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Javier Cercas "Le monarque des ombres" / Les politiques et leur image / Législatives en Suède / Ça vous dirait d’être un frugaliste ?

59 min
À retrouver dans l'émission

Javier Cercas vous parle de son roman "Le monarque des ombres", et Yohann Aucante des résultats des élections législatives en Suède. Les chroniques s'intéressent à l'image des politiques et aux frugalistes.

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Billets de 500 €. Crédits : MIGUEL MEDINA - AFP

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Le Réveil Culturel : Tewfik Hakem s'entretient avec le romancier Javier Cercas, pour "Le monarque des ombres" (Actes Sud).

Le Monarque des ombres retrace le parcours d’un jeune homme qui a lutté pour une cause moralement indéfendable et est mort du mauvais côté de l’histoire, victime d’une idéologie toxique. Ce jeune soldat, qui répondait au nom de Manuel Mena, n’est autre que le grand-oncle de Javier Cercas, tombé en 1938 au cours de la bataille de l’Èbre, déterminante pour l’armée franquiste. C’est dire s’il est l’incarnation  du tabou familial, celui qui est probablement à l’origine de tous les romans de Cercas ; à commencer par Les Soldats de Salamine.

Nous avons tous deux héritages ; un bon et un mauvais. Avec le bon, on sait très bien quoi faire ; avec le mauvais, que fait-on? On édulcore, on cache ou on affronte? On comprend. Comprendre ne veut pas dire justifier. Sinon, on oublie. Nous sommes notre héritage : je suis ma mère, je suis mon père. Je dois être courageux , je dois comprendre. Si je comprends, j'ai des chances de gouverner cet héritage. 

Le Journal des Idées par Jacques Munier : Retour sur la baisse de popularité du président en cette rentrée, telle qu’elle est mesurée par différents sondages.

Bruno Cautrès se demande, sur le site d’information et d’analyse AOC, ce que mesure au juste la popularité. Si la méthodologie des enquêtes d’opinion ne varie guère d’un institut de sondage à l’autre, ceux-ci n’utilisent « pas les mêmes indicateurs de cette popularité ». L’institut Elabe enregistre « la confiance dans Emmanuel Macron pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays », alors que d’autres utilisent des indicateurs plus indéterminés, comme l’IFOP, la satisfaction générale, BVA une opinion d’ensemble et Yougov le « jugement porté sur l’action du président de la République » sans le nommer. Le politologue souligne la difficulté d’interpréter ces résultats de manière globale, en les additionnant pour produire un « pourcentage de popularité ». D’où l’importance d’examiner les réponses aux « questions ouvertes », qui permettent aux personnes sondées de préciser leur opinion au-delà des questionnaires binaires ou en quatre points, comme : « tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout satisfait ». Par exemple, dans l’enquête sur le bilan d’image d’Emmanuel Macron un an après son élection, BVA demandait si l’on soutenait ou s’opposait à l’action du président mais proposait également une modalité de réponse intermédiaire (« Vous attendez de voir quels seront les résultats de l’action menée par Emmanuel Macron et le gouvernement avant de vous prononcer »). 41% des personnes interrogées choisissaient cette option, « manifestant ainsi un élément fondamental de la structure de la popularité d’Emmanuel Macron : la proportion de Français toujours incertains quant à leur jugement sur lui et qui attendent de voir les résultats ». Dans les sondages de cette rentrée, Bruno Cautrès relève que si « les opinions positives créditent sa volonté d’aller au bout de ses réformes et sa stature présidentielle, les opinions négatives sont plus diversifiées et touchent aux politiques mises en place (« président des riches ») mais aussi à plusieurs facettes de l’image présidentielle (« arrogance », « hors sol », « monarque », entre autres) ». Celles-ci lui collent d’ailleurs à la peau depuis la campagne présidentielle. 

Dans la dernière livraison de la revue Langage&Société, consacrée à la réparation d’image dans le discours de campagne, Keren Sadoun-Kerber analyse la prestation d’Emmanuel Macron dans L’Émission politique sur France2. À la question sur son patrimoine, le candidat répond d’abord par l’esquive en renvoyant à ceux de ses adversaires qui sont touchés par des affaires (Fillon et Le Pen, sans les nommer), puis il s’emploie « à déconstruire l’image du banquier d’affaires qu’on projette sur lui », et qui présuppose l’appât du gain, en affirmant qu’il n’est pas quelqu’un qui aime l’argent, sinon il n’aurait pas quitté le secteur privé. Mais rien sur les soupçons de favoritisme à l’égard des plus riches que ne manquait d’alimenter son programme, car il s’agissait en l’occurrence de « sauver la face »… L’analyse en termes de pragmatique du langage révèle aussi une grande maîtrise des différents registres d’interaction, selon qu’il s’adresse à un journaliste, un adversaire politique, ou à l’invité mystère François Ruffin, face auquel il campe une attitude paternaliste, conforme à la vocation présidentielle, en affectant de prendre ses « divers gimmicks (agenda, carte d’Amiens, slogan sur le T-shirt) avec le sourire, comme un père qui sourit aux blagues d’un enfant »… 

À l’inverse, l’analyse des discours de restauration de son image par François Fillon, analyse menée dans la revue par Magali Guaresi et Damon Mayaffre, révèle un télescopage dévastateur entre différentes stratégies de communication comme le déni et la mortification. Car « il est difficile de nier la faute en même temps que de s’excuser de l’avoir commise ». Or c’est ce que fait le candidat Fillon, notamment lors de son discours au Trocadéro. En minimisant la faute, en la désignant comme une « erreur », il condamnait le caractère performatif de l’excuse à l’insignifiance. 

