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Il était 2 fois Arthur, éditions Dupuis.

BD : Nine Antico et Grégoire Carlé - Elections locales en Russie - L’idéologie des inégalités - Une trottinette sur le trottoir

1h
À retrouver dans l'émission

Nine Antico et Grégoire Carlé vous parlent de Jack Arthur Johnson et Arthur Cravan, et Anastasiya Shapochkina du renouvellement de la Douma de Moscou. Les chroniques s'intéressent aux inégalités économiques et au capitalisme de la trottinette.

Il était 2 fois Arthur, éditions Dupuis.
Il était 2 fois Arthur, éditions Dupuis. Crédits : © Carlé/Antico

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Au début du 20ème siècle alors que la Grande Guerre fait rage, Jack Arthur Johnson (1878-1946), premier boxeur noir devenu champion du monde dans la catégorie des poids lourds, affronte Arthur Cravan (1887-1918), le poète helvético-britannique de langue française. Ce combat truqué par les deux dandies eux-mêmes, qui a lieu à Barcelone, n’est pas le sujet central de la BD Il était 2 fois Arthur, mais l’alibi pour mettre en miroir ces deux destinées à contre-courant de l’histoire. Tewfik Hakem s'entretient avec Nine Antico (scénario) et Grégoire Carlé (dessin) 

C'est l'histoire d'un Noir qui se prenait pour un Blanc, et d'un Blanc qui se voulait Noir. Et puis, il y a aussi l'histoire de ce chimpanzé qui est important dans ce livre, ces chimpanzés domestiqués qui crevaient derrière les barreaux de cages sans savoir qui ils étaient. J'ai interrogé deux hommes qui ont écarté les barreaux, qui sont sortis des cases et qui n'ont pas voulu mener la vie qu'on attendait d'eux.  Nine Antico

Il était 2 fois Arthur, éditions Dupuis.
Il était 2 fois Arthur, éditions Dupuis. Crédits : © Carlé/Antico

Quand on lit les poèmes de Cravan, on se rend compte qu'il avait une vraie profondeur. Jack Arthur Johnson est du début du XXe siècle, le début des lois sur la ségrégation. On dit qu'il se battait pour la cause des noirs, c'était aussi un personnage individualiste. Comme il aimait beaucoup se prendre en photo, il y a une iconographie très riche. Il a fui les Etats-Unis parce que l'Amérique a tout fait pour faire couler ce champion de boxe. C'est comme ça qu'on le retrouve à Barcelone dans ce fameux match de boxe avec Cravan.   Grégoire Carlé

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Dans son dernier livre, « Capital et idéologie », Thomas Piketty retrace l’histoire mondiale des inégalités ainsi que des théories économiques et politiques destinées à les justifier. L’ouvrage, à paraître le 12 septembre au Seuil, fait déjà l’objet de nombreux commentaires dans la presse.

Le Monde en publie de larges extraits et ouvre le débat. Affirmer que l’inégalité est idéologique signifie pour Thomas Piketty que le marché et la concurrence, le profit et le salaire, le capital et la dette… « sont des constructions sociales et historiques qui dépendent entièrement du système légal, fiscal, éducatif et politique que l’on choisit de mettre en place ». Il y a donc « toujours plusieurs voies possibles permettant d’organiser une société et les rapports de pouvoir et de propriété en son sein ». Et en particulier à notre époque, « certaines peuvent constituer un dépassement du capitalisme bien plus réel que la voie consistant à promettre sa destruction sans se soucier de ce qui suivra ». L’économiste ne nie pas les « réels progrès réalisés en termes de santé, d’éducation et de pouvoir d’achat » au cours des trois derniers siècles, mais il relève aussi « d’immenses inégalités et fragilités. » 

Dans les mêmes pages idées du Monde, James Galbraith, lui-même auteur de nombreux travaux sur les inégalités, estime que Thomas Piketty a fait l’impasse « sur les confrontations idéologiques contemporaines et les sources non occidentales ». Sur l’Inde, par exemple, le chapitre « s’inspire d’ethnographies remontant aux années 1880 d’observateurs de l’Empire britannique colonial, et s’intéresse essentiellement au système des castes ». Il manque ainsi « le rôle-clé joué par le capitalisme commercial dans la colonisation britannique ». L’économiste fustige « une vision du monde manifestement allergique aux grandes traditions occidentales de l’économie politique, sans parler de celles qui ont émané de Russie, de Chine, du Japon, d’Amérique latine ou d’Afrique lors des luttes idéologiques autour du capital et du capitalisme au cours des deux derniers siècles ».  

