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Charlotte Perriand, Perspective du Bar et de la salle à manger de la place Saint-Sulpice, 1924.

Exposition : Charlotte Perriand - L’envers des images - 70e anniversaire de la République populaire de Chine - Les deux corps du roi

59 min
À retrouver dans l'émission

Pernette Perriand et Charles Berberian vous parlent de l'exposition, "Le monde nouveau de Charlotte Perriand", et Sophie Boisseau du Rocher de la Chine. Les chroniques s'intéressent au pouvoir des images et à la pensée d’Ernst Kantorowicz.

Charlotte Perriand, Perspective du Bar et de la salle à manger de la place Saint-Sulpice, 1924.
Charlotte Perriand, Perspective du Bar et de la salle à manger de la place Saint-Sulpice, 1924. Crédits : © Adagp, Paris, 2019 © AChP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec Pernette Perriand, fille de l'architecte, urbaniste, designer, Charlotte Perriand (1903-1999), et co-commissaire de l'exposition Le monde nouveau de Charlotte Perriand, à la Fondation Louis Vuitton (jusqu'au 24 février 2020), et l'illustrateur Charles Berberian, auteur de Charlotte Perriand, une architecte française au Japon, 1940-1942, paru aux éditions du Chêne.

Elle est entrée chez Le Corbusier, le Maître, comme associée pour les meubles - des meubles iconiques qui ont été exposés en 1929 au Salon d'Automne - et étudiante en architecture. Elle y est restée dix ans. L'exposition ne raconte pas que la vie de Charlotte Perriand et son oeuvre, mais effectivement, Charlotte Perriand architecte, designer urbaniste, photographe, parce qu'elle touchait à tout, et n'était pas que designer.   Pernette Perriand

Charlotte Perriand sur la « Chaise longue basculante, B306 » (1928-1929) – Le Corbusier, P. Jeanneret, C. Perriand, vers 1928.
Charlotte Perriand sur la « Chaise longue basculante, B306 » (1928-1929) – Le Corbusier, P. Jeanneret, C. Perriand, vers 1928. Crédits : © F.L.C./ ADAGP, Paris 2019 © AChP/ Fondation Louis Vuitton

Quand Charlotte commence à l'âge de vingt-quatre, vingt-cinq ans à travailler avec Le Corbusier, elle n'en est pas à sa première création, elle a créé notamment, "Le Bar sous le toit", un bar imaginé pour recevoir ses amis chez elle - elle habitait sous les combles - en s'arrangeant pour que tout le monde puisse tourner autour de ce bar, avec une répartition de l'espace déjà bien conçue. A cette époque-là, Picasso et Fernand Léger ne sont pas connus, c'est une bande de copains qui traînent ensemble, entre les deux guerres, dans le Paris des Années folles, avec cette envie de tout réinventer, de tout changer.   Charles Berberian

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Deux expositions – Francis Bacon au Centre Pompidou et Le Greco au Grand Palais (à partir du 16 octobre) – sont l’occasion d’une réflexion sur le pouvoir des images.

Le Centre Pompidou a choisi l’angle littéraire pour exposer les deux dernières décennies de la carrière de Francis Bacon, décédé en 1992. Et il est vrai, comme le souligne Itzhak Goldberg dans Le Journal des Arts, qu’à partir de 1972 on constate « une mutation stylistique chez Bacon, à la recherche d’une peinture immaculée ». 

Dans une belle et érudite méditation sur le composé instable des images entre mémoire et présent, qui vient de paraître aux PUF sous le titre Nymphes, Giorgio Agamben revient sur ces figures mythologiques, que la tradition – à la fois picturale et théologico-philosophique – a érigées en symbole du pouvoir paradoxal des images. Les nymphes sont une sorte d’ombre ou d’image qui représente, pour les poètes de l’amour comme Dante, le moment où le fantasme communique avec l’intellect. Dans quelques passages « décisifs » de La Divine Comédie – notamment Le Purgatoire où elle constitue une sorte de seuil entre les paradis terrestre et céleste – le poète appelle « nymphe » l’objet de l’amour, lequel reste exposé au risque de l’angoisse et du manque. C’est ainsi qu’au terme d’un parcours qui va de l’exposition vidéo de Bill Viola au Getty Museum de Los Angeles intitulée Passions, aux recherches d’Aby Warburg sur la persistance rétinienne et la vie posthume des images, en passant par Boccace et Walter Benjamin, Giorgio Agamben conclut son « histoire de la relation ambiguë entre les hommes et les nymphes » comme celle de leur difficile relation avec les images. 

