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Notre-Dame de Paris ravagée par les flammes le 15/04/2019.

Expo : Alex Majoli / La communautarisation des esprits / Yémen / Comme le montre Notre-Dame, le sacré n’est jamais loin

59 min
À retrouver dans l'émission

Alex Majoli et Diane Dufour vous parlent de l'exposition "Scène", et François Frison-Roche

Notre-Dame de Paris ravagée par les flammes le 15/04/2019.
Notre-Dame de Paris ravagée par les flammes le 15/04/2019. Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

 @PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec Alex Majoli, photographe, et Diane Dufour, directrice du BAL, à Paris, et co-commissaire de l'exposition Scène, d'Alex Majoli dans laquelle il expose des photographies d'événements et de non-événements à l'aide d'un procédé particulier basé sur de puissants flash qui font disparaître les décors.

Je voudrais que les gens, en regardant les photos, se demandent si c'est réel ou non. Parce qu'elles sont comme des scènes cinématographiques ou de théâtre. J'ai toujours en tête la phrase de Pirandello qui dit "cosi è, se vi pare", c'est-à-dire "à chacun sa vérité". Pour moi en regardant les photos le spectateur doit être comme ça. Vous devez vous faire votre idée de la réalité.   Alex Majoli

République du Congo, 2013, Scene #0435
République du Congo, 2013, Scene #0435 Crédits : © Alex Majoli / Magnum Photos

Aujourd'hui c'est comme si Alex pointait son projecteur sur une société du spectacle qui a elle-même conscience d'être partie prenante de ces ficelles scéniques. Alex ne fait qu'activer ce mode mi-réel, mi-fiction, que nous avons tous. Les conditions dans lesquelles il opère reflètent intimement ce que nous pensons des images. C'est la question de la vérité qui est posée : quelle est la vérité véhiculée par une image réalisée dans les conditions du document ?   Diane Dufour

Alex Majoli• Crédits : République du Congo, 2013, Scene #9928
Alex Majoli• Crédits : République du Congo, 2013, Scene #9928 Crédits : © Alex Majoli / Magnum Photos Supporters

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Les actions des groupes dits « décoloniaux » contre des manifestations culturelles jugées « racistes » dénotent la montée en puissance des sentiments identitaires.

Ils semblaient jusqu’à présent réservés à une forme de nationalisme exclusif défendu par l’extrême-droite. Sous couvert d’antiracisme c’est, en miroir, une même revendication sommairement « identitaire » qui se développe : tout récemment, l’exposition Toutankhamon dont les organisateurs sont accusés de dissimuler l’origine africaine du roi égyptien, ou une pièce d’Eschyle chahutée à la Sorbonne au prétexte que des comédiens arboraient des masques noirs assimilables au blackface américain du temps de la ségrégation… 

Ce que Laurent Bouvet désigne dans le FigaroVox comme un tournant identitaire « a conduit à des mobilisations sociales et politiques nouvelles, à la redéfinition des clivages politiques comme à l’émergence de nouveaux champs de recherche en sciences sociales ou à des stratégies marketing de nombreuses entreprises, de médias, etc. » Sans pour autant se bercer d’illusions quant aux « valeurs humanistes et universalistes » de notre société, force est de constater que « des activistes, identitaires, indigénistes, décoloniaux, intersectionnels, islamistes… dont la vision du monde est à la fois essentialiste et relativiste » ont entrepris de lui mener une « guerre culturelle ». Comme le relèvent Étienne Girard et Hadrien Mathoux dans Marianne, « Ce nouveau prisme chamboule tous les fondamentaux de la gauche française ». Contre l'universalisme républicain - le « pacte social » qui « cherche à promouvoir l'égalité entre tous » - ces mouvements « proposent de recentrer la lutte contre les discriminations… autour de l'exaltation des identités ». Les journalistes rappellent les origines américaines de la notion d’intersectionnalité, qui vise « à analyser la manière dont différentes formes de discrimination - liées à la couleur de peau, au genre, à l'orientation sexuelle ou à la classe sociale - peuvent s'additionner et créer des problèmes spécifiques ». Reste que « cette sacralisation de l'identité justifie l'organisation d'événements interdits aux dominants, hommes, hétérosexuels, mais aussi Blancs, pour partager l'expérience minoritaire ». Le sociologue Manuel Boucher, auteur de La Gauche et la race explique que « Les identitaristes ont le vent en poupe, car le discours marxiste et républicain a échoué ». 