Cela dit, l’image des politiques, c’est aussi tout simplement le portrait. Dans un ouvrage publié aux éditions De Boeck sous le titre Sémiotique du portrait, Anne Beyaert-Geslin décrypte la signification sous-jacente à la représentation du visage, depuis les origines jusqu’au selfie, et la dialectique subtile qu’elle instaure entre le « je », le « tu » auquel elle s’adresse et le « nous » qu’elle esquisse virtuellement. C’est particulièrement vrai du portrait des politiques, où il s’agit de construire une forme « d’iconisation du caractère », notamment sur l’affiche électorale. Greimas associait l’iconisation à « une procédure de persuasion véridictoire ». Et dans le chapitre Photogénie électorale de ses Mythologies, Roland Barthes distinguait la pose de face qui « accentue le réalisme du candidat », et la pose de trois quarts où « le regard se perd noblement dans l’avenir (…), domine et ensemence un ailleurs pudiquement indéfini ». Quelque part entre l’annonce et l’anticipation…

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet : Les Démocrates de Suède (nationalistes) obtiennent moins qu'espéré à 17,6 %. Cependant ni le bloc sortant, ni l'opposition n'ayant obtenu de majorité (40 % chacun), les tractations vont débuter pour essayer de trouver une majorité qui serait en mesure de gouverner le pays... C'est une nouvelle poussée, mais pas un triomphe pour les Démocrates de Suède, le parti nationaliste qui s’installe comme le troisième parti du pays et comme arbitre de futures coalitions, qu'il soit au gouvernement ou non. 

Ces élections générales – législatives, régionales et municipales – viennent confirmer quelques grandes tendances en Union Européenne et dans une Europe du Nord où les partis nationalistes sont historiquement bien ancrés (Danemark, Finlande...). Le résultat plonge la Suède dans l’incertitude. Législatives en Suède : a-t-on surestimé la poussée nationaliste ?

Xavier Martinet s'entretient avec Yohann Aucante, politiste et maître de conférences à l’EHESS, spécialiste de la Scandinavie.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner : ça vous dirait d’être un frugaliste ? 

Oui, alors si vous ne savez pas ce qu’est un frugaliste, c’est quelqu’un qui prend sa retraite prématurée, mais sa retraite prématurée avec un sacré magot. Alors, c’est par exemple Jack Ma, fondateur d’Ali Baba, qui décide de se ranger des voitures, ou plutôt d’internet, à 54 ans, accompagné d’une poignée de milliards de dollars, environ 30 milliards de dollars. 

Bon allez j’exagère, Jack Ma n’a pas été cité parmi les frugalistes, en revanche, on a trouvé dans les médias de nombreux exemples de frugalistes – je mets tous les guillemets qui conviennent – partis à la retraite à la quarantaine avec 1 million dans la poche. D’où cette interrogation : pourquoi frugaliste, parce que des frugalistes à 1 million d’euro, c’est un peu comme des décroissants en Mercedes diesel, ou des ascètes habitant au Ritz. 

Le terme de frugaliste est censé se justifier parce que ces nouveaux héros se seraient privés de tout pour réunir 1 million d’euros – une jolie fable qui me rappelle cette histoire de la formation de la fortune des Rockefeller – il a économisé cent par cent, se privant parfois de viande, il repassait lui-même ses chemises, il mesurait chacune de ses dépenses … Et puis… et puis il a hérité. 

Car la jolie fable morale d’une vie de privation qui aboutit au pactole et à la retraite bien méritée, cela ne tient absolument pas un instant, cela incarne une véritable anomalie statistique. Sachant que la moyenne des salaires tourne en France à environ 24000 euros annuels, je vous laisse calculer combien d’années d’économie il faudrait à un frugaliste pour se retirer avec le jackpot. 

Tout cela renvoie à une vieille légende urbaine américaine, un livre qui s’intitulait le Millionaire next door, qui a certainement rendu son auteur millionnaire, et dans ce livre déjà ancien on expliquait que pour devenir riche, il fallait économiser. Dans la réalité, rassurez-vous, il n’en est absolument rien. Pour devenir riche, il faut s’enrichir, et cela passe généralement beaucoup plus par le capital plutôt que par le travail. 

L’économiste John Maynard Keynes appelait à euthanasier les rentiers, sur un mode provocateur, il incitait les individus à tout dépenser, eh bien dépensez tout, au moins vous saurez pourquoi vous êtes pauvres.

@PetitsMatinsFC

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