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Guillaume, 50 ans, célibataire, sans emploi. Vit dans un squat (Ile-de-France)/ Projet "En résistance contre le froid" (avec la fondation l'Abbé Pierre)

Ces voix qui ne se font entendre qu'au Petit Matin

1h01
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de température, de survie chez soi, de chez-soi vides, de la vie des saints, de l'intérêt d'en être un, de marronniers mortels.

Guillaume, 50 ans, célibataire, sans emploi. Vit dans un squat (Ile-de-France)/ Projet "En résistance contre le froid" (avec la fondation l'Abbé Pierre)
Guillaume, 50 ans, célibataire, sans emploi. Vit dans un squat (Ile-de-France)/ Projet "En résistance contre le froid" (avec la fondation l'Abbé Pierre) Crédits : Stéphanie Lacombe (avec l'aimable autorisation de l'auteure)

Il y a des images que l’on doit plus sentir que regarder. Des images où il est question de températures. Des images qui cherchent à nous montrer comment, de quoi, dans quel environnement, dans quelle histoire, elles sont nées. Il s’agit de plusieurs intérieurs aux quatre coins de la France. Plusieurs intérieurs qui se ressemblent. Des tapis, des couvertures, des murs blancs aux tâches sombres, translucides, comme des ombres qui planent. Des lits dans le salon. Des radiateurs d’appoint et des poêles, le linge qui sèche pendant des jours, à même le sol, ou recouvrant les portes. C’est l’histoire de Valérie, 44 ans, au nez rosi par le froid qui tricote en regardant attentive, sa fille qui se tient debout devant elle, sucette à la main, écharpe, et bonnet de laine. Valérie, vit avec ses deux filles et son mari, dans une caravane, installée sur ce terrain, dans le Loiret, sur lequel la maison qu’elle a faite construire est inhabitable. Ailleurs, à Lyon, c’est une pièce déserte, où trois petites banquettes en velours rouges, disposées côte à côte, avec des coussins aux motifs orientaux, qui cachent des tâches noires sur le mur. Deux petites tables en bois, des poufs en cuir superposés, un écran plat accroché au mur. Une pièce qui ressemble à un entrepôt. C’est le salon de Rachida 55 ans, mère célibataire de 6 enfants, et qui vit dans une pièce à 12 degrés où tous dorment ensemble pour se tenir plus chaud. Il y a aussi cet intérieur clair est spacieux, une immense bibliothèque surchargé sur le mur gauche, des livres un peu partout. Un paquet de pâtes et une bouteille de vin vide posés sur une table au premier plan. Puis au centre, une immense tente, aux allures de yourte, tapis épais au sol, un lit deux places un bureau et une guitare. Guillaume, 50 ans célibataire et au chômage. Je n’ai jamais eu aussi froid de toute ma vie depuis que j’habite dans ce squat. Un squat en île de France, où ses occupants peuvent subir la coupe définitive de leur compteur à tout moment. Il y a aussi ce couple de retraités à Lens, au frigo vide, au linge lavé à la main, aux douches devenues rares, qui disent s’habituer à tout, sauf à l’idée de se retrouver à la rue. Il y a ces visages qui se mettent en scène, la plupart du temps sans se montrer. Les visages d’une précarité, sur le fil, toute proche de nous. Ceux, pris par la photographe Stéphanie Lacombe, à travers son travail sur la précarité énergétique, et que l’on peut voir sur le site de Mediapart. Le chercheur Bruno Maresca les accompagne de mots. Ceux d’une honte d’avoir si peu, d’une peur de tout perdre complètement. "Qu’est-ce qu’avoir froid chez soi en France au XXIè siècle?", demande le chercheur. La réponse se trouve dans ces intérieurs, à mettre entre guillemets. Dans ces murs assombris, dans la vie regroupée dans une même pièce. Sur ces peaux, rougies ces corps, tendus et surcouverts, marqués par l’inconfort, la dureté d’une vie dans un chez-soi que l’on a du mal justement à associer à soi.

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Lights out de Broadcast sur l’album Work and non work sorti chez warp records. Où il est question d’émouvants souvenirs que l’on peut avoir d’un chez soi qui n’est plus. On se remémore les pièces, les gens que l’on y voyait, les discussions, la décorations que l’on y avait voulues. Tout cela m’amène à vous parler de cette initiative certes pas inédite, mais sans doute plus virulente en cette années marquée par les campements de migrants qui viennent grossir les effectifs de personnes sans abris, en France. Donc initiative de l’association Droit au logement (DAL) qui lance aujourd’hui sa "marche des réquisitions" en ce premier jour de trêve hivernale. Dans le même temps, le site de France info nous apprend que le nombre de logements vides en France a progressé de 40% en 10 ans. 2 millions 600 000 logements sont vides en France, selon un rapport de la fondation l'Abbé Pierre.

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