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Pochette de l'album "Jeannine" de Lomepal.

Musique : Lomepal / Gilets jaunes et sans-culottes / Guerre en Syrie / Quel intellectuel s’est vraiment planté sur les « gilets jaunes » ?

59 min
À retrouver dans l'émission

Lomepal vous parle de son album "Jeannine", et Ziad Majed de la tournée au Moyen-Orient du chef de la diplomatie américaine. Les chroniques s'intéressent au mouvement des « gilets jaunes » et à la « révolte des élites ».

Pochette de l'album "Jeannine" de Lomepal.
Pochette de l'album "Jeannine" de Lomepal. Crédits : © Pineale Prod - Grand Musique Management

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec le chanteur Lomepal, à l'occasion de la sortie de son album, Jeannine - en hommage à sa grand-mère - revendiquant un album introspectif et une musique totalement "indé". En concert, au Zénith, à Paris,  les 20 et 21 février 2019.

J'ai grandi avec ma mère, artiste peintre, intervenante dans les milieux hospitaliers, j'ai grandi en faisant du skate. Plus tard, j'ai commencé à faire du rap. J'ai eu une bonne éducation, mais j'ai vécu dans la pauvreté. [...] La musique est venue petit à petit, avec des rencontres, par paliers, j'ai voulu faire un peu plus, avec des mélodies, des morceaux, je m'y suis concentré. J'ai eu un grand frère dans la musique, et avec lui, ça m'a servi.

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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Les comparaisons historiques vont bon train pour tenter de cerner le mouvement des « gilets jaunes » et anticiper son évolution.

C’est le cas en particulier de la référence à 1789, puisqu’elle est revendiquée par les manifestants eux-mêmes, et même arborée, comme le bonnet phrygien. Le gilet jaune serait l’équivalent symbolique de la charlotte des tricoteuses ou des pantalons à rayures des sans-culottes. Dans les pages Débats&Controverses de L’Humanité, Francis Combes et Patricia Latour évoquent le lexique. « Comme en 1789, le mouvement a commencé par une révolte contre l’injustice fiscale. La taxe carbone est un peu comme la gabelle d’hier et les péages sont nos modernes octrois. » Si l’on ne parle guère d’États généraux, « les gilets jaunes ont déjà rempli des cahiers de doléances ». Le mot « patriote » est également convoqué, pour dénoncer un pouvoir « soupçonné de trahir la patrie au bénéfice de puissances étrangères (actuellement, l’Europe des banques et les multinationales) ». Mais à l’époque, la Révolution avait une ambition universelle et un patriote pouvait être un étranger qui s’engageait pour « le bien de la nation ». Or, précisent les lexicographes, « aujourd’hui plus encore qu’hier, patrie et monde ont même destin », lequel s’est désormais identifié à celui de la planète comme environnement. Pour Bruno Latour, « si la crise sociale actuelle peut rappeler 1789, c’est par le retour des cahiers de doléances ». Encore faut-il que soient reconnus les enjeux contemporains de la crise, de manière à « passer de la plainte à la doléance ». Dans Le Monde, en pages Débats & analyses, le philosophe et sociologue des sciences estime que s’en tenir à la sagesse spontanée du peuple, « sans enquête préalable, sans analyse méticuleuse de ce qui lie chacun de nous à ses conditions matérielles d’existence », et à l’impasse où nous conduit la modernité, « c’est faire trop confiance à Rousseau ». Car ce peuple, « lourdement entravé, paralysé par des décisions multiples » concernant ses infrastructures matérielles, ne peut plus se libérer aussi facilement qu’en 1789. 

À preuve, le feuilleton du Brexit : « il a fallu deux ans au peuple britannique pour passer de la plainte inarticulée sur l’autonomie et l’indépendance, à la réalisation des innombrables liens qui participent, de fait, à son bien-être. » Deux années « pour que le ministre, pourtant chargé du Brexit, confesse qu’il n’avait jamais soupçonné que, pour approvisionner les usines anglaises, il fallait que des camions franchissent la Manche ». Si les cahiers de doléances de 1789 ont livré une description précise des territoires et des injustices qu’ils subissaient, concernant notamment l’assiette de l’impôt, aujourd’hui cette description est bien plus difficile dans l’intrication « des économies et des écologies ».

