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40ème anniversaire du Festival de Woodstock, Bethel, en août 2009.

Musique : Michka Assayas "Woodstock" / Le racisme en Amérique / Chine - Taïwan : l'étincelle est-elle possible ? / Les idéologies néfastes

59 min
À retrouver dans l'émission

Michka Assayas vous parle de son livre "Woodstock - Three days of peace and music", et Jean-Pierre Cabestan des relations entre Taïwan et la Chine. Les chroniques s'intéressent au shutdown sur fond de racisme aux USA et aux idéologies.

40ème anniversaire du Festival de Woodstock, Bethel, en août 2009.
40ème anniversaire du Festival de Woodstock, Bethel, en août 2009. Crédits : Mario Tama/ Getty Images north America - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec le journaliste, Michka Assayas, qui publie une histoire du plus grand festival de musique aux Etats-Unis ; Woodstock, rassemblement emblématique de la  culture hippie des années 1960 et devenu mythe planétaire, né au milieu de nulle part, dans un immense pâturage du sud-ouest de l'Etat de New York : Woodstock, Three days of peace and music, assorti de deux 2 Blu Ray, Woodstock : 3 jours de musique et de paix, de Michael Wadleigh, un documentaire réalisé en 1970 (GM Editions).

Woodstock a été une sorte d'expérience en plein air dont les spectateurs comme les organisateurs, au fond, étaient les cobayes. C'était la première fois qu'on amplifiait dans un amphithéâtre naturel, qui était un champ de luzerne à la base, où il y avait des bêtes en pâturage. 

Woodstock, c'était un cocktail explosif en réalité, avec des organisateurs enthousiastes mais complètement inexpérimentés. Et puis, de la même façon, autour de Woodstock, il y avait une communauté de locaux, hostile à ce que le festival se tienne, qui n'avait pas envie de voir une horde de chevelus hippies, drogués qui allaient se mettre nus et pratiquer l'amour libre. 

L'idée des organisateurs c'était d'organiser un festival juste à côté de là où vivait Bob Dylan qui, à ce moment-là, jouissait d'un prestige de dieu vivant, mais s'était retiré, vivait à la campagne, ne se produisait plus. Il s'agissait donc de l'attirer.

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Alors que la nouvelle majorité démocrate doit s’installer aujourd’hui à la Chambre des représentants, l’administration américaine est toujours paralysée par le shutdown.

Comme on sait, c’est le refus du financement d’un mur que Donald Trump veut ériger à la frontière avec le Mexique qui est à l’origine du blocage. Dans Le Monde, Gilles Paris estime que les démocrates devraient adopter rapidement un budget provisoire, « le temps de parvenir à un accord qui ne comprenne pas la somme de 5 milliards de dollars réclamée par M. Trump pour engager les travaux ». Et il souligne que « les derniers sondages consacrés au shutdown ne sont pas de nature à inciter les démocrates à des concessions ». Plus jeune, plus féminine, plus représentative de la société américaine, la nouvelle majorité démocrate « compte aussi une aile gauche qui veut se faire entendre ». 

Dans un beau texte sur le blues, paru en 1964 dans Playboy et publié dans cette livraison, James Baldwin écrivait : « lorsque je parle des nègres dans ce contexte je ne parle pas de race. J’ignore ce que ce mot veut dire. Je parle d’un fait social. » Qui se perpétue de génération en génération : « chaque mère, chaque père nègre a dû se confronter à cet enfant et s’efforcer de faire naître en lui les ressources qu’il faut pour survivre à ce monde spécifique, de faire en sorte que cet enfant qui se fera mépriser ne se méprisera pas lui-même. » En prenant du champ et de la hauteur, l’écrivain – lui-même enfant de Harlem – lance à la cantonade : « En refusant de voir mon humanité, vous avez fait quelque chose à votre propre humanité. »

Sur le caractère sociologique et idéologique du racisme, le témoignage de l’écrivaine d’origine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie est édifiant. C’est en arrivant aux Etats-Unis qu’elle est devenue « noire ». Sur le sol américain, elle a vite compris qu’elle avait pris de la couleur. « Et que les Noirs étaient chargés de nombreux stéréotypes négatifs. Qu’être noir est une identité qu’on ne choisit pas, mais avec laquelle il faut presque toujours composer. » Conclusion : « La seule raison pour laquelle la race importe, c’est le racisme. »

Lequel est insidieusement devenu une seconde nature avec le temps. Spontanément investies du privilège d’être « sans couleur », les familles blanches aisées ne semblent pas se poser de questions. Dans les pages idées de Libération, la sociologue américaine Margaret A. Hagerman évoque son enquête auprès d’enfants blancs, « plus imprégnés par la question raciale que leurs parents ne le croient ». Lesquels se cantonnent dans le déni ou le silence mais leurs décisions sur le mode de vie des enfants en dit long sur leurs points de vue. Quartier de résidence, école privée ou publique, influence de la fratrie : « tous les jours, les enfants se forgent une opinion sur ce qu’est le privilège ». 

