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"Pearl" d'Elsa Amiel.

Cinéma : Elsa Amiel / L’intelligence artificielle en question / Mexique / Réussite des 80 Km/h et champignons

1h
À retrouver dans l'émission

Elsa Amiel vous parle de son film "Pearl", et François-Xavier Freland se demande si la guerre des gauche aura lieu au Mexique. Les chroniques s'intéressent à l’intelligence artificielle et à la question en sciences sociales posée par les 80 Km/h.

"Pearl" d'Elsa Amiel.
"Pearl" d'Elsa Amiel. Crédits : © Haut et Court, Distribution

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec la réalisatrice Elsa Amiel, à l'occasion de la sortie de Pearl. Léa (Pearl), son héroïne, s'apprête à concourir pour le grand titre de Miss Heaven ; une plongée dans l'univers sans pitié du body-building au féminin.

Pearl, c'est raconter un film à travers un corps, en même temps qu'une invitation à voir, à sentir le corps. Dans le body-building, le corps est l'outil, pour repousser tout le temps les limites, avoir un idéal jamais atteint. [...] Les adeptes du body-building ? Ce qui lie ces personnes pourrait être une blessure, une faille énorme, au point que la réponse serait de se créer une carapace pour mieux s'isoler : créer une nouvelle planète avec de nouveaux codes. Aux Etats-Unis, il y a de très grosses compétitions,  il y a même des stars ; en France, cela reste encore confidentiel.

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Le débat est ouvert sur l’intelligence artificielle, capable du meilleur comme du pire.

Le meilleur est entré dans les faits : la traduction automatique, le dépistage du cancer, la robotique, la falsification des fake news… « Des IA ont même résolu l’énigme moderne du Sphinx : monter une chaise Ikea », s’amuse Tad Friend dans un article très documenté du New Yorker publié par le mensuel Books. Mais il rappelle qu’Alan Turing, pionnier en la matière, redoutait que les machines finissent par prendre le contrôle et l’un de ses collègues évoquait même la possibilité que des systèmes intelligents puissent « en concevoir de plus intel­ligents, et ce à l’infini ». Il est vrai que certaines applications préfigurent un avenir menaçant : « Les armes autonomes sont déjà engagées dans une trajectoire digne du Dr Folamour », et le programme chinois de reconnaissance faciale qui collecte des images de vidéosurveillance doit être incorporé au « système de crédit social » qui attribue au citoyen chinois une note basée sur son comportement, « y compris quand il s’agit de traverser la rue ». L’intérêt de l’article est aussi d’explorer les limites de l’intelligence artificielle et de citer les études qui tentent de discerner les différences avec la nôtre, malgré un fonctionnement calqué sur celui du cerveau humain. Des « tâches qui nous paraissent difficiles sont un jeu d’enfant pour l’ordinateur, et inversement ». C’est le paradoxe du roboticien Hans Moravec : « _Il est relativement facile de faire en sorte qu’un ordinateur affiche des performances d’adulte aux tests d’intelligence ou au jeu de dames, et difficile ou impos­sible de lui donner les compétences d’un enfant de 1 an quand il s’agit de perception et de mobilité. _» Ou de la préhension avec la main. L’ambiguïté n’est pas le fort de la machine, là c’est notre bon sens qui l’emporte. Et « quand un algorithme décide qui recruter, ou à qui accorder la liberté conditionnelle, il n’est pas en mesure de nous exposer son raisonnement ». Cela dit, il peut nous arriver d’être aussi prévisibles que des machines. C’est ce qui permet aux moteurs de recherche intuitifs de « _deviner non seulement lesquelles de nos activités sur les réseaux sociaux indiquent que nous sommes prêts à l’acte d’achat, mais aussi comment anticiper les objections au cours du parcours d’achat _». Aujourd’hui, l’une des finalités essentielles de l’IA « est d’opti­miser les ventes. Quand une entreprise injectera de l’anthropomorphisme dans l’apprentissage machine, il deviendra impossible de résister aux moteurs de recommandation », ces algorithmes qui poussent en temps réel à la consommation sur les sites marchands.

L’un des rêves vendus par l’intelligence artificielle est qu’elle nous libérerait à terme de la damnation du travail. Mais entre les désirs à assouvir des consommateurs et les propositions des marques commerciales, il y a des « usines à clic » qui n’ont rien à voir avec les algorithmes intelligents, et qui sont localisées dans les pays émergents où la main d’œuvre coûte beaucoup moins cher qu’une équipe d’informaticiens spécialisés dans le développement de solutions automatiques. Antonio A. Casilli a mis au jour cette exploitation du travail dans un livre publié au Seuil sous le titre En attendant les robots Enquête sur le travail du clic. Des employés sous-payés collectent un maximum d’informations pour faire le travail du robot : textes, photos, vidéos, transactions financières et fréquentation de sites d’information ou autres… de quoi alimenter en données les algorithmes. C’est ainsi que, pour quelques centimes par clic, « les humains volent le job des robots ». C’est ce que le sociologue appelle la tâcheronnisation, une forme nouvelle de division du travail : le taylorisme numérique. Il ne signifie pas la disparition du travail mais celle des métiers, comme le souligne Dominique Méda dans la postface du livre, et surtout une forme d’occultation. C’est le cas également du modèle techno-économique des plateformes numériques, Uber et autres. « Plateformisation et tâcheronnisation se conjuguent pour précariser et vider de son sens le travail. » 

