur. De fêtes, de retrouvailles. De celles qui appellent la nostalgie de moments que l’on ne revivra plus, de visages que l’on ne voit plus. Cette série cumule au contraire des images blanches, floues, lointaines de moments de calmes, ou tristes, d’heures mystérieuses. Il y a du silence qui s’en dégage. Comme des photos dont on saurait dès la prise, qu’on ne pourrait pas les regarder ensuite. Ce genre d’images intimes, qui peuplent des recoins de rêves et de nuit noire, que l’on garde en tête juste pour ces seuls moments endormis où le passé a sa place.

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