Thomas Piketty s’est livré à L’Obs, où il évoque notamment la dernière partie de son livre, celle des propositions pour réduire les inégalités. La participation accrue des représentants des salariés au conseil d’administration des grandes entreprises, comme en Allemagne, « a permis qu’il y ait moins d’excès qu’ailleurs quant à la fixation des salaires des dirigeants ». Il suggère de revenir à la progressivité de l’impôt, tel qu’il avait été instauré après la Première Guerre mondiale dans la plupart des pays industrialisé et qui avait atteint au cours des Trente Glorieuses, pour les tranches supérieures, « des niveaux très élevés, jusqu’à 90% aux Etats-Unis, sans que cela bride la croissance, bien au contraire ». Il conseille également de rétablir l’ISF, avec progressivité. Tout cela pour rétablir une redistribution équitable. Car il estime par exemple que la division par deux de la croissance depuis les années 1990 est due en grande partie au sous-investissement dans l’éducation. 

Alternatives Economiques publie un dossier sur « Les 7 péchés du capitalisme ». Dégradation de la planète, rentes, atteintes à la santé, travail à la tâche, monopoles, culte de la croissance, et inégalités… Au niveau mondial, le 1% des plus riches a capté deux fois plus de richesses que la moitié de la population la plus pauvre. Dans la tradition chrétienne, les 7 péchés capitaux sont dits « cardinaux » parce qu’ils entraînent tous les autres.

Les Enjeux Internationaux par Julie Gacon :

Le rejet cet été par la Commission électorale de dizaines de candidatures d'opposition a transformé en crise politique ce qui n’était qu’un scrutin local sans réel enjeu. Les candidats recalés appellent au "vote intelligent".  Vu d’ici, cela peut paraître anecdotique: le renouvellement de la Douma de Moscou, qui élit ensuite le maire de la capitale russe. C’est en réalité un scrutin important, d’abord parce que ce Parlement russe a le pouvoir de métamorphoser la mégalopole, et la ville a beaucoup changé en quelques années. Ensuite et surtout parce que l’opposition n’aura pas réussi à présenter de candidats cette année, ni à Moscou ni à d’autres scrutins locaux… des dizaines de candidatures ont été invalidées, ce qui a déclenché de grandes manifestations cet été,  suivies de très près par Vladimir Poutine, 2700 interpellations en un mois et demi… Preuve que le pouvoir en place ne prend pas ces élections à la légère.

Julie Gacon s'entretient avec Anastasiya Shapochkina, maître de conférences en géopolitique à Sciences-Po.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Pourquoi trébuchez-vous sur des trottinettes électriques ?

A cause de la Bourse ! Je sais, ce n’est pas évident à comprendre, mais c’est pourtant la vérité, celle que le New York Times explique depuis le festival mondial du transport à San Diego, aux Etats-Unis.

Alors, commençons par le commencement : la trottinette électrique est la 8ème plaie d’Egypte, à ceci près qu’elle frappe un peu partout dans le monde, principalement dans les grandes villes. Celui qui n’a jamais redouté recevoir en pleine face une trottinette électrique, tremble à coup sûr à l’idée d’en renverser une : plus personne ne sera en sécurité sur la Terre tant qu’il existera une trottinette électrique. Et on a raison d’avoir peur. Sur 100.000 trajets en trottinette électrique, on compte 20 estropiés ou morts, ce qui est une statistique, ma foi, considérable. Pourtant, les trottinettes électriques se reproduisent comme les sauterelles. Aujourd’hui, on en compte, par exemple, quasiment 50.000 à San Diego aux Etats-Unis, une ville de 1,5 millions d’habitants, autrement dit une trottinette pour 20 habitants.

Vous imaginez savoir pourquoi ? Pour que les compagnies de trottinettes électriques gagnent de l’argent ? Eh bien, pas du tout, ça c’est très ringard comme calcul, très vieille économie. Les compagnies de trottinettes savent fort bien qu’elles ne gagneront jamais un rond. Pour vous la faire courte, elles sont empêchées par le simple fait que la trottinette électrique — exposée à différents aléas, de la destruction au vandalisme — la trottinette sera arraché à notre affection bien avant d’être amortie. 

Donc, ce n’est pas les compagnies de trottinettes qui vont gagner de l’argent. Ni, faut-il le préciser, les salariés de ces compagnies : d’abord parce qu’ils ne sont pas salariés mais employés comme sous-traitants, les « juicers », comme on les appelle, ceux qui sont chargés de recharger les trottinettes, sont payés au lance pierre et il peut tout leur arriver  sauf devenir riche. Non, les seuls qui peuvent espérer quelque chose, ce sont les actionnaires de ces sociétés. Lime, l’une des sociétés les plus nuisibles, est ainsi valorisée en bourse à 2,4 milliards de dollars, alors que ses pertes ressemblent aux chutes du Niagara et qu’elle n’a absolument aucun espoir de gagner jamais un rond.

La trottinette électrique est peut-être le signe le plus évident que le capitalisme roule comme une roue carrée. Ce système a pire qu’un petit vélo dans la tête : une trottinette sur le trottoir.

@PetitsMatinsFC

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