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Samuel Beckett, Dublin, Irlande, 1960.

Littérature : Beckett / L’histoire ouverte du génocide rwandais / Elections législatives en Finlande / Les français sont-ils exaspérés fiscalement ?

1h
À retrouver dans l'émission

Michel Crépu vous parle de Samuel Beckett, et Louis Clerc de la formation du gouvernement après les législatives en Finlande. Les chroniques s'intéressent à la commission d’enquête sur le rôle de la France dans le génocide rwandais et à l'impôt.

Samuel Beckett, Dublin, Irlande, 1960.
Samuel Beckett, Dublin, Irlande, 1960. Crédits : FRAN CAFFREY / Newsfile - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec avec Michel Crépu, directeur de la Nouvelle Revue française et écrivain, pour la parution de son récit - hommage à Samuel Beckett - Beckett, 27 juillet 1982, 11h30, aux éditions Arléa.

Beckett était quelqu'un qui fréquentait énormément la musique, et ça se sent surtout à la fin - ces petits textes qui sont murmurés, qui sont faits pour le théâtre, pour la scène et pour la voix. Je redécouvrais, je découvrais, vraiment. C'est une grande chance de pouvoir relire à 20, 30, 40 ans de distance, parce que ça permet de voir des choses qu'on ne voyait pas parce qu'on était préoccupé par d'autres questions. 

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

La commission d’enquête sur le rôle de la France dans le génocide au Rwanda fait débat : elle ne comporte aucun spécialiste de cette histoire.

Il s’agit donc d’étudier les archives françaises « classifiées » sur notre engagement militaire au Rwanda entre 1990 et 1994. L’historien Vincent Duclert, qui a été nommé à la tête de cette commission, justifie ainsi sa composition dans les pages idées de Libération : « avec elle, le génocide des Tutsis est assumé bien au-delà des cercles étroits des spécialistes, comme en avait ouvert la voie le grand historien de la solution finale, Raul Hilberg, au terme de la réédition de son livre majeur, La Destruction des Juifs d’Europe ». Vincent Duclert, chercheur à l’EHESS, enseigne à Sciences-Po l’histoire globale des génocides. Il estime que « le caractère inflammable des milieux spécialisés sur le génocide des Tutsis et les clivages passionnels qui séparent les chercheurs (aussi bien que les militants) » sont à l’origine de la « grande prudence » consistant à « tenir cette commission à l’écart d’une violence qui risquerait de la paralyser ». 

Isabelle Backouche et Marie-Anne Matard-Bonucci reviennent quant à elles sur l’étonnement provoqué par l’absence de spécialistes du génocide au Rwanda dans cette commission et même de spécialistes du continent africain. Les historiennes dénoncent notamment l’absence de deux des spécialistes les plus légitimes sur la question : Hélène Dumas, chargée de recherches au CNRS et l’une des rares à maîtriser le kinyarwanda, et Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l’EHESS. Et elles pointent l’influence d’un champ de recherches venu d’outre-Atlantique et qui suscite de nombreuses réserves, les Genocide studies. S’il peut être utile de comparer les différents génocides pour en préciser la connaissance, l’approche globale n’est pas nécessairement un progrès scientifique dans la mesure où elle aboutit souvent à « des querelles taxinomiques en l’absence de définition consensuelle ». Et d’un point de vue citoyen, elle ne facilite pas la « prévention », objectif destiné à légitimer ce champ académique. Dans l’enseignement, par exemple, cette approche globale encourage la « concurrence victimaire » et ses dérives. Car elle tend à effacer les caractéristiques propres de chacun de ces événements et la compréhension des processus spécifiques qui les ont engendrés. 

D’autant qu’en l’occurrence, comme le souligne David Servenay dans la Revue du Crieur, « cerner les contours du dernier crime de masse du XXe siècle suppose de progresser au milieu d’une grande confusion intellectuelle, de blocages politiques, de silences militaires et de pièges tendus par les révisionnistes ». L’enjeu est de taille pour notre pays. Le journaliste, auteur de deux livres sur le génocide, dont l’un sur l’implication de la France, rappelle que, dès le début, le contrôle de l’information a été un objectif stratégique des génocidaires, avec le meurtre de « quarante-six journalistes rwandais (dont vingt Hutu), soit environ la moitié de la profession ». Quant aux nôtres, ils étaient de longue date « encadrés par les autorités », sans même la possibilité de se rendre sur les sites des massacres antérieurs, « sortes de répétitions préparatoires au génocide ». D’où une confusion dont la presse française s’est fait l’écho, au grand bénéfice des négationnistes. L’historien François Robinet l’a bien repérée en étudiant le corpus des articles et journaux radio et télé de l’époque. D’où « une vision très partielle des faits » – à l’exception de quelques titres comme Libération ou Le Figaro – qui « a parfois eu tendance à euphémiser les responsabilités des bourreaux tout en servant les intérêts diplomatiques d’un acteur au jeu particulièrement ambigu, la France ».

