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Photo extraite du film Vote Off de Fayçal Hammoum (capture d'écran)

Ce que l'on attend d'une nuit qui s'achève

1h
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un film censuré, d'un étrange festival, d'une guerre sans fin, de murs franchissables, de la redéfinition d'une communauté, de Taïwan et de l'Europe, et de la mort annoncée des hipsters, et des prises jack.

Photo extraite du film Vote Off de Fayçal Hammoum (capture d'écran)
Photo extraite du film Vote Off de Fayçal Hammoum (capture d'écran)

Aujourd’hui, notre image du jour, est une image interdite. Alors raison de plus pour vous la montrer ici. Il s’agit de l’image d’un film. Un bureau de vote, avec toute l’impersonnalité qu’un tel lieu peut supposer. Des murs blancs, des bancs d’écolier en bois, chaises en métal et en plastique beige, et tout au fond deux isoloirs aux rideaux gris tirés. A côté de ces isoloirs, une porte ouverte sur l’extérieur, on y voit des gens qui attendent sans savoir combien ils sont. Le fait est simplement qu’ils refusent d’entrer. Ils refusent, tant qu’il y aura une caméra pour filmer. C’est du moins ce que dit un homme présent dans le bureau, hors champs. En face de lui, face caméra, une homme mince, cheveux grisonnants, gilet vert, voix douce et calme, défend le réalisateur : « laisse le filmer à sa guise où est le problème ? » lance-t-il doucement. Il ajoute plus loin non sans une pointe d’ironie, « Ils disent que c’est la démocratie non ? Alors laisse la démocratie se voir. » Hier soir, c’est le ministère de la culture algérien qui n’a pas voulu laisser la démocratie se voir. A l’issue de cette élection en 2014, le président Bouteflika a recueilli plus de 80% des voix. _Vote Off_, le documentaire de Faycal Hammoum n’a pas reçu son visa d’exploitation. La première était prévue aujourd’hui à 17h aux Rencontres cinématographiques de Bejaia. Première annulée donc. Un film sur une Algérie qui se cherche une bouffée d’air politique, et des raisons de croire en leur voix. Alors ce matin, c’est aussi à cela, croire en sa voix, que va servir cette première heure de radio.

En complément, la lettre du réalisateur Faycal Hammoum, publié sur la page Facebook du film Vote off:

Mesdames, messieurs, Artistes, journalistes, spectateurs, curieux, citoyens amoureux de la culture et amis de tous bords, c’est avec une grande tristesse que je m’adresse à vous aujourd’hui. En effet, il y a quelques jours, j’ai reçu un appel de Abdenour Hochiche, directeur des Rencontres Cinématographiques de Bejaia. Il m’annonce avec surprise que mon film documentaire « Vote Off », tourné il y a deux ans à Alger lors du dernier scrutin présidentiel, et produit par Thala Films, ne pourra pas être projeté ce jeudi 8 septembre dans le cadre de ces rencontres, comme cela était initialement prévu. La cause : le ministère de la culture refuse de délivrer une autorisation de projection. Ce documentaire, traitant des élections présidentielles, étant le seul de toute la programmation à ne pas obtenir cette autorisation (dont la mise en place, rappelons-le, est toute récente), on ne peut que se rendre à l’évidence et appeler les choses par leur nom : Il s’agit la d’un cas flagrant de censure ! Etant jeune cinéaste comme d’autres sont médecins ou boulangers, et faisant comme eux, modestement, ce que je sais faire de mieux, ce bras de fer constant avec le ministère de mon pays et autres autorités « suprême » de la culture commence à me fatiguer. Et je suis, de la même façon, fatigué d’avance de devoir demander grâce pour un film condamné à mort par la censure. Comme je suis, pour ma part, condamné à l’espoir, je vais vous parler d’un film, d’une liberté et d’une jeunesse. Ce film s’appelle « VOTE OFF». Il aurait tout aussi bien pu s’appeler «Il était une fois un mois d’avril 2014 » ou « A quoi rêvent wled houmti ». Il s’agit avant tout d’un film fait avec des algériens, en Algérie, avec, certes, des moyens de productions modestes, mais une énergie monstrueuse. C’est un voyage électoral ou plutôt une balade où se côtoient le doute, la peur, l’espoir. À la manière d’un facteur, je suis allé faire du porte-à-porte ; j’ai passé du temps avec des amis et en ai rencontré de nouveaux ; j’ai capté des moments intimes ; je voyais ces hommes et ces femmes sortir de chez eux pour aller travailler, rêver, se battre, et j’ai eu envie de les filmer, de les aimer, d’accompagner chacun de leurs moments de vies et de construire avec eux une histoire qui est devenue, à l’arrivée, un film, mais aussi une parcelle de notre mémoire collective. Cette mémoire que l’on léguera à nos enfants. Au-delà des parcours individuels de mes personnages, qui sont au centre du projet, j’ai aussi fait ce film pour une raison simple et sans doute un peu naïve : Je veux croire que l’Algérie peut et doit devenir aussi démocratique que possible. Interdire ce film, c’est interdire la croyance qui en est à l’origine. La croyance en un pays de droit où l’expression d’une idée n’est pas vécue comme une menace mais une chance. Interdire ce film, c’est interdire par avance tous les films qui voudront affirmer cela. C’est, qu’on le veuille ou non, avouer que rien ne changera. Les chemins de la liberté ne sont pas toujours simples et c’est pour ça qu’il ne faut jamais les perdre de vue. On peut toujours enterrer un film mais jamais la parole et encore moins la pensée des hommes. MERCI À TOUS. FAYÇAL HAMMOUM. Cinéaste & producteur

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