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Léa Veinstein

Livre : Léa Veinstein / Éloge de la connerie / Elections locales en Turquie / Lyft, des trottinettes et des pigeons

1h01
À retrouver dans l'émission

Léa Veinstein vous parle de son livre "Isaac", et Dorothée Schmid du revers d'Erdogan aux élections locales en Turquie. Les chroniques s'intéressent à la connerie et à Lyft.

Léa Veinstein
Léa Veinstein Crédits : J-F Paga. Éditions Grasset, 2019

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec l'écrivaine Léa Veinstein, qui fait paraître un récit autobiographique, Isaac (éditions Grasset), dans lequel elle part sur les traces d'un arrière-grand-père dont elle ne sait rien et dont l'histoire commence par le prénom.

C'est une enquête qui commence vraiment dans un lieu qui est la synagogue de la rue Ancelle, à Neuilly, à Paris, où on me dit qu'il y a une plaque au nom de mon arrière grand-père paternel dont je ne connais même pas le prénom. Ce jour-là, face à cette plaque où je découvre qu'il s'appelait Isaac, je comprends un peu pourquoi ma grand-mère ne nous a jamais dit comment il s'appelait, je découvre aussi qu'il a officié dans cette synagogue pendant l'Occupation.

"Isaac" de Léa Veinstein
"Isaac" de Léa Veinstein Crédits : Editions Grasset

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Ce n’est pas un poisson d’avril mais un vrai sujet qui concerne la psychologie, la philosophie et la société : l’existence et la prolifération des cons.

Et c’est même un vaste sujet… Comme le suggère l’expression « connerie insondable », qui génère une sorte de vertige, la question semble indéfiniment ouverte, constamment renouvelée et je ne prétends pas en faire le tour en 5 mn. On peut commencer par le mot lui-même dans sa longue histoire. Il fait référence au sexe féminin mais sa version masculine existe aussi : le mot couillon. Dans les deux cas, le Dictionnaire de l’Académie insiste sur l’intention appuyée de vulgarité liée aux connotations sexuelles, plutôt que sur l’organe lui-même. Par ailleurs, le rapport entre notre sujet et le langage est dense, comme le montre la belle tirade de Georges Picard dans son essai éponyme – De la connerie (Corti). « Ce que disent les cons ? Ils ne le savent pas eux-mêmes, c’est leur sauvegarde. La parole du con, sans être libérée du sens, ne s’astreint pas à l’exactitude. Crécelle à vocation phatique, destinée à repousser le silence dans les coins. Le con s’accroche aux lieux-communs comme un trapéziste saoul à son filin. Il agrippe la main courante des phrases toutes faites et ne lâche plus. » 

Les Éditions Sciences Humaines publient un ouvrage collectif sous le titre Psychologie de la connerie. Jean-François Marmion esquisse un tableau clinique non définitif : « Le con chasse en meute et pense en troupeau », il « sait tout mieux que vous » ; contre lui, « la légitime défense est un piège » car à tenter de le raisonner on entre dans son jeu et court le risque d’apparaître comme son autre symétrique. C’est « l’effet miroir »… Surtout s’il se présente comme un champion de « l’anticonformisme », un héros de la lutte contre le « politiquement correct » – notre nouveau point Godwin. Serge Ciccotti évoque l’approche scientifique, à travers les nombreux « biais cognitifs » qui se manifestent dans le raisonnement altéré des cons : « l’illusion de contrôle » de celui qui appuie frénétiquement sur le bouton de l’ascenseur quand il est pressé, le biais rétrospectif qui fait dire à tout bout de champ « je le savais », ou encore l’effet Dunning-Kruger : vouloir à tout prix « t’expliquer ton boulot » alors que « les personnes incompétentes tendent à surestimer leur niveau de compétence » et ne parviennent pas davantage « à reconnaître la compétence chez ceux qui la possèdent » ; le biais de confirmation, ou la propension à ne retenir que ce qui confirme ce qu’on sait ou croit savoir déjà ; « l’acceptation inconditionnelle de soi », à distinguer de l’estime de soi, laquelle s’appuie sur la performance et peut être sujette à variations… 

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Ni triomphe, ni défaite pour l'AKP : mais une première victoire partagée depuis 15 ans. Avec 45 % des voix au niveau national, le parti islamo-nationaliste se maintient mais perd la capitale Ankara ; et la mairie d'Istanbul est incertaine. Le président Erdogan devra en tenir compte d'ici 2023.

Xavier Martinet s'entretient avec Dorothée Schmid, chercheuse, Responsable du programme « Turquie contemporaine et Moyen-Orient » de l'Ifri.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Savez-vous pourquoi les trottoirs sont occupés par des trottinettes ? 

Oui, je ne sais pas si vous avez vu, mais les trottoirs des grandes villes sont désormais occupés par des trottinettes en location. Et ce qu’il y a d’étonnant c’est que, d’ordinaire, lorsqu’une société se lance sur un nouveau marché, ou dans un nouveau lieu, c’est pour gagner de l’argent. 

Mais là, les différentes startups spécialisées en mobilité — c’est comme cela que l’on dit maintenant — sont à peu près persuadées de ne jamais gagner d’argent avec leur activité. Pour vous le dire en quelques mots, le temps nécessaire à l’amortissement d’une trottinette est trop long par rapport à la durée de vie de la dite trottinette, laquelle sera inévitablement vandalisée. Il faut quelques mois pour amortir une trottinette, mais en fait au bout d’une poignée de semaines la dite trottinette est déjà en morceaux… Alors vous allez me dire mais quel est l’intérêt ? Aucune boulangerie n’ouvre en étant certaine de perdre de l’argent. Oui mais les boulangeries ne s’introduisent pas en bourse et c’est ça la différence. 

En réalité, les fondateurs de startups proposant trottinettes, vélos en libre-service ou voitures sans chauffeur savent évidemment qu’ils ne gagneront jamais un rond avec leur activité. Mais ils ne sont pas là pour ça, ils sont là pour gagner de l’argent en vendant des actions. C’est exactement ce modèle qu’à suivit Lyft — Lyft c’est le concurrent d’Uber —qui s’est introduit en bourse la semaine dernière à Wall Street, et propose des voitures sans chauffeur soi-disant de manière plus éthique qu’Uber. Cette société vaut désormais des milliards de dollars, 24 milliards pour être précis. 

Pourtant, cette société perd de l’argent, pire c’est vraiment le tonneau des Danaïdes : 900 millions de dollars de pertes pour un peu plus de 2 milliards de chiffre d’affaire, des pertes abyssales, et surtout rien, absolument rien, qui ne prouve que Lyft sera un jour rentable. Les pertes de Lyft ne sont pas élevées parce que Lyft investit, les pertes sont élevées parce que son activité consomme de l’argent au lieu d’en produire, c’est une sacrée mauvaise affaire. 

Mais heureusement il y a des pigeons autrement dit des actionnaires qui pensent que Lyft va gagner de l’argent, ou plus sérieusement, qu’ils vont réussir à vendre leurs actions de Lyft plus cher à d’autres pigeons. Et c’est ainsi que les pigeons se volent les uns les autres pour le plus grand bien de ce capitalisme actionnarial : plus ils perdent de l’argent, plus leur actionnaire en gagne.

@PetitsMatinsFC 

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