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Delacroix, la Grèce sur les ruines de Missolonghi, 1826.

Exposition : Liberté - La littérature à l’estomac - Talibans/Etats-Unis - Bilal Hassani a donc failli remplacer Napoléon...

59 min
À retrouver dans l'émission

Caroline Fillon et Isabelle Beccia vous parlent de l'exposition l'exposition "La passion de la Liberté", et Adam Baczko des négociations entre les Talibans et les USA. Les chroniques s'intéressent à la rentrée littéraire et à l'indignation.

Delacroix, la Grèce sur les ruines de Missolonghi, 1826.
Delacroix, la Grèce sur les ruines de Missolonghi, 1826. Crédits : © Musée des Beaux-Arts - Mairie de Bordeaux.

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Comment représenter la liberté au XVIIIe ou au XIXe siècle, quand on est peintre, sculpteur, céramiste ou architecte ? La ville de Bordeaux rend hommage au mot Liberté à travers une saison culturelle qui lui est dédiée, intitulée Saison Liberté ! Bordeaux 2019 - Du siècle des Lumières à l'esprit océan. Pour évoquer plus particulièrement l'exposition La passion de la Liberté - Des Lumières au Romantisme, à la Galerie des Beaux-Arts, Tewfik Hakem s'entretient avec Caroline Fillon, commissaire de l'exposition pour le Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux, et Isabelle Beccia, conférencière chargée de la médiation institutionnelle au Musée des Beaux Arts. Une exposition présentée conjointement par les deux institutions, avec la participation du Musée du Louvre. A voir jusqu'au 13 octobre 2019.

Il y a des chocs comme les révolutions qui vont faire de la Liberté presque un langage symbolique, un discours, un message qu'on va faire passer, il y a une identité que l'on va revendiquer et qui va apparaître sous la forme d'allégories, incarnée par des personnages dont on va faire les portraits, et également, par ce qui va devenir des motifs décoratifs connus.   Caroline Fillon

Vue l'exposition - Section 1 : La liberté de l’esprit ou la pensée des Lumières.
Vue l'exposition - Section 1 : La liberté de l’esprit ou la pensée des Lumières. Crédits : ©maddd-bordeaux - L. Gauthier

L'exposition interroge le visiteur, elle n'apporte pas vraiment de réponse mais elle explique que la Liberté dans ces périodes assez troubles - puisque l'exposition parle beaucoup du choc des révolutions, des traumatismes, des morts - renvoie à l'idée d'une liberté qui aurait un sens différent et qui va aborder différentes thématiques, justement. La Liberté, on va la représenter de manière allégorique ou beaucoup expressive. Les œuvres nous parlent. Nous sommes en présence d'œuvres de grands maîtres, comme David, Rude, avec des œuvres majeures qui incarnent l'idée de la Liberté.   Isabelle Beccia

a passion de la liberté - Des Lumières au Romantisme.
a passion de la liberté - Des Lumières au Romantisme. Crédits : Galerie des Beaux-Arts, Bordeaux 2019 © Musée du Louvre

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

C’est la rentrée littéraire, avec cette année une réduction du nombre d’ouvrages en langue française : 336 – dont 82 premiers romans –, le chiffre le plus bas depuis vingt ans.

Selon le décompte de Livres Hebdo, avec la littérature étrangère (188 ouvrages, un chiffre stable), ce sont donc 524 romans qui seront publiés cette année, contre 567 l’an dernier. Il est vrai qu’avec les chiffres précédents on frôlait la surproduction, d’autant que le volume global des ventes a baissé de 4,38% en 2018 par rapport à 2017 et de 5,7% pour la seule littérature, d’après le Syndicat national de l’édition. La rentrée, avec en ligne de mire les prix littéraires et les fêtes de fin d’année, est une période stratégique pour les éditeurs, elle représente le quart des ventes. D’où l’atmosphère fiévreuse que Julien Gracq avait déjà stigmatisée dans son célèbre pamphlet sur La littérature à l’estomac : dans le « milieu littéraire », pour les critiques comme pour les écrivains – certains d’entre eux, en tout cas – ce qui fait un livre, c’est le bruit : « pas celui d’une rumeur essentielle qui sourdrait de l’œuvre elle-même » mais celui du tapage accompagnant sa sortie. Cette année, nous sommes gâtés question bruit dès l’ouverture de la saison, avec des relents d’antisémitisme rémanent, suivez mon regard… Un penchant favorisé par la vogue constante de l’autofiction.

