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Chroniques d'un procès du terrorisme.

BD : Benoit Peyrucq - Florence Sturm / Le concert des vivants / Soudan / En Angleterre, la rupture se poursuit

59 min
À retrouver dans l'émission

Benoit Peyrucq et Florence Sturm vous parlent du dessin de prétoire, et Marc Lavergne de la transition après le coup d'État au Soudan. Les chroniques s'intéressent au chant des animaux et à Megan Markle.

Chroniques d'un procès du terrorisme.
Chroniques d'un procès du terrorisme. Crédits : Benoît Peyrucq - Éditions La Martinière

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec Benoît Peyrucq, dessinateur, et Florence Sturm, auteure et journaliste à France-Culture, spécialiste des affaires de justice et de terrorisme, à l'occasion de la sortie des Chroniques d’un procès du terrorisme – L’affaire Merah, paru aux éditions La Martinière.

Dessinateur de prétoire, on le devient par passion. Je suis venu des années durant crayonner dans les prétoires, je suis peintre au départ. Je peins, je crayonne, je fais tout sur place, je travaille énormément sur le mouvement. Plus ça bouge, plus ça m'intéresse, plus c'est passionnant, plus ça raconte de choses sur le procès. Je n'interprète pas, ce que la personne pense ou pas, je n'en sais rien. Je veux vraiment restituer ce qui se passe avec ma façon de travailler, je saisis des instants.    Benoît Peyrucq

Chroniques d'un procès du terrorisme.
Chroniques d'un procès du terrorisme. Crédits : Benoît Peyrucq - Éditions La Martinière

Assister à un procès, c'est assister à un procès à l'intérieur, dans un espace clos même si l'audience est publique. Les regards qu'on a choisi d'avoir ce sont des regards croisés mais qui convergent tous vers la scène terroriste. On a choisi d'ailleurs que ce ne soit d'ailleurs pas les "Chroniques du procès Merah" mais les "Chroniques d'une scène terroriste".    Florence Sturm

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Que serait le printemps sans le chant des oiseaux ? D’après Bernie Krause, au cours des cinquante dernières années 50% des sons de la nature ont disparu.

C’est ce qu’affirme cet acousticien, inventeur de la notion de biophonie, dans un livre publié en 2013 chez Flammarion : Le grand orchestre animal. La dernière livraison de la revue Billebaude est consacrée aux mondes sonores des vivants non-humains. Des araignées, qui font vibrer en les pinçant les cordes de leurs toiles, aux claquements secs des cachalots, en passant par le hurlement rassembleur des loups, toute une gamme de sons, des plus ténus aux plus puissants, forme une phonosphère riche de sens pour qui sait ou veut l’entendre. La philosophe Vinciane Despret évoque les mondes perceptifs que déploie ce langage énigmatique et profus en se référant notamment à Gilles Deleuze, qui insistait « sur le fait que les animaux ne sont ni dans notre monde ni dans un autre » mais dans un « monde associé », à l’occasion transporté au gré des migrations comme une sorte de « bulle » pareille à celle que construit l’enfant qui, dans un passage de Mille Plateaux, trace son chez-soi autour de lui en chantonnant. C’est, au passage, une leçon sur la meilleure manière d’habiter un lieu : l’oiseau choisit un promontoire « et à partir de là, il rayonne depuis le centre jusqu’à former, avec son chant, une sorte de maillage sonore qui constitue son territoire ». Une façon de faire corps avec l’espace à coups d’avertissements mélodieux, mais aussi de se faire des voisins. Comme chacun a pu le constater, les oiseaux « vocalisent en affinité », ils se donnent le répons dans une partition qui est aussi celle du territoire partagé. La philosophe, spécialiste d’éthologie animale, insiste sur le bénéfice sensoriel et intellectuel « à vivre dans un monde où on fait attention » à ces signaux sonores, de manière à développer « le goût d’une intimité sans proximité ». L’anthropologue Viveiros de Castro disait que sa tâche « n’était pas d’expliquer d’autres mondes mais de multiplier les nôtres ». Baptiste Morizot, philosophe et pisteur de loups s’y emploie également. Il décrypte le sens des hurlements solitaires ou en meute. Il y a ceux qui appellent au regroupement à la tombée de la nuit. « Alors commencent des fêtes, des embrassades ». Et puis il y a le « hurlement chorus », qui signale le départ de la chasse nocturne, dans une tonalité différente, bientôt suivie d’un silence révélateur d’une coordination sans faille. Par ailleurs, hurler en chorus est également le signe pour tenir une position, « une technique géopolitique d’évitement du conflit » avec d’autres meutes.

