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Danse de nuit de Boris Charmatz

Les mots que nous donne la nuit

1h
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de dates fatidiques, traumatiques, de pensées inconscientes, d'une danse de nuit, de désirs grandissants, de choix par défaut, d'une page 111, et d'une autre idée d'Emile Durkheim.

Danse de nuit de Boris Charmatz
Danse de nuit de Boris Charmatz Crédits : Boris Brussey (avec l'aimable autorisation du Musée de la danse)

Il s’agit de laisser sortir les mots tels qu’il se forment, en temps réel, dans notre tête. Il s’agit de pousser les murs, de s’y frotter pour agrandir l’espace. Une logorhée perturbée, qui s’éveille et se construit en direct dans notre bouche, faite d’un moi qui se regarde, s’interroge, revit des traumatismes personnels et collectives pour mieux se relever. En prendre conscience. 6 danseurs 3 hommes, 3 femmes marchent en disant littéralement n’importe quoi, ils échauffent leur corps dans un lieu gigantesque sombre et froid, en Seine-Saint-Denis, qui abritait autrefois une usine de chaudronnerie. Le bruit des machines est ici remplacé par le bourdonnement quasi incessant des mots. Ils échauffent leur corps en s’avançant vers le public rassemblé debout autour d’eux, ils marchent vers eux d’un pas vif, en s’adressant à eux, le chorégraphe Boris Charmatz demande aux quelques personnes autour de lui de lui dire n’importe quoi, ou de lui parler d’une date importante pour eux. Toujours avec cette parole qui ne doit pas laisser d’espace au silence, les danseurs avancent vers le public pour se créer un espace modulable, dans lequel évoluer. Et puis cette date qui n’est jamais énoncée, mais qui surgit dans le récit. Un texte écrit par le chorégraphe lui-même où se rencontrent les noms des caricaturistes et journalistes morts dans la fusillade de Charlie Hebdo. Puis plus tard, les danseurs tous allongés yeux fermés, se réveillent peu à peu au son de la litanie de l’une d’eux. Les mots de Patrick Pelloux sur France inter, qui raconte comment il a échappé au massacre, comment il est arrivé sur les lieux, en croyant jusqu’à la dernière minute à une mauvaise blague. La danseuse qui répète cette intervention radiophonique sous le coup de l’émotion, n’y met aucune intention, juste un éveil du corps et du mouvement, bientôt du saut, puis de l’interaction avec l’autre, qui naît d’une troupe qui se relève au sens propre. Comment de l’effroi, de l’incrédulité, de la sidération, le corps et la parole peuvent se relever. Formuler ce qui nous arrive. Et vivre encore. Comment le corps peut imprimer en lui, pour lui et pour les autres, ce besoin de comprendre, et donc oui de vivre encore. Dormir, dormir, dormir, répètent en désordre les danseurs en s’éparpillant à nouveau dans l’espace. Comme si le fait de répéter ce mot qui menace la pensée qui renaît, au sortir de la nuit, tenait, même timidement, le sommeil à distance. C’est là tout l’objet de cette Danse de nuit, qui a lieu à nouveau ce soir dans la cour de l’école des Beaux Arts à Paris. Une danse qui appelle nos corps et les mots qu’il abrite à se remettre pas forcément en place, mais du moins en mouvement, pour faire toute la lumière dans le noir de nos pensées.

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BOOKS, et la voix de Barbara Carlotti sur l’album ou plutôt la BD musical illustrée par Christophe Blain et composée par la chanteuse, La Fille. Où il est question de lecture compulsive, boulimique, ce qui me permet de revenir sur ce prix décerné hier soir, celui de la page 111, décerné par Richard Gaitet, de Radio Nova. Un prix qui élit la meilleure page 111, où comment une seule page d’un roman peut nous provoquer en nous les émotions les plus fortes. Hier, c’est donc Mauvais Coûts de Jacky Schwartzman, éditée chez la Fosse aux ours. Parmi les autres livres, ou plutôt les autres pages en compétition, on pouvait trouver Cendre des hommes et des bulletins, de Pierre Senges et Sergio Aquindo, dont vous nous aviez parlé François, une bouche sans personne de Gilles Marchand ou Anguille sous roche d’Ali Zamir. Derrière toute la dimension pseudo -branchée que ce genre d’événement peut supposer, un professeur de français Thomas Guyard, au lycée Léonard de Vinci à Melun, a repris l’idée de ce prix pour redonner l’envie et la curiosité de la lecture à ses élèves.

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