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Erich Sander et August Sander, Prisonnier politique [Marcel Ancelin], 1943. Die Photographische Sammlung / SK Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Cologne; VG BildKunst, Bonn; ADAGP, Paris, 2018.

Expo : Sophie Nagiscarde "August Sander, Persécutés persécuteurs" / La politique et l’argent / Donald Trump : justice, révélations, élections / Nom : Zemmour, prénom : Eric

1h
À retrouver dans l'émission

Sophie Nagiscarde vous parle de l'exposition "August Sander, Persécutés / persécuteurs", et Marie-Cécile Naves de l’étau judiciaire se resserre autour de Donald Trump. Les chroniques abordent la relation politique/argent et Eric Zemmour.

Erich Sander et August Sander, Prisonnier politique [Marcel Ancelin], 1943. Die Photographische Sammlung / SK Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Cologne; VG BildKunst, Bonn; ADAGP, Paris, 2018.
Erich Sander et August Sander, Prisonnier politique [Marcel Ancelin], 1943. Die Photographische Sammlung / SK Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Cologne; VG BildKunst, Bonn; ADAGP, Paris, 2018. Crédits : © Courtesy of Galerie Julian Sander, Cologne and Hauser & Wirth, New York.

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Le Réveil Culturel : Tewfik Hakem s'entretient avec Sophie Nagiscarde, commissaire de l'exposition "August Sander, Persécutés / persécuteurs des Hommes du XXe siècle", au Mémorial de la Shoah, à Paris. August Sander (1876-1964), figure majeure de la photographie allemande pendant le IIIe Reich, réalisa, dans le cadre de sa série "Hommes du XXe siècle", des portraits, dans les années 1938, des Juifs persécutés, ainsi que des nazis qui se présentaient à son studio photographique de Cologne. L'exposition, au Mémorial de la Shoah, organise ce face-à-face entre persécutés et persécuteurs.

J'ai connu le travail de Sander dans les années 80, quand je faisais des études d'histoire de l'art, j'avais été très frappée par ses portraits.  Il n'y avait pas d'autre photographe de cette ampleur qui avait proposé dans son oeuvre - donc, les Hommes du XXe siècle - une juxtaposition de la société allemande ; ces hommes et ces femmes, d'un côté ou de l'autre de la barrière, ce sont des Allemands, et ils font partie de ce peuple.

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Le Journal des Idées par Jacques Munier : Projet de loi antifraude fiscale à l'Assemblée, nouvelles révélations avec les Dubaï Papers, affaires de corruption, financement opaque des partis politiques : l’argent menace-t-il la démocratie ?

C’est le sens de l’enquête menée par Julia Cagé, dans un livre dont on parle beaucoup : Le Prix de la démocratie (Fayard). Julie Clarini en rend compte dans Le Monde. L'économiste, professeure à Sciences Po, montre que « dans une élection, plus on donne de l'argent, plus on a de chances de voir son candidat remporter la victoire » et qu’en France, par exemple, « 10 % des Français les plus riches donnent 53 % des dons et cotisations versés aux partis politiques ». Aux Etats-Unis c’est encore plus flagrant : 0,01 % des Américains ont contribué pour 40 % au financement de la campagne de 2016. La comparaison avec d’autres pays européens est éclairante : la Belgique, avec un système de financement public qui plafonne les fonds, fait mieux que l’Allemagne, où il n’y a pas de limite. « Outre-Rhin, le financement, de plus en plus important, de la vie politique par les entreprises n'est pas sans conséquence sur les choix industriels. » D’où la conclusion que le jeu démocratique est faussé, puisque dans bien des cas le débat d’idées se trouve phagocyté par la course au financement. Ce qui contribue à consolider le « mur de l’argent » et n’est pas sans conséquences sur la montée des populismes… Dans le cas français, où le financement public est calculé au regard du nombre de voix obtenues aux élections, tout nouveau parti est contraint de recourir aux dons privés, ce qui ne favorise guère les mouvements qui défendent une meilleure redistribution des richesses. Et la question reste ouverte à propos du mouvement En Marche, dont les financements sont opaques. 

L’autre puissant facteur de truquage du jeu démocratique, c’est la corruption, un problème endémique illustré par la nouvelle mise en examen de Claude Guéant dans le cadre de l’enquête sur des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007. Le mensuel Books consacre un dossier à cette lancinante question. Comme le souligne Paul Collier, les scandales de corruption sont deve­nus des questions politiques majeures. Une prise de conscience récente, alors que « jusqu’à la fin des années 1990, à la Banque mondiale, le mot lui-même était tabou », et que longtemps la pratique fut considérée comme un mal nécessaire. « Dans les pays riches – relève l’économiste britannique – l’OCDE a orchestré le vote de lois faisant par exemple de la corruption de fonctionnaires étrangers un délit pénal. Cela peut sembler ­modeste, mais en France ces pots-de-vin étaient jusqu’alors considérés comme des dépenses déductibles de l’impôt sur les sociétés. » Comment éradiquer le penchant naturel à la corruption, dans la mesure où elle peut apparaître aussi comme la rétribution d’un service rendu ? La morale n’y suffit pas, même si elle peut jouer son rôle, comme on l’a vu chez nous, où « un parfum de corruption a suffi pour priver Fillon d’un tiers de ses électeurs ». Car dans de nombreux pays, « des fonctionnaires mal payés font passer leurs obligations familiales avant le bien public » et le bénéfice qu’ils peuvent en tirer pour leur famille l’emporte largement sur le sentiment de culpabilité. 

