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En finir avec la nuit: un polaroïd du 23 avril 2017

1h
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'espoir au présent, de disparitions de Perec, de la commémoration du génocide arménien, de la fin de l'alternance politique en Europe, d'une insurrection du centre et d'un astéroïde de la vie politique.

C’est une histoire de regard. Ceux que l’on croise, ceux que l’on remarque, que l’on décide de soutenir, et de retenir. C’est une histoire de regard que l’on porte aussi sur d’autres yeux que les nôtres. Plus ouverts que jamais. Comme s’il ne fallait pas rater la marche, ne rien rater du tout. Tout prendre du spectacle qui s’offre à nous. Celle d’une attente sourde. Ce qui se passe dans le chapitre d’après, c’est la fin d’une bataille et presque sans aucune doute, le début d’une autre. Pas le temps de se remettre. Une attente sourde, comme si tout s’arrêtait sauf nous. C’est une chose vue et entendue. Une photographie de nous même en direct, on s’articule comme une image qui apparaît, une sorte de polaroid un peu laborieux. Parfois on se frôle.C’est un jeune couple, ou alors deux amis, deux frères et sœurs on ne sait pas. Ils marchent côte à côte, groupés. Sans se toucher. Ils avancent tous les deux d’un pas qu’ils tentent de calmer. Ca ne va pas faire passer plus vite la journée. Leurs vêtements appellent l’été. Leur peau blanche n’a pas de saison. Ils regardent fixement devant eux, mais semblent ne rien voir de la rue qui s’allongent. Des yeux ronds, tournés vers eux-mêmes, et un mot qu’ils se répètent presque sans y penser « J’espère ». Comme un refrain du jour d’avant. Un mot qui n’a pas le temps d’imprimer dans leur regard. « J’espère », un mot qu’ils prononcent l’un après l’autre, à une seconde d’intervalle. Deux pensées identiques qui se télescopent, et arrivent au même endroit, et se croisent furtivement sur ce trottoir C’est un mot qui prend, au moment d’hier, une tonalité particulière. Plus grave, plus lourde. Une question d’avenir. De durée. J’espère au présent. Encore au présent. On croise ces regards et on saisit ces mots sans trop savoir à quoi à qui ils se réfèrent. C’est pourtant la seule parole sûre à cet instant. La seule parole commune. Un regard aussi qu’on partage, qu’on connait et reconnait. Qu’on retrouve. Ca peut être sur un portrait de Vincent Jarousseau à Hénin-Beaumont. Ce visage de jeune femme, doux. On y devine de l’espoir et on est douché par ses mots inquiets, des mots de rancoeurs, au goût d’un pourquoi pas moi. Il y a aussi ces yeux qui se sont habitués à ne jamais ciller, Des portraits de Femen, de Jacob Khrist, dans la même ville. Le photographe, qui a été violemment arrêté hier à Hénin-Beaumont dans l’exercice de son travail. Il y a ces mots, "j’espère", sur tous les visages. Et aucun d’eux n’est à ignorer. Tout, et même ce mot là, change de temps, de sens, de portée. Tous ces regards là décrits peuvent un jour se ressembler.

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