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Garder la nuit à l'intérieur : "the 'quiet moments' of waitresses at work" par Melissa Brewer

1h
À retrouver dans l'émission

où il sera question de serveuses au travail, de silence intérieur, d'un western miniature, des 100 jours de la présidence Trump, des priorités économiques à Cuba, et de la reconnaissance du sexe neutre.

Il y a des images qui nous font entendre le silence. Celui que l’on arrive à faire en nous perdus, dans une foule. Au milieu des rires, des chuchotements, des bout de phrases volées, et de vaisselle qui tinte ou qui se casse. Ce sont des visages verrouillés. Bouche fermées, expression neutre et mystérieuse. Les yeux suffisamment perdus dans le vague pour ne rien fixer. Des visages qui imposent un silence là où le bourdonnement de paroles se fait incessant. C’est souvent à travers une vitre qu’elles regardent, qu’elles guettent le dehors, qu’elles se perdent dans la transparence d’elles-même. Ce sont des moments où elles font exister le silence de leurs regards perdus, là où il est quasiment impossible d’en trouver. "Des moments calmes de serveuses au travail", c’est le titre de la série photographiée par Melissa Brewer pour le _New-York Times. La photographe aussi a été serveuse quand elle est arrivée à New-York, avec le rêve de devenir peintre. "Les toiles que je rêve de réaliser, les lectures de la veille, Les choses que je rêve de faire, les endroits où je rêve d’aller_", dit-elle. Elle se souvient de cette vie intérieure qui grouillait alors qu’elle disposait les tables, nettoyait les vitres ou écumait oralement les menu du jour aux clients. A quoi pensent les autres se demandent maintenant Melissa Brewer. Des photos en noir et blanc qui renforce la présence de l’uniforme, nous conduit à nous focaliser sur elles-seules, ce regard qu’elles ne veulent surtout pas transparent, ne pas laisser de prise à l’attention extérieure. Il y a derrière une vitre avec l’enseigne lumineuse "Milk", une jeune femme en tablier blanc un visage rond de grand yeux noirs tristes et une coupe de cheveux à la Louise Brooks. Elle astique une vitre assez transparente pour nous laisser apparaître l’immeuble d’en face, avec ses fenêtres d’où peuvent surgir un autre visage un autre regard. On peut se demander si c’est cela que la serveuse guette. Une autre présence que la sienne. Un échange. Un vrai. Rien qui ne se commande. On décèle, dans le regard de certaines serveuses, une forme d’attente. Presque inquiète, ou avec parfois dans le regard cette pointe d’excitation adolescente. Imaginer le prochain visage qui va venir vers nous, imaginer la vie qui va se répandre là, sur le comptoir. Attendre la rencontre qui dans ce lieu, va nécessairement venir. Y mettre une forme d’espoir. Sinon on ne pourra pas. On ne pourra pas être là pour l’autre. Regard toujours alerte, et visage résolument secret. Laisser traîner le regard sur une assiette, dans les yeux du client et imaginer, nous raconte la photographe, le chemin qui l’a mené, lui, jusque là. Quelle sorte de journée, quelle forme de nuit a bien pu le mener à échouer jusqu’à notre table.

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