Reste, au-delà des propos condescendants sur « la bonne gouvernance », cette règle que Max Weber avait soulignée : l’« impartialité procédurale ». L’organisation de la société suppose le principe de la neutralité de la loi, l’égalité de chacun devant elle, un principe qui s’applique également à l’administration ou à l’État. Et tout indique « que l’on se conforme plus volon­tiers aux règles quand on est traité de façon impartiale et respectueuse ». Pour bâtir une société digne de ce nom, trois institutions sont fondamentales : la fiscalité, le droit et la sécurité. Le reste – système de santé, éducation, protection sociale – en dépend. Aux libertariens qui rêvent d’une société post étatique, l’économiste suggère « d’aller vivre en Somalie ». D’autant que « lorsque l’État commence à engranger des recettes fiscales, il dispose d’un levier pour développer l’économie ». Relayant les enquêtes du premier syndicat des Finances publiques, le site de l’hebdomadaire Marianne s’alarme d’une « explosion » de la fraude fiscale, alors que cette administration vient d’annoncer la suppression de 3 100 postes de contrôleurs. « Jamais la fraude fiscale n’a été aussi importante et jamais les contrôles n’ont été aussi faibles » résume Emmanuel Lévy. D’où un effet d’aubaine qui se chiffrerait à rien moins que 100 milliards d’euros… Soit 1,5 fois le montant total de l’impôt sur le revenu. « De quoi assurer à l’Etat un budget en équilibre, puisque les 100 milliards viendraient financer non seulement les 82 milliards du déficit budgétaire, mais également toute la politique publique en faveur de l’écologie ». Conclusion : « La mise en péril du consentement à l’impôt, comme le maquillage de la hausse des inégalités, constituent des poisons violents pour la démocratie. »

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet : A 6 semaines des élections de mi-mandat, l’étau judiciaire se resserre autour de Donald Trump, et les résistances institutionnelles se multiplient. La nomination de son candidat à la Cour Suprême est retardée et les Républicains montrent des signes de fébrilité. La  popularité du président reste stable à 43 % : mais si les Démocrates se mobilisent, pourra-t-il gagner de nouveaux électeurs ? 

Justice, révélations, élections : Donald Trump "too big to fail" ? Xavier Martinet s'entretient avec Marie-Cécile Naves, docteure en science politique, chercheuse à l’IRIS, vice-présidente du think tank "Sport et Citoyenneté".

L'Humeur du matin par Guillaume Erner : Où il est encore question de Zemmour …

Oui, Zemmour Éric, et si je précise son prénom, c’est parce que la dernière polémique suscitée par Zemmour porte sur le choix du prénom, une antienne de la pensée identitaire française, l’intégration pensent en substance Éric Zemmour et ses partisans, cela commence par le prénom. Voilà pourquoi Hapsatou aurait mieux fait de se prénommer Corinne –c’est la remarque qui a mis le feu aux réseaux sociaux. 

Sauf que cela ne marche plus comme cela, justement les prénoms ne sont plus choisis sur des bases ethniques, que l’on soit français depuis des générations ou non, la grande tendance, c’est la déconnexion entre le choix des prénoms et le groupe auxquels ils renvoyaient il y a peu. Le fait d’appeler sa fille Hapsatou, ou d’appeler son garçon Erwan quand on est breton, devient l’exception. Ces choix de nomination de l’enfant relèvent d’une ancienne démarche, une démarche qui est en train de disparaitre quoi qu’en pense Éric Zemmour. 

Pour s’en rendre compte, il suffit de prendre le hit-parade des prénoms les plus donnés en 2018 : dans cette liste on trouve par exemple des prénoms bibliques, jadis principalement donnés par des juifs, et aujourd’hui donnés sans considération d’origine. Nathan est ainsi à la 13ème place, Ethan à la 9ème et Adam à la 5ème place – sans que l’on puisse dire que les Loubavich aient vu leur progéniture déferler dans la démographie française. 

Même chose pour les prénoms jadis rares, réservés il y a quelques temps à de petites communautés : Liam est aujourd’hui à la 8ème place — Liam est la forme irlandaise de William — Mael est 12ème alors qu’il n’y a pas de raz de marée breton, et Nolan, dérivé de l’écossais Niall, occupe la 15ème place – je connais un Nolan dans la Drôme qui n’a aucune ascendance écossaise. 

Pour les filles, étonnamment, c’est moins accusé, les prénoms traditionnels sont en bonne place à commencer par Louise ou Emma, même si Sarah et Anna se portent assez bien puisqu’ils sont dans le hit-parade des 20 prénoms les plus donnés.
Tout cela pour dire que la grande tendance est à la dé-lexicalisation des prénoms : on ne les donne plus en fonction d’une origine mais en fonction des gouts présents, de la mode. Tout ça pour vous dire que si vous rencontrez un petit Éric Yéménite ou Norvégien, inutile de considérer que ces familles rêvent d’un destin français. 

@PetitsMatinsFC

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner
Nom : Zemmour, prénom : Eric
Intervenants
  • Directrice des affaires culturelles du Mémorial de la Shoah, et commissaire d'exposition
  • Politologue, spécialiste des Etats-Unis. Directrice de recherche à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) où elle dirige l’Observatoire Genre et Géopolitique.
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