Une bonne raison pour se plonger dans l’ouvrage de Max Weber qui vient de paraître à La découverte : Les communautés. Le sociologue y passe en revue l’ensemble des facteurs économiques, historiques, religieux, militaires, juridiques ou culturels qui entrent en synergie pour constituer des communautés. Loin de tout déterminisme historique ou culturel, il s’emploie à dégager les logiques qui les soudent, au-delà des sentiments d’appartenance qu’il ramène à des croyances, et notamment l’identité, quels que soient les éléments objectifs qu’elle mobilise (langue, religion, tradition culturelle, ressemblance physique, similitude des habitus etc.). « Le concept de communauté ethnique se volatilise pour qui s’attache à une conceptualisation exacte » écrit-il, « ce qui le rapproche de celui de nation ». C’est que la vraie dynamique communautaire n’est pas là. Elle consiste dans la monopolisation de l’accès à des biens – matériels ou symboliques – Max Weber parle aussi de « chances de vie », au bénéfice des membres d’une communauté déterminée. D’où une logique de fermeture et d’exclusion à l’encontre de ceux qui sont « à l’extérieur ». 

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Un retrait des troupes du port de Hodeida : c'est ce qu'a obtenu l'ONU hier des belligérants au Yémen. Les Houthistes rebelles et les forces pro-gouvernementales soutenues par la coalition du Golfe sont censées se retirer de la ville depuis un accord à Stockholm fin 2018. Les pressions s'accentuent mais mèneront-elles à la paix ?

Xavier Martinet s'entretient avec François Frison-Roche, docteur en science politique, chercheur au CNRS, spécialiste du Yémen.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Comme le montre Notre-Dame, le sacré n’est jamais loin…

Et oui, le sacré resurgit à chaque catastrophe et aujourd’hui ô combien avec l’incendie de Notre-Dame, une catastrophe mystique au carré — catastrophe parce qu’elle touche le monument qui incarne l’âme de Paris, catastrophe parce que ce monument est un symbole religieux. Et chacun, quelle que soit sa religion, ressent confusément ce qu’est le sacré. 

Le voilà le paradoxe : les églises se vident et pourtant le sentiment religieux est de retour dès qu’un drame apparaît. On songe évidemment à ce que le sociologue allemand Max Weber appelait le désenchantement du monde. Car le désenchantement du monde n’est en rien une fin d’un monde enchanté, le nôtre est toujours aussi rempli de mythes, de chimères et de symboles. Le désenchantement du monde c’est la fin de la magie comme technique de salut, c’est une manière beaucoup plus spirituelle d’envisager l’existence, les prêtres ont remplacé les magiciens. C’est également l’idée selon laquelle le religieux n’organise plus l’espace social, en tout cas ici en France, mais cela est une autre histoire. 

Mais que Notre-Dame prenne feu et ressurgit le sacré, le sacré défini jadis par des anthropologues comme ce qui autorise le sacrifice et prévient le sacrilège. L’incendie de Notre-Dame, c’est un effondrement, une sorte de 11 septembre spirituel, même lorsque l’on n’est pas chrétien. Et si je parle du 11 septembre c’est parce que l’on se souvient tous de la manière dont nous regardions, hébétés, les tours tomber et hier nous avons retrouvé le même regard devant l’effondrement de la flèche de Notre-Dame. Alors bien sûr le 11 septembre était un attentat, l’incendie de Notre-Dame semble aujourd’hui être accidentel, mais, paradoxalement, cela ne fait que renforcer le sentiment confus que le sacré est à l’œuvre, comme si il y avait un symbole à déchiffrer dans cette incendie. 

Il faut de la force à la part rationnelle de nos esprits pour refuser toute signification symbolique à cet incendie. Peut-être parce que dans nos cerveaux millénaire se retrouve l’idée que le feu n’est jamais innocent : c’est une nouvelle fois le malheur qui met le sacré sur le chemin de l’homme.

@PetitsMatinsFC 

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