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Faire de sa nuit un royaume : "le réfugié roi de la Grèce" par Ashley Gilbertson

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un espace à réécrire, d'une couronne à porter, de prisonniers du temps, d'un choix possible des corps, de l'influence des media, d'une Europe post-brexit, de la nostalgie du téléphone fixe.

Il y a des endroits que l’on a pas fini de voir. Des lieux qu’on ne peut pas mettre de côté. Qui deviennent à eux-seuls une image de notre monde, et de notre temps. Et y écouter les paroles qui s’en échappe, les regards que l’on y porte. Réécrire leur histoire, et laisser la réalité nous rattraper. Des allées et des étendues où le vide a toute sa place. Les installations provisoires ne suffisent pas à tout remplir. Il n’y a que les champs de fleurs jaunes pour tromper le gris. Le faire oublier un instant. C’est un royaume si on veut. C’est comme ça en tous cas que Bassem Omar le voit. Bassem Omar règne en effet sur ce camps de réfugiés du village de Ritsona, au Nord d’Athènes. C’est comme ça qu’il en ouvre les portes à Ashley Gilbertson, pour le _New-York times_. "Sa majesté Bassem a 20 ans" écrit le photographe, il vient de la ville de Qamishli en Syrie. « I want to make Ritsona great again » plaisante le jeune homme. Ses mots se veulent riants. Son visage pris de trois quarts dos, sur ce fond de ciel gris, est marqué. De fatigue, d’inquiétude et de lassitude. Son regard fuit. Sa bouche reste pincée. Une veste noire en cuir et une coupe de cheveux qui laisse deviner ce qu’il reste de la coquetterie masculine de ses 20 ans. Le jeune homme veut pouvoir être digne de ce titre princier qu’il se donne à lui-même. Devant lui ces champs de fleurs jaune lumière, et derrière, une tour grise sans fenêtre au béton lourd, château d’eau, structure fantôme. Quel roi a déjà déjà essayé de fuir 13 fois ? Vers d’autres terres européennes. "Je dois arrêter d’essayer confie-t-il au photographe. Parce que le prochain échec pourrait bien me tuer". Ashley Gilbertson, raconte ce quotidien au temps arrêté, et à l’espace de vie limité que représente ce camps, depuis un an. Depuis que les frontières européennes se sont fermées, depuis que les renvois en Turquie sont devenus la règle. Comment présenter, représenter, à nouveau, cette réalité là qui n’en finit pas ? En en faisant un royaume, un terreau d’histoires, celles de ses habitants, d’une jeunes fille, par exemple, qui plonge son regard triste dans la mer. On prend goût à la légende et on remarque là encore chez elle, des allures de princesse, avec ses longs cheveux bruns qui tombent sur son dos et ses épaules, et une tresse qui la couronne. Azhar Khalil a 18 ans, et elle a emporté son diplôme avec elle comme premier bagage. "J’ai risqué ma vie pour quelque-chose de plus grand que ça" dit-elle. Comment imaginer à nouveau un futur, dans ce présent qui n’en finit pas ? Coincés là où mêmes les autochtones "rêvent parfois de fuir" note Bassem Omar. "Nous avons construit ici un nouveau pays, nous dit-il. Le plus petit au monde, un royaume de 700 âmes". Se dire d’une manière ou d’une autre, que le chemin rêvé nous appartient.

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