Une manière aussi de miner le droit du travail, présenté comme une entrave aux libertés de circulation. Dans les pages idées de Libération, Rachid Zerrouki évoque les outils pédagogiques d’apprentissage et d’évaluation qui, aux Etats-Unis comme en Europe intègrent l’intelligence artificielle et prétendent répondre aux difficultés scolaires. Professeur en Segpa à Marseille, il estime que s’ils peuvent contribuer à « faire acquérir des automatismes aux utilisateurs », ils oublient « le sens profond des apprentissages pour aboutir à une approche technocratique des compétences, proche du behaviorisme ou du management libéral », et éloignée des finalités éducatives que sont « l’esprit critique, la réflexion et l’argumentation », ainsi que le sens du collectif. Philippe Watrelot, spécialiste de pédagogie rappelle que le taylorisme a dépossédé « de leur expertise les ouvriers pour les conduire à un travail prescrit par des ingénieurs ». De même, les enseignants « seraient réduits à appliquer des procédures définies en dehors de leur compétence ».

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Avec l'arrivée d'Andrés Manuel López Obradror, le Mexique effectue un basculement historique à gauche. Mais déjà, certains de ses projets suscitent l'inquiétude d'une autre gauche : autochtone, écologiste, voire marxiste aux Chiapas, où la révolte zapatiste fête ses 25 ans en mobilisant. Mexique : la guerre des gauches aura-t-elle lieu ?

Xavier Martinet s'entretient avec François-Xavier Freland, reporter, journaliste indépendant, ancien correspondant à Caracas pour France 24 et RFI (2008-2012).

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

La réussite des 80 Km/h doit elle nous faire appuyer sur le champignon ?

Oui, la diminution du nombre de morts doit-elle nous faire appuyer sur le champignon ? Et si j’emploie cette expression, ce n’est pas seulement parce que France culture est engagée dans une lutte à mort pour passer devant Rires et Chansons en termes d’auditeurs. Voilà une vraie question en sciences sociales : oui ou non les 80 km/h sur les routes ont-ils provoqué la diminution du nombre de morts et de blessés.

Au vu des intérêts impliqués, constructeurs automobiles, implications politiques de la mesure, il y a tout à parier que la conclusion ne va pas être simple — on peut imaginer une vaste discussion pour savoir si ce qui a joué est la météo, l’absence de radar, la méthode Coué, le prix du diesel, et j’en passe… Le problème posé par le lien entre 80 km/h et baisse de la mortalité sur les routes est traditionnel en sciences sociales puisqu’il s’agit de la question de la corrélation. Peut-on imaginer une corrélation sans cause, et à partir du moment où l’on assiste à une association, ici entre baisse de la vitesse et baisse de la mortalité, comment l’interpréter ? 

A ce stade, vous vous demandez ce que peuvent bien faire les champignons dans ce problème posé par la corrélation. Eh bien figurez-vous qu’il existe un texte, signé par deux anthropologues, Valentina et Robert Wasson. Ces deux anthropologues établissaient un lien entre l’attitude des civilisations vis-à-vis des champignons et leur vote : il existe des peuples mycophiles et d’autres mycophobes. C’est ainsi que, pour les Wasson, les pays mycophiles votaient très à gauche, c’était alors le cas en Italie et en France, deux pays où l’on adore les champignons, tandis que les pays du pacte atlantique, donc des pays plutôt mycophobes, auraient tendance, toujours selon les époux Wasson, à détester les champignons et à voter à droite. Plus on est mycophile, plus on est à gauche, c’est ainsi que les Wasson expliquent par exemple le fait qu’en Russie il y ait des poèmes dédiés aux champignons… 

A moins, à moins bien entendu que l’on ne puisse pas établir de lien de cause à effet entre amour ou haine des champignons et orientation politique d’une société — que ce soit donc une corrélation sans cause. En revanche Wasson ne dit pas s’il y a un lien entre le vote, à droite ou à gauche, et la consommation de champignons hallucinogènes.  

@PetitsMatinsFC

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner

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Intervenants
  • Actrice et réalisatrice française.
  • reporter, journaliste indépendant, ancien correspondant à Caracas pour France 24 et RFI (2008-2012)
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