Le cri de la reine des abeilles quand elle a éclos

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24 sec
Chant de naissance d'une reine des abeilles

Le vibrato, le trémolo sourd des abeilles est également un signal fort du printemps. « Autrefois, on croyait entendre dans leur bourdonnement la voix des défunts, comme un murmure tout droit venu du monde des esprits.»Dans un livre qui vient de paraître chez Buchet Chastel sous le titre Abeilles : la dernière danse ? Thor Hanson s’inquiète de la disparition de millions d’abeilles, du fait notamment des pesticides, en particulier les néonicotinoïdes. Or, on connaît leur rôle irremplaçable dans la pollinisation d’au moins un tiers des plantes, dont celles que nous consommons. L’auteur, biologiste et mélitologue décrit ces animaux délicats qui travaillent en dansant. Leurs antennes sont d’extraordinaires capteurs sensoriels, pas moins de sept structures distinctes, dont « chacune cible un signal environnemental particulier, ce qui leur permet de s’orienter à travers une véritable « tempête d’odeurs » : les abeilles parviennent ainsi « à démêler les subtilités d’une phéromone ou à repérer le parfum d’une feuille, d’un arbre, de la terre et de l’eau, tout en restant à l’affût des prédateurs et de l’odorant panache émis par les fleurs au loin ». Leurs yeux sont également des organes exceptionnels, « chacun est doté de plus de 6000 facettes qui transmettent en permanence leur vision individuelle du monde au cerveau qui, lui, réunit toutes ces images pour en former une seule, composite, grand angle ». L’histoire des relations entre les humains et les abeilles est l’une des plus anciennes qui soient. Leur domestication est bien antérieure à celle des chevaux, et dans des lieux aussi éloignés que l’Inde, l’Indonésie ou la péninsule du Yucatan, où les apiculteurs mayas élevèrent de « vraies dames », une espèce de la forêt tropicale qui a la particularité d’être dépourvue de dard. Les abeilles nous ont apporté la lumière dans la nuit, grâce à la cire des bougies. Longtemps considérées comme des messagères des dieux, elles enchantent nos poètes  qui évoquent « le baiser d’une abeille », les comparent à « l’esprit dans la lumière » et se réjouissent de voir la lavande « trembler au poids d’une abeille »… Rachel Carson parle dans Printemps silencieux d’un monde privé du chant des oiseaux et lance un avertissement à propos des fleurs autour desquelles les abeilles ne bourdonneraient plus. « Le monde pourrait se débrouiller sans nous, mais il ne pourrait rien faire sans les abeilles. » 

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Après 4 mois de manifestations contre le régime, l’armée a repris la main en destituant et en arrêtant Omar el Bechir au pouvoir depuis 30 ans. Elle instaure un « Conseil militaire de transition » pour 2 ans, a fermé les frontières, et les manifestants toujours dehors dénoncent une manipulation. Soudan : quelle transition après le coup d'État ?

Xavier Martinet s'entretient avec Marc Lavergne, géopolitologue, directeur de recherche au CNRS.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

En Angleterre, la rupture se poursuit... 

Oui oui, je sais ce que vous pensez : vous vous dites que la rupture que je vais évoquer c'est le Brexit. Alors rassurez-vous, on va vous en parler, mais dans quelques instants. De suite, c'est d'une autre rupture que je vais évoquer, une rupture importante pour le Royaume Uni, une rupture nommée Megan Markle. 

Megan Markle est l'épouse du prince Harry, duc du Sussex, petit-fils de la reine Elisabeth II et fils cadet du prince Charles et de la princesse Diana... Mais cette duchesse de Sussex, dans sa vie antérieure était actrice, actrice américaine, ayant jouée dans des séries, et notamment dans la série Suits, Avocat sur mesure. Il y a déjà eu des actrices devenues princesses — on songe à Grace Kelly par exemple — oui mais Megan Markle en plus a déjà été mariée, et c'est donc une divorcée que le prince Harry a épousé, déjà beaucoup plus inhabituel dans la monarchie anglaise, même si la comédie du remariage est le vrai film moderne si l'on en croit le philosophe Stanley Cavell. 

Pour le reste, une divorcée américaine, dans la famille royale britannique, cela est déjà arrivé, c'était Wallis Simpson en 1936, et pour elle, Edouard VIII avait abdiqué. Autre singularité, Megan Markle est métis, c'est une descendante d'esclave, le signe d'une vraie évolution dans la famille royale britannique jusqu'ici blanche et anglicane. Tout cela a provoqué un vrai déchaînement sur les réseaux sociaux, déchaînement de commentaires racistes et de propos haineux, mais aussi une vraie curiosité pour cette people qui bouleverse les mœurs de cette institution anglaise, la famille royale. En un sens, Markle poursuit l'œuvre de la princesse Diana, nommée princesse du peuple, même si elle n'avait rien de véritablement populaire, perçue comme un élément de modernité perdue dans un palais poussiéreux. 

Megan Markle modifie la perception de cette famille royale britannique. Enceinte, elle veut faire de la naissance de son bébé, un événement privé, ce qui veut dire qu'elle sera mère avant d'être duchesse. D'un côté, elle offre, avec le prince Harry, un contre modèle au couple formé par Kate Middleton et le prince William — elle témoigne notamment d'un mode de vie porté sur l'écologie, la méditation, le yoga, le néo veganisme — plus Manhattan que Buckingham. De l'autre, elle applique les standards de la célébrité internationale à la famille royale britannique. 

C'est cela la nouveauté : jadis la famille royale était gardienne de la permanence britannique, désormais elle est le témoin de son évolution.

@PetitsMatinsFC 

Chroniques

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25 min

Le Réveil culturel

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Journal de 6h30

JOURNAL DE 6H30 du vendredi 12 avril 2019
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Le Journal des idées

Le concert des vivants
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Les Enjeux internationaux

Soudan : quelle transition après le coup d'État ?
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L'Humeur du matin par Guillaume Erner

En Angleterre, la rupture se poursuit
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