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Siné

Livre : Frédéric Pajak / Classes populaires, classes « invisibles » ? / Colombie / L'endurance du dialogue perpétuel

59 min
À retrouver dans l'émission

Frédéric Pajak vous parle des "Mémoiresé de Siné, et Gaspard Estrada de la paix en sursis après l'attentat en Colombie. Les chroniques s'intéressent à la désagrégation des couches populaires et au dialogue perpétuel.

Siné
Siné Crédits : Grégoire Korganow @ Siné Mensuel

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec l'écrivain, dessinateur et l'éditeur des Cahiers dessinés, Frédéric Pajak, à l'occasion de la  publication des Mémoires de Siné (1928-2016), qui évoque pour nous, le dessinateur politique corrosif, virtuose de l’humour noir, qu'était Siné. Publiés en fascicules par Charlie Hebdo et Siné Hebdo et vendus en kiosque, ses Mémoires manuscrits et dessinés sont aujourd'hui rassemblés en un coffret de deux volumes parus aux éditions Les Cahiers dessinés.

J'ai connu Siné à la fin de sa vie, on ne parlait que de dessin, pas de politique. On parlait déjà de ses mémoires qui ne l'étaient pas encore mais qu'il souhaitait réunir en un volume.  En fait, c'est deux volumes réunis en un coffret, et il voulait que Les Cahiers dessinés l'éditent. 

Siné
Siné Crédits : Grégoire Korganow @ Siné Mensuel

C'est un dessinateur qui vient d'un milieu populaire, il ne l'oubliera jamais, d'où son langage argotique. On est dans une époque où les gens se mêlaient de politique, en même temps c'était quelqu'un qui aimait les peintres, les écrivains, qui a laissé une correspondance avec Genet, Queneau, Prévert, Marcel Aymé, il ne se cantonnait pas au seul monde de la BD. La musique a beaucoup compté aussi, le jazz, la salsa...

Mémoires de Siné
Mémoires de Siné Crédits : Editions Les Cahiers dessinés

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

On évoque souvent à propos des « gilets jaunes » une revanche des « invisibles ». Pourtant, les sciences sociales s’intéressent depuis longtemps à la désagrégation des couches populaires et à ce processus d’effacement.

Et c’est à se demander si ce ne sont pas plutôt ces travaux qui, en temps normal, restent « invisibles » aux yeux de la majorité des grands médias et des politiques. Dernier exemple en date : les enquêtes publiées sous le titre Où va la France populaire ? (PUF) dans un ouvrage collectif dirigé par Nicolas Duvoux et Cédric Lomba. Écrit bien avant la crise des « gilets jaunes », il éclaire pourtant un large pan de la réalité dévoilée au grand jour par ce mouvement. C’est ce que montrent les sociologues dans un entretien accordé au FigaroVox : ils évoquent « des études de cas avec immersions très longues pour comprendre de l'intérieur les différents domaines de la vie des classes populaires » et insistent sur les « logiques de différenciation » observées. Si elles « ont en commun des revenus modestes, une position subalterne dans l'emploi et une certaine séparation culturelle vis-à-vis des autres groupes », les classes populaires connaissent une « fragmentation » qui « participe à leur invisibilisation ». Un processus enclenché de longue date et « contre lequel les Gilets jaunes opèrent un renversement indéniable ». 

Sociologie du travail, de la famille, des banlieues ou de la ruralité : les chercheurs sont depuis belle lurette sur le terrain de la « désaffiliation » et de « l’insécurité » sociales. Aujourd’hui, un géographe – Christophe Guilluy – a imposé en guise d’explication unique et sommaire à la fracture sociale la notion de « France périphérique », notion ressassée à raison même de son ambiguïté et de son côté passe-partout. « Les géographes travaillent volontiers avec des cartes ».  Après la victoire surprise de Trump et la défaite de Marine Le Pen, ils ont « comparé les cartes des zones démunies et défavorisées et celles des bastions des candidats populistes, et ils ont découvert d’importants recoupements. » observe le politologue allemand Claus Leggewie dans un article de la Frankfurter Allgemeine Zeitung relayé par Courrier international. « Les Trump, Le Pen et autres Gauland [le codirigeant de l’AfD, parti d’extrême droite allemand] l’emportent là où les entreprises sont parties, les médecins ont fermé leurs cabinets, les connexions ferroviaires ne sont plus assurées, les restaurants et les centres d’animation pour la jeunesse ont mis la clé sous la porte ». Mais « le tableau change quand on le contemple en contre-plongée » : les partisans de Trump proviennent principalement des classes moyennes. 

