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Issue de la série HS - histoire souterraine-

Déstabiliser le jour qui vient: images d'une "histoire souterraine" d'Amaury da Cunha

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de chutes, de corps qui tombent, de paysages tordus, d'images qui manquent, de 7è obsessions, du vote dans la démocratie, d'impasses politiques au Maroc, de la peur de l'ennui et de Jean-Claude Van Damme.

Issue de la série HS - histoire souterraine-
Issue de la série HS - histoire souterraine- Crédits : Amaury da Cunha (avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Ce sont des corps lourds qui semblent vouloir se débarrasser d’eux-mêmes. Oublier leur existence dans le regard de l’autre dans les murs épais d’un lieu qui ne leur appartient plus. Des corps qui voudraient s’inventer une autre histoire. Une histoire souterraine. Ce sont des corps qui recherchent l’état de chute, ou de relâchement. Qui recherchent peut-être même cet état où il ne se reconnaîtront plus eux-mêmes. Où ils pourront avancer autrement, et donc forcément ailleurs. Sur un chemin choisi. Un Passage. « Qui n’a pas connu l’intervalle n’a aucune chance de traverser les apparences » écrit le photographe Amaury Da Cunha, dans son livre Histoire souterraine. Un titre qui est en premier lieu, celui de son roman. Et qui devient ici, sous la forme d’initiales, HS, une série photographique sur des corps qui se révèlent, pourrait-on dire, avant la chute. Une grande place grise de béton, au crépuscule, les grandes dalles formes de larges escaliers. Et les ombres des arbres s’étirent - loin, quadrillent l’espace. Un homme en béquille passe devant ces ombres et semble ne même pas voir cet homme debout sur les grandes marches. Pourtant cet homme là voudrait déstabiliser le paysage, tenter de le tordre un peu, de son mouvement. Bassin légèrement en avant, bras en l’air, tête un peu penché, il a laissé son sac à dos parterre à côté de lui. Et on dirait, au milieu de cette place vide, sans regards pour l’accueillir, amortir son mouvement, on dirait qu’il se met à danser. C’est une scène prise en plongée, de haut, peut-être depuis une fenêtre. La distance ne permet pas de distinguer l’expression de son visage, de loin elle semble totalement neutre. Comme s’il jouait naïvement la catastrophe, comme s’il mimait sans y croire, ni attirer l’attention, le mouvement grossier d’une chute. Un geste solitaire. Peut-être même désespéré. Produire quelque chose, au milieu de ce vide. Amaury da Cunha se demande pourquoi son regard est-il si souvent aimanté au bizarre, à ce qui menace de sombrer ? L’un des visages que l’on voit et qui nous scrute dans ce livre c’est celui de son frère Charles mort à Singapour, en se jetant du haut d’une tour. « Charles est mort, écrit Amaury da Cunha parce qu’il ne trouvait plus d’image dans lesquelles trouver refuge (...) Aucune image qui aurait pu lui offrir un sursaut de vie». Ce sont des corps qui travaillent la chute, qui apprennent, tentent d’apprendre le déséquilibre. Cet état de fragilité, cet intervalle, dans lequel, ils peuvent peut-être enfin se connaître, se reconnaître, se livrer à eux-même la seul image qu’ils ont toujours cherché, celle qui aurait pu les maintenir debout.

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