L’autre grande tendance qui se confirme en cette rentrée, c’est celle de la littérature du réel, comme l’observe Raphaëlle Leyris dans Le Monde.fr, avec notamment la question du terrorisme. Le site de critique littéraire En attendant Nadeau a publié cet été un grand dossier sur le thème de l’enquête, avec parmi d’autres l’article de Dominique Viart sur Les littératures de terrain. À la manière de Zola, mais sans résorber comme lui dans l’écriture du roman la documentation accumulée en amont, cette nouvelle forme littéraire implique l’écrivain au cœur de la recherche et du trajet qu’elle dessine : « ses trouvailles, ses impasses, ses difficultés, ses rencontres, ses surprises, ses réorientations ; l’expérience humaine qu’elle constitue. » 

« L’époque a faim de réel », constate Laurent Demanze dans Un nouvel âge de l’enquête (Corti). Dans Le discours de l’histoire, Roland Barthes pointait déjà une tendance à l’œuvre dans les textes documentaires – journaux intimes, faits divers, reportages – pour capter « le prestige du c’est arrivé ». Une « exigence d’attestation » qui s’est confirmée au point que certains critiques parlent d’un « tournant documentaire » en littérature. Les enquêtes contemporaines – relève l’auteur – « n’ont pas pour ambition de représenter le réel, mais d’interroger les conditions de sa fabrique, d’inquiéter les institutions qui le construisent et de questionner les conditions de son exploration ». 

Les Enjeux Internationaux par Julie Gacon :

Les Talibans ont-ils les moyens de "faire souffrir l'Amérique" ? C’est ce qu’ils ont promis après que les Etats-Unis se sont retirés précipitamment des discussions en cours, celles qui devaient préparer le retrait des troupes américaines. Après un nouvel attentat à Kaboul, Donald Trump a mis fin au dialogue. A qui cela profite-t-il ?

Julie Gacon s'entretient avec Adam Baczko, chercheur associé à l'université Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’Afghanistan.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Bilal Hassani a donc failli remplacer Napoléon...

Oui, "failli" c'est le mot important. Hier, une rumeur bidon a parcouru les réseaux sociaux : Bilal Hassani ayrait remplacé Napoléon dans les livres d'histoire de première.

Alors, vous vous demandez peut-être qui est ce Napoléon, ce pétulant chef de guerre français ; à moins que vous ignoriez qui est le chanteur Bilal Hassani, lequel entretient au moins un lien avec Bonaparte puisqu'il est responsable d'un véritable Waterloo choral puisqu'il a eu la 16ème place à l'Eurovision, ce qui fait de notre pays une petite puissance moyenne sur le plan de la chanson...

Pour le reste, les points communs entre Bilal Hassani et Napoléon sont assez peu nombreux, et pour dire la vérité, l'un n'a pas poussé l'autre en dehors des manuels d'histoire, les deux coexistent : l'un à la rubrique "époque napoléonienne", l'autre à la rubrique "époque internet", puisqu'il n'y a pas encore "d'époque hassanienne", mais en revanche une petite vignette dans un manuel de première consacré au harcèlement sur internet, harcèlement dont Bilal Hassani a été victime. En un sens, c'est logique, Napoléon n'a jamais été victime d'harcèlement sur internet. 

Ne me demandez pas pourquoi les livres d'histoire vont désormais de Napoléon au harcèlement sur internet, ce qui est intéressant dans cette infox "Hassani a remplacé Napoléon dans les livres d'histoire", c'est la capacité des réseaux sociaux à s'indignenr de tout et de rien : Twitter est devenu une grande machine à fabriquer de l'indignation. On s'indigne, c'est un véritable inventaire à le Prévert des causes d'indignation, cela peut donc aller de la mort d'un enfant à un chassé croisé supposé dans les livres d'histoire.

L'indignation est devenue une véritable drogue pour l'époque. C'est l'idée que soutient le philosophe Laurent de Sutter dans un ouvrage titré L'indignation totale, lequel explique que le fameux "indignez-vous !", formulé jadis par Stéphane Hessel, s'est transformé en "alignez'vous", une manière d'être conforme, de s'indigner à l'unisson pour se prouver que l'on existe, les uns s'indignant, les autres s'indignant de l'indignation des autres. Parce que l'on peut s'indigner de tout. Au fait, qui s'est assuré qu'Elton John n'avait pas chassé Shakespeare des manuels d'anglais ?

@PetitsMatinsFC

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Intervenants
  • Commissaire scientifique de l'exposition La passion de la liberté, des Lumières au Romantisme, pour le Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux
  • Docteur en Histoire de l'Art, conférencière chargée de la médiation institutionnelle pour le Musée des Beaux Arts de Bordeaux
  • Chercheur CNRS au Ceri-Sciences Po.
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