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Laisser l'aube s'installer sur "une page blanche": un album de photos iranien par Newsha Tavakolian

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un nouveau paysage, d'une fumée blanche, d'une nuit d'attente, d'une invasion de clones, de la nature et des astres, d'un scrutin incertain en Iran, de corbeaux qui se remettent à voler, du festival de Cannes comme terrain d'observation politique.

Cela pourrait être un roman photo à déchiffrer. Juste les images. Celle d’une jeunesse quelque part. Une jeunesse qui sort. Qui sort de l’ombre, de la nuit et du brouillard. Déterminée à en finir avec la page blanche. Il y a une foule. C’est la nuit. Une foule loin de toute agitation. Comme dans l’attente. Une attente qui se veut discrète. On fait mine que la vie continue, que le temps file, et on se remet déjà à circuler. Par dessus l’obscurité, il y a une épaisse fumée. Mais là non plus pas d’inquiétude. Rien qui pourrait perturber cette attente. Au premier plan, la fumée blanche laisse apparaître le visage d’une jeune femme aux grands yeux noirs, chevelure recouverte d’un voile sombre. Elle fixe l’objectif et sourit. Discrètement. Doucement. Comme si elle était la seule à avoir remarqué l’appareil de la photographe. Une compréhension furtive de l’autre en face. Newsha Tavakolian explique cette femme marche à travers la fumée d’une plante qui brûle, l’esfand. Une plante en feu pour éloigner le mauvais œil. On ne sait pas dans quelle ville d’Iran, cette photo est prise. On y voit juste ces gens à travers une fumée qui semble se concentrer autour de la jeune femme centrale, de son regard. Tout le monde semble vouloir reprendre son chemin, sortir du cadre. Pas elle. Son immobilité la distingue. Celle de son regard aussi. Au milieu du léger mouvement de foule comme un bercement nocturne. Une photo qui appartient à la série de la photographe iranienne, tout simplement intitulée Iran. Une série d’ l’attente nocturne. Une foule ici, un homme seul dans la neige, une rangée de militaires aux yeux cernés à l’aube. Un enfant sage mains jointes derrière son dos. Ce sont des images d’une jeunesse, que l’on imagine aujourd’hui, en ce jour de scrutin présidentiel en train de décider d’un avenir. Un avenir qui se joue au delà. Qui se joue au dehors. Il y a une autre série de Newsha Tavakolian intitulée "page blanche d’un album de photos iranien". Et dans cette série, l’image d’un homme qui veut sortir de son trou, celui d’un bassin profond, vidé de son eau. Il se cramponne, il s’accroche. On a du mal à imaginer, à visualiser ses appuis sur ce mur sans aspérités. Mais il grimpe. Pour bientôt apercevoir ce qu’il y a ailleurs au dessus, là où l’espace est plus étendue, la perspective plus dégagée. C’est l’image, en ce réveil, au dessus du mur, derrière le brouillard de fumée, d’un changement de paysage.

(Musique : Signals - Júníus Meyvant)

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