Le corrélat de l’invisibilité supposée des classes populaires, c’est leur accès problématique à la parole publique. Dans Marianne, Philippe-Joseph Salazar, titulaire de la chaire de rhétorique à la faculté de droit du Cap, en Afrique du Sud, estime que le grand débat national « est en réalité un sous-produit du dialogue social qui lui-même est une technique de management et de résolution interne des conflits ». Et il met en garde les « gilets jaunes », mais est-ce bien nécessaire vu l’indifférence, voire la méfiance, affichées : « Leur pouvoir est justement dans une parole différente. » 

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

L’Armée de Libération Nationale vient de revendiquer l’attentat qui a tué 20 élèves policiers et blessé 68 autres vendredi à Bogotá. L’ELN, dernière guérilla en négociations avec le Gouvernement colombien parle d'un acte de "guerre", le Président Ivan Duque a suspendu les pourparler de paix.

Xavier Martinet s'entretient avec Gaspard Estrada, directeur exécutif de l'OPALC, l’Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes - Sciences Po.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Un président, en France, c’est un être doté de capacités exceptionnelles. Jadis, on vantait De Gaulle capable d’assister en plein hiver à une cérémonie sans manteau et tant pis si cela n’avait au fond aucune importance sur ses capacités à bien gouverner la France.

Puis, l’on a eu d’autres présidents, et ce qui comptait c’était des présidents endurants. Chirac capable de rester des heures au salon de l’agriculture - il serait bien resté des jours si le salon ne fermait pas la nuit. Emmanuel Macron était une sorte de héros, on s’extasiait même sur ses capacités de skieur, jusqu’à l’avalanche des gilets jaunes et le voici contraint de remonter la pente sans télésiège, par exemple au travers du grand débat. Le symbole de ses prouesses physiques, c’est son aptitude à parler, parler pendant des heures, 7 heures devant les maires un jour, six heures trente à un autre moment… 

C’est principalement cela que l’on retient de ce dialogue. Le président est capable de tenir longtemps, de réaliser une performance, rester debout, sans veste, écouter et même répondre – un effort absolu. Et l’on oublie qu’il y a quelques mois à peine, il refusait de parler à tout corps intermédiaire, maire élu local, élu tout court, le peuple ou rien… 

Paul Valéry disait « le fond est une forme impure », et justement ce que l’on met en valeur chez Emmanuel Macron, c’est la forme, sa forme, sa capacité à demeurer 7 heures debout, à parler et à débattre. Peu importe le fond, peu importe ce qu’il a dit, plus personne ne s’en souvient. Ce qui compte, c’est sa présence face aux maires, signe de contrition. Comme les blasphémateurs contraints d’assister à une messe, voici le réputé méprisant condamné à entendre et à répondre - le président ne préside plus, il doit répondre… 

Jadis, un anthropologue comme Frazer expliquait que la charge de roi était une tâche écrasante menant quasiment toujours son titulaire à l’échafaud… Eh bien aujourd’hui, cet échafaud est devenu symbolique. La peine à laquelle est condamné Emmanuel Macron est lourde, il s’agit d’un dialogue perpétuel….

@PetitsMatinsFC

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner

L'endurance du dialogue perpétuel
Intervenants
  • éditeur, écrivain, dessinateur
  • directeur exécutif de l'OPALC, l’Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes - Sciences Po.
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