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Regain de tensions entre Pékin et Taipei pour le nouvel an : Xi Jinping annonce une réunification « inéluctable » et se heurte à une fin de non-recevoir de la Présidente indépendantiste Tsaï Ing-wen. L’évocation du « recours à la force » ravive les craintes d’un conflit dans le Détroit de Formose.

Le discours de Xi Jinping, prononcé lors d'une réunion commémorant le 40ème anniversaire du dégel des relations Pékin - Taipei s'inscrit dans la logique d'une "Chine Unique" déjà contenue dans le "Message aux compatriotes de Taiwan" de 1979. Il est cependant inhabituellement offensif, en annonçant une libération des Taïwanais "du désordre" séparatiste, soulignant la possibilité du "recours à la force", et rompant verbalement avec le discours consensuel sur une "réunification pacifique" mis en place depuis cette époque.

Dans sa réponse devant la presse, la présidente indépentantiste Tsai Ing-wen s'est montrée prudente, se bornant à souligner la différence de régime entre Taïwan démocratique et la République Populaire de Chine. Lors de ses vœux la veille, elle avait revendiqué de traiter "d'égal à égal" avec Pékin. En 70 ans d'existence, l'Etat taïwanais a gagné une indépendance de fait et jusqu'ici, la RPC s'en est accommodé sans cesser de considérer l'île comme une de ses provinces appelée à lui revenir de droit. La "ligne rouge" reste une déclaration d'indépendance unilatérale mais depuis son élection en 2016, Tsai Ing-wen s'est bien gardée de la franchir.

Xavier Martinet s'entretient avec Jean-Pierre Cabestan, directeur du département de sciences politiques à l’université baptiste de Hong Kong, directeur de recherche au CNRS et chercheur associé à Asia Centre.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

C’est la période des résolutions, hélas… Hélas parce que chacun y va de son programme de sage décision, et certains ont hélas plus de pouvoir que d’autres… Je pense par exemple à la résolution di nouveau président brésilien qui ne concerne pas que les brésiliens. Car Bolsonaro formule un vœu assez commun malheureusement, celui d’en finir avec les idéologies néfastes, je le cite, même s’il a bien entendu un potentiel de nuisance plus élevé que la moyenne…

Alors qu’est-ce à dire que l’on veut en finir avec les idéologies néfastes ? Pour lui, les idéologies néfastes sont par exemple la théorie du genre ou les idéologies communistes… Mais en fait, où que l’on se tourne, le danger est toujours désigné comme étant l’idéologie, et l’idéologie surtout, c’est toujours l’erreur de l’autre, comme si soi-même on était exempt de toute idéologie, et, à fortiori, bien entendu, de toute idéologie néfaste.

Et c’est bien cela le problème, c’est que l’on n’est jamais près à faire son auto examen idéologique, considéré que l’on héberge également son lot de préjugés et autres idées préconçues qui ne sont pas sans incidence sur notre vision du réel…. En fait, au fil des années, l’idéologie est de moins en moins acceptée, cela ne signifie en rien que sa présence régresse, et pourquoi régresserait-elle – il y a toujours autant d’idées préconçues sur la réalité, simplement celles-ci sont de moins en moins assumées, et toujours scrutées chez les autres. A cet égard, l’expression de Bolsonaro, « idéologie néfaste », a tout du pléonasme, l’idéologie c’est toujours celle des autres et elle est toujours néfaste.

Or, le vrai problème, c’est que l’idéologie renvoie souvent l’autre et ses croyances à ses intérêts, intérêts de classe, intérêts pour protéger sa place dans le système ou en acquérir une. Au fond, ce qui est en cause, c’est la capacité de croire que l’on peut avoir d’autres opinions que les siennes, tout en étant honnête, sincère. En somme l’idéologie néfaste de notre époque est de croire que toutes les idéologies sont néfastes, en ignorant d’abord sa propre idéologie.

@PetitsMatinsFC

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Intervenants
  • Journaliste et critique rock
  • Directeur du département de sciences politiques à l’université baptiste de Hong Kong, directeur de recherche au CNRS et chercheur associé à Asia Centre
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