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Drapeau américain à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

Livre : Philippe Mezescaze - Travail et emploi aux enchères - Accord États-Unis Mexique - L'injonction morale de la Chaucidou

59 min
À retrouver dans l'émission

Philippe Mezescaze vous parle de son récit "Je ne sais rien d'elle", et Gaspard Estrada de l'accord conclu à Washington avec le Mexique. Les chroniques s'intéressent à l’activité industrielle et à la Chaucidou.

Drapeau américain à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.
Drapeau américain à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Crédits : Sandy Huffaker - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec l'écrivain, cinéaste, Philippe Mezescaze, pour la parution de son récit Je ne sais rien d'elle chez Marest Editeur. À l’occasion de l’adaptation de l’un de ses romans (L’Impureté d’Irène, Arléa, 1987) au cinéma, Du soleil dans mes yeux de Nicolas Giraud, et invité le temps d’une semaine sur le tournage à La Rochelle, l'auteur raconte cette expérience bouleversante qui l’amène à croiser les acteurs qui interprètent sa mère, sa grand-mère et lui-même, et fait surgir les souvenirs.

Quand je suis allé sur le tournage, je ne savais pas que j'allais écrire ce livre sur ma mère. Cette femme dans le film de Nicolas Giraud ce n'était pas tout à fait ma mère, curieusement, je ne suis pas parvenu à avoir une espèce de communication, d'allant vers la comédienne qui jouait ma mère. Je ne pouvais pas. 

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Procès à France Télécom, plan de licenciements à General Electric, projet de fusion Fiat-Renault… L’activité industrielle est dans l’actualité.

Dans le FigaroVox, Pierre Vermeren remonte à l’avènement du libéralisme économique sous Valéry Giscard d’Estaing pour identifier la fin de notre politique industrielle. Depuis lors, seuls le TGV, Airbus ou l’industrie nucléaire permettent encore à l’économie française de faire illusion, et même la révolution internet a été ratée alors que nous avions des billes. « Depuis quarante ans, la France perd 150 emplois industriels par jour en moyenne, 365 jours par an, soit 2,5 millions d’emplois en moins – rappelle l’historien. A cela s’ajoutent 1,5 million d’emplois agricoles détruits. Ces emplois d’ouvriers et de paysans ont été compensés par des emplois publics et par des emplois de services: des emplois de cadres, mais surtout des emplois peu qualifiés (grande distribution, Ehpad, livreurs…). » C’est pourquoi le cas d’Alstom est emblématique. 

C’est dans ce temps long que Pierre Vermeren situe le mouvement des « gilets jaunes », sujet de son dernier livre publié chez Tallandier : La France qui déclasse. Selon lui, pour remédier à cette situation, il faudrait « reconstruire une base productive digne d’une grande puissance, ce qui suppose un volontarisme industriel et technologique français et européen ». Mais aussi « reprendre la décentralisation en transférant un million d’emplois publics des métropoles vers les autres préfectures de France, pour redynamiser « le tissu social et économique anémié de la France périphérique ». Enfin, « sortir de la spirale du déficit et de la dette qui étrangle les salariés publics et privés au profit de la sphère financière ». 

L’hebdomadaire Marianne passe en revue 12 intox destinées à « nous faire avaler la pilule » à propos de la « casse économique » et sociale en cours. Avec celui de General Electric, le cas de Nokia, qui a racheté Alcatel-Lucent est édifiant : après un troisième plan de départs volontaires de 460 salariés, au nom de la « réduction mondiale des coûts », le Finlandais n'aura maintenu que 3 900 postes en France, contre les 4 200 promis. « Les services juridiques ont migré en Finlande, la gestion de la trésorerie en Suisse, l'administration et la comptabilité, notamment, en Hongrie et en Roumanie. » Quant à la R&D, « elle est déjà concurrencée en interne par la Pologne ». David Cayla revient sur l’argument selon lequel la concurrence fait baisser les prix, « un mythe du marché ». L’économiste rappelle qu’« en situation de concurrence, les entreprises vont chercher à se distinguer par l'innovation sur les produits, les processus de production ou le marketing, avec pour objectif d'en tirer parti au maximum pour acquérir un avantage sur ses concurrents », ce qui « se traduit par une plus grande rentabilité, mais pas par une baisse des prix. Quand, a contrario, il existe un maximum d'entreprises sur des créneaux quasi identiques, les prix baissent mais les marges s'érodent, et il ne reste plus d'argent pour l'innovation. »