Sans préjuger des questions posées et solutions avancées par le grand débat national, on peut prévoir que « la tâche nouvelle qui n’a pas plus de précédent que la crise planétaire qui bouleverse toutes les formes de politique » sera de « parvenir à lier les injustices sociales et les injustices écologiques ». Dans Les Echos, en pages Idées & débats, Joseph E Stiglitz estime que « La colère des opinions publiques occidentales doit conduire les dirigeants à en finir avec la stricte orthodoxie financière et engager une série d’investissements écologiques qui créeront de l’emploi et sauveront la planète. » Car les raisons du mécontentement actuel sont facilement identifiables : « quatre décennies de promesses faites par les dirigeants politiques à la fois du centre gauche et du centre droit, adeptes de la foi néolibérale selon laquelle la mondialisation, la financiarisation, la déréglementation, la privatisation et une foule de réformes connexes apporteraient une prospérité sans précédent » des promesses qui « se sont évanouies sans être tenues. » Dans ce contexte, « demander des sacrifices aujourd’hui en échange de la promesse d'une vie meilleure demain ne passera pas ». Et l’économiste d’en appeler à « quelque chose de positif pour nous sauver de l’affreuse vague de populisme, de nativisme et de proto-fascisme qui déferle sur le monde ». D’autant que les conséquences du changement climatique sont une charge beaucoup plus menaçante pour les générations à venir que les dettes financières, « qui peuvent être gérées d’une manière ou d’une autre ». À cet égard, l’article de Philippe Descamps dans Le Monde diplomatique est édifiant. Alors que les mesures fiscales des gouvernements européens, les baisses de l’impôt sur les bénéfices et les facilités de crédit « gigantesques » accordées par la BCE (Banque centrale européenne) aux banques privées ne se traduisent pas en matière d’investissement dans la transition écologique, on peut s’inquiéter de l’irresponsabilité des acteurs privés, qui préfèrent « reverser des dividendes record aux actionnaires (en hausse de 23,6% en France en 2017) ». Une situation qui requiert sans doute « des outils institutionnels bien plus audacieux que le débat national annoncé ».

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Le chef de la diplomatie américaine effectue une tournée marathon de 9 étapes au Moyen-Orient. Il espère obtenir de ses alliés régionaux la poursuite du combat contre les djihadistes, mais aussi contre l'Etat Islamique et contre l'Iran... malgré l'annonce du retrait américain. Guerre en Syrie : nouveau front, mêmes objectifs ?

Xavier Martinet s'entretient avec Ziad Majed, politologue, professeur des Etudes du Moyen-Orient à l’Université américaine de Paris, coordinateur du Réseau arabe pour la démocratie.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Quel intellectuel s’est vraiment planté sur les « gilets jaunes » ?

Eh bien, oui, je cherche depuis quelques jours le superfail théorique, l’erreur intellectuelle majeure, l’équivalent pour les « gilets jaunes » de cette désormais fameuse « fin de l’histoire », la notion que Fukuyama vient opportunément développer quelques temps avant le 11 septembre 2001. 

Et je crois l’avoir trouvé, l’intello qui s’est le plus mépris sur les « gilets jaunes » s’appelle Christopher Lasch. Vous allez me dire il est mort en 1996. Oui, mais avant de disparaître, il met un point final à un ouvrage majeur de la sociologie du XXème siècle intitulé La révolte des élites. La révolte des élites et non pas la révolte des masses, comme elle a pu être théorisée dans les années 1930. 

Alors, la thèse de Lasch est simple : les élites, sociales et culturelles, ont fait sécession, elles ne remplissent plus le rôle citoyen qu’elles remplissaient quelques décennies auparavant. Et Lasch, qui joua un rôle absolument essentiel pour la gauche américaine, d’expliquer que les élites sont désormais hors sol. On doit à Lasch la première association des élites à cette absence d’ancrage, réel et métaphorique, au sein d’une société. Les élites ne font que se parler à elles-mêmes explique ce sociologue, elles ont monopolisé le système éducatif, ou plus exactement sa meilleure part. 

Toutes les élites en prennent pour leur grade dans l’œuvre de Lasch, y compris les journalistes. Et pourquoi faut-il critiquer les journalistes ? Parce qu’ils s’intéressent trop aux faits, pire ils croient en l’unicité des faits alors qu’ils devraient faire vivre le débat, le clivage, la confrontation des points de vue. Parce que la démocratie ne repose pas une objectivité inaccessible, nous explique Lasch, mais sur le débat…. 

Oui mais voilà, cette révolte des élites qui parait si lointaine n’est-elle pas à l’origine de la révolte des masses à laquelle on assiste aujourd’hui ? L’une ne répond-elle pas à l’autre ? En tout cas, Lasch a eu de nombreux enfants, qu’ils s’appellent Chantal Mouffe, philosophe proche de la France insoumise, ou Jean Claude Michéa, autre philosophe — dont l’A voix nue est diffusé chaque jour cette semaine sur France Culture. 

Lasch a été le premier intellectuel, l’un des premiers, à défendre le populisme contre l’élitisme. Et au travers de son erreur, il se pourrait bien que Lasch ait tout compris.

@PetitsMatinsFC

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner

Quel intellectuel s’est vraiment planté sur les "gilets jaunes" ?
Intervenants
  • rappeur
  • chercheur et politiste franco-libanais, professeur à l'Université américaine de Paris
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