Sur le site AOC, l’historien Rémi Korman évoque le travail d’histoire et de mémoire entrepris au Rwanda, où la majorité de la population a moins de vingt ans et n’a pas connu le génocide. Basé sur l’étude des archives, il ne porte plus seulement sur le génocide des Tutsis mais a élargi la focale à l’histoire controversée de la guerre civile. Comme disait Vladimir Jankélévitch, « Pour pardonner, il faut se souvenir ».

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Ce pourrait être un basculement historique : après 20 ans, les Sociaux-Démocrates sont en tête des législatives d'hier. Ils ne devancent cependant que d'un siège les Vrais Finlandais, qui doublent leurs députés. Une "grande coalition" est envisagée, rien n'est encore acquis. 

"Nous sommes les plus grands perdants de cette élection." Peu de temps après le décompte de 60% des votes, le Premier ministre Juha Sipilä regrette le virement à gauche choisi par les Finlandais lors des élections législatives du 14 avril. Après 4 ans d'austérité, les sociaux-démocrates prennent leur revanche en devançant le Parti de la coalition nationale, rassemblant  conservateurs et centristes, mais aussi le parti d'extrême-droite Les Vrais Finlandais qui a connu une vraie montée en puissance au cours de cette campagne.

Toutefois, aucun parti n'a réussi à franchir la barre des 20% dans les intentions de vote, la formation du nouveau gouvernement s'annonce donc difficile. Législatives en Finlande : victoire de la gauche ou de l'extrême droite?

Xavier Martinet s'entretient avec Louis Clerc, politologue, maître de conférences à l’université de Turku (Finlande).

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Les français sont-ils exaspérés, exaspérés fiscalement ?

Eh bien oui, c’est la question qui se pose aujourd’hui au lendemain du grand débat, y a-t-il une exaspération fiscale aujourd’hui en France ? Alors on peut bien sûr en parler sur un coin de comptoir, au café du commerce, mais on peut aussi tenter d’avoir une approche précise des choses, car en matière d’impôts, il y a un indice précis, on l’appelle le VCR, le volontary compliance rate, ce que l’on pourrait traduire par le taux de consentement volontaire à l’impôt. Et oui les économistes mesurent chaque année la manière dont chaque nationalité se soumet volontairement aux impôts ou bien au contraire tente de s’y soustraire et les résultats sont quand même assez étonnants… 

En fait, en tête des pays où l’on accepte très largement de payer des impôts on trouve… les USA. Cela peut paraître paradoxal, mais dans ce pays où l’état est réputé un ennemi, Washington est toujours trop gras — les Tea party ont bien montré que l’impôt n’était pas un sujet consensuel — et pourtant, le taux de consentement à l’impôt est l’un des plus élevés au monde : de l’ordre de 83 %. Un sondage réalisé en 2018 révèle que pour 88 % des Américains il n’est pas acceptable de tricher sur les impôts, petit paradoxe qui n’a pas empêché ces mêmes Américains d’élire un homme qui n’a probablement pas été toujours au clair sur ses impôts mais c’est une autre question… 

Donc un taux de consentement à l’impôt très élevé, tandis que l’Allemagne au contraire à un VCR, un taux de consentement à l’impôt très bas, 67 %, proche de l’Italie qui est dernier de la classe avec 62 %. Et la France, parce que vous vous demandez où est la France… Eh bien figurez-vous que pour un pays exaspéré fiscalement, nous sommes plutôt favorables à l’impôt : 75 % des français consentent à l’impôt, ce qui est très élevé, la Suisse se situe à 77 % et l’Autriche à 74 %... 

Tout cela pour dire que notre manière d’envisager la fiscalité, le Français dissimulateur, prêt à tout pour ne pas régler ce qu’il doit, c’est peut-être amusant sur le plan folklorique, mais ce n’est pas exact. D’où cette question : et si l’exaspération fiscale n’était pas tout simplement une question d’exaspération vis-à-vis de l’équité de ces impôts ? Et si ce qui posait problème ce n’était pas les impôts mais leur répartition ? Un détail qui change absolument tout, il faudrait créer un autre critère : le taux d’équité de l’impôt… 

@PetitsMatinsFC 

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Intervenants
  • Écrivain et directeur de la NRF
  • politologue, maître de conférences à l’université de Turku (Finlande)
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