Le Monde consacre ses pages idées au procès à France Télécom. En cause les méthodes de management, mais aussi et avant tout le modèle économique, selon Florence Palpacuer. La professeure en sciences de gestion à l’université de Montpellier souligne que le débat sur « la responsabilité et la légitimité des pratiques managériales et, au-delà, des finalités qu’elles servent dans des entreprises de plus en plus liées aux marchés financiers et au jeu concurrentiel de la mondialisation économique », ce débat a réaffirmé « la portée éthique et politique de pratiques managériales qui, souvent, le confisquent au nom d’une expertise technique et d’une forme de neutralité scientifique ». Et elle rappelle que « si le plan de restructuration NExT fut porteur d’une telle violence chez France Telecom, c’est bien qu’il s’agissait d’atteindre, coûte que coûte et au plus vite, les objectifs financiers annoncés aux marchés. C’est bien que la légitimité de l’entreprise n’était plus pensée vis-à-vis des usagers, des salariés, des territoires et des communautés, mais au regard d’acteurs dont les choix spéculatifs pouvaient faire, ou défaire, un cours de Bourse devenu son unique visée. »

« L’entreprise commerciale, la recherche, la médecine, le sport, le monde de l’art sont désormais régis par les mêmes règles de rentabilité et de calcul des performances », relève Gilles Dorronsoro sur le site AOC. Jusqu’à présent, les comportements étaient traités statistiquement, et de façon anonyme. « Le développement d’Internet, des réseaux sociaux et du traitement mathématique des données ont permis d’arriver à des mesures beaucoup plus individuelles. » À l’heure des algorithmes et de l’intelligence artificielle, le politiste évoque une forme de « bio-économie » qui rappelle le « biopouvoir » de Michel Foucault.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

La rétention de migrants au Mexique, contre la levée d'une menace de taxes : c'est l'accord conclu à Washington vendredi dernier. En campagne contre l'augmentation des migrants à la frontière, D. Trump exigeait de Mexico des mesures "sans précédent". Le contenu de l'accord reste cependant flou. Accord États-Unis - Mexique : Mexico, sous traitant de la politique migratoire de D. Trump ?

Xavier Martinet s'entretient avec Gaspard Estrada, directeur exécutif de l'OPALC, l’Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes - Sciences Po.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Les routes sont de plus en plus compliquées…

Oui, en France, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les routes simples, je veux dire dotées de deux voies, sont de plus en plus rares. Car, de plus en plus, il s’agit de limiter l’enthousiasme des voitures pour laisser de plus en plus de place aux cyclistes, pour sécuriser les piétons, et du coup de plus en plus d’artifices sont effectués pour freiner les voitures sur les routes, c’est ainsi que se multiplient les chicanes, les pots de fleur opportunément disposés, les banquettes de béton, les passages rétrécis, les gendarmes couchés jadis étudiés par le sociologue Bruno Latour — la preuve que les objets, c’est ce qu’il expliquait, peuvent avoir une fonction morale. Les objets moraux sur la route…

Et les Français ayant beaucoup d’idées, comme vous le savez, dans ce Yalta en train de se faire, entre la voiture et les cyclistes, voilà une nouveauté notable, la Chaucidou, oui oui ça s’appelle la Chaucidou, c’est la une du Crestois, l’hebdo de Crest et de sa région. La Chaucidou, a fait son apparition dans la Drôme, mais ce type d’invention a vocation évidemment à faire tache d’huile, je ne doute donc pas que la France se couvre bientôt de Chaucidous… 

Alors, pourquoi Chaucidou ? Eh bien cela signifie  « chaussée pour circulation douce », c’est testé dans les pays nordiques, la voilà désormais chez nous. Cela consiste tout simplement à transformer une voie en double sens en voie à sens unique, avec de chaque côté une piste cyclable, ce sont donc les vélos qui vont servir de ralentisseurs. La Chaucidou risque d’être pratiquée partout où la route n’est pas assez large pour créer à la fois deux voies de circulation pour les voitures et des pistes cyclables normales, c’est ce qui va expliquer que l’on réduise la chaussée pour intimider les automobilistes et leur lancer cette injonction morale : ralentissez, ou bien vous ferez prendre un risque aux vélos. 

La Chaucidou est donc un dispositif moral, dans le sens étudié par Bruno Latour, mais un dispositif moral d’intimidation. Elle signifie en effet ralentissez, ou alors on ne sait pas ce qui pourrait arriver. La Chaucidou fait confiance en l’homme, elle n’est pas coercitive comme les banquettes en béton, elle laisse le choix aux automobilistes, être moral, ou pas. La Chaucidou est une sorte de pari kantien gravé dans la chaussée : une bande blanche peut-elle servir d’impératif catégorique, un automobiliste faire preuve d’empathie vis-à-vis des cyclistes ?

@PetitsMatinsFC

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