« Ses saints blafards et extatiques se contorsionnant sous des ciels électriques ont inspiré autant Jackson Pollock que Pablo Picasso » résume Daphné Bétard dans un article du magazine Beaux Arts à l’occasion de l’exposition El Greco qui s’ouvre au Grand Palais le 16 octobre, la première rétrospective française. De ses délires extatiques, on ne peut oublier « les figures déformées » ou « en proie à la panique, dépeintes dans des couleurs vives, presque fluorescentes, dans des compositions dramatiques et théâtrales ». C’est la trace de son passage à Venise « où le colorito triomphe sous les coups de pinceau audacieux de Titien, Tintoret et Véronèse ». 

La dernière livraison de la revue Dada, la première revue d’art, que vos enfants peuvent partager avec vous, est consacrée à El Greco, un dossier très complet qui évoque aussi le rôle de la couleur, notamment dans La Vision de saint Jean. Mais aussi les démêlés du peintre avec les autorités ecclésiastiques, principales commanditaires à l’époque, souvent choquées par ses audaces, sur un marché de l’art très concurrentiel qu’elles dominaient complètement.

Les Enjeux Internationaux par Julie Gacon :

Le Parti communiste chinois célèbre en grande pompe son arrivée au pouvoir en 1949. Chars et véhicules de lance-missiles ont déjà pris place dans les rues de Pékin. 70ème anniversaire de la République populaire de Chine : le message de Pékin au reste du monde. A qui s'adresse cette démonstration de force ?

Julie Gacon s'entretient avec Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Déjà les enterrements de chef d’état c’est pas drôle.

Mais, en plus, il faut souffrir les répétitions jusqu’à l’épuisement de la formule de Kantorowicz, « les deux corps du roi » devenue une formule creuse, brandie comme un trophée par quantité de commentateurs épuisés par le deuil. Le problème, c’est qu’en évoquant les deux corps du roi, l’historien allemand Ernst Kantorowicz pensait à tout, sauf à l’enterrement de Jacques Chirac. 

Kantorowicz était un personnage fascinant, juif, né en Allemagne au XIXème siècle, mort aux Etats Unis en 1963, ultraconservateur — sa biographie de Frederic II fut l’un des livres de chevet d’Hitler — il refusa d’être un aryen d’honneur et émigra aux Etats-Unis où il refusa, par temps de maccarthysme, de faire allégeance au régime, malgré son anticommunisme radical. Quant à sa formule des « deux corps du roi », elle faisait sens pour l’Angleterre des Tudor, au XVème siècle, soit cinq siècles avant JC,  Jacques Chirac. Kantorowicz tente de comprendre comment l’on est passé alors du théologique au politique, comment le pouvoir qui appartenait, au cours du haut Moyen-Age, à l’église, a été progressivement dérobé par le pouvoir politique donc laïc. Les « deux corps du roi », c’est cette opération de prestidigitation ou une fiction juridique, « le roi est mort, vive le roi » permet au souverain de réunir au sein d’une même personne, la sienne en l’occurrence, un corps physique et un corps mystique, symbolisant lui-même l’homogénéité corporelle de la nation, les théories qui prévalaient à l’époque étant des théories organicistes de la société, elles se représentaient la société comme un corps. 

Oui mais voilà, où sont les deux corps aujourd’hui ? Il y a le corps physique de Jacques Chirac, dont nous ignorons tout, obscurci qu’il est par cinquante ans de glose, de communication politique, de « Jacques Chirac a changé », passant de reaganien à radical socialiste, cinquante nuance de Jacques Chirac au moins. Quant à son corps mystique, il n’a jamais assuré la cohésion de la nation, si les Français se rassemblaient autour de leur chef de l’état ça se saurait, et surtout cela supprimerait toute idée de politique, nous ne sommes plus à l’époque des Tudor où le roi avait par nature 100 % d’approbation. 

Voilà pourquoi il faudrait mieux enterrer les « deux corps du roi » avec nos vieux souverains pour s’incliner devant pensée subtile et donc vivante d’Ernst Kantorowicz.

@PetitsMatinsFC

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Intervenants
  • Ancienne Architecte d'intérieur, commissaire de l'exposition "Le monde nouveau de Charlotte Perriand" à la Fondation Louis Vuitton (2019)
  • Illustrateur, auteur de bande dessinée
  • chercheuse associée au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI)
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