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"Vaurien" de Mehdi Senoussi

Ciné : Mehdi Senoussi "Vaurien" / Hommage à Paul Virilio / Politique migratoire : l’UE met-elle en danger les migrants en Afrique ? / Marceline Loridan Ivens

1h
À retrouver dans l'émission

Mehdi Senoussi vous parle de son film "Vaurien", et Clotilde Warin de la politique migratoire en Europe. Les chroniques rendent hommage à Paul Virilio et à Marceline Loridan Ivens.

"Vaurien" de Mehdi Senoussi
"Vaurien" de Mehdi Senoussi Crédits : Copyright Destiny Films

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel : Tewfik Hakem s'entretient avec Mehdi Senoussi, réalisateur et acteur dans son premier long-métrage, "Vaurien", sorti ce jour. Son héros, Red, des années d’études supérieures derrière lui, est toujours à la recherche d’un travail et lutte contre l’exclusion. Après une lettre lui signifiant sa radiation, il se rend à l’Agence pour l’Emploi, où on lui refuse un rendez-vous. Décidé à sauver ce qui lui reste de dignité, n'ayant plus rien à perdre, il prend alors en otages le personnel et le public.

C'était un projet qui me tenait à cœur : parler de toutes ces discriminations. C'est un peu la parallèle de mon parcours au cinéma en tant que réalisateur, et puis, je trouvais çà intéressant ; prendre en otage une Agence Pôle Emploi. Avec mon équipe, on a essayé de représenter la société française, dans cette prise d'otages qui va durer vingt-quatre heures.

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Le Journal des Idées par Jacques Munier : L’urbaniste et philosophe Paul Virilio nous a quittés à l’âge de 86 ans. La presse lui rend hommage en publiant des entretiens réalisés il y a quelques années.

« Quelques jours avant son décès, il travaillait encore avec Jacques Arnould, (l’historien des sciences et théologien), en vue de la parution d’un ouvrage et il songeait, avec son ancienne élève, l’architecte Hala Wardé, à une nouvelle exposition » à la Fondation Cartier, a confié sa fille Sophie Virilio. Le Monde.fr résume ainsi son parcours, ponctué de nombreux livres : 

Le philosophe, qui avait entrepris dans les années 1970 une réflexion centrée sur la vitesse, qu’il considérait comme un facteur essentiel d’organisation sociale et de contrôle politique, avait fondé au début des années 1960 le groupe Architecture Principe avec Claude Parent, et publié le manifeste sur la Fonction oblique, qui marquera un tournant dans l’histoire de l’architecture française contemporaine.

On peut retrouver sur le site de L’express un entretien accordé au magazine Lire en 1999, à l’occasion de la parution de son livre Stratégie de la déception. Il y évoque, après l’écologie verte, ce qu’il appelle « l’écologie grise » - je cite : « celle qui devra tenir compte au XXIe siècle non seulement de la pollution de l'air, de l'eau, de la flore et de la faune, mais encore de la pollution des distances, des délais, autrement dit, de cette "grandeur nature" d'un écosystème tout aussi indispensable à la vie que les nourritures terrestres ! » Car la mondialisation se traduit également par « la contraction tellurique des distances de temps. 

Écologie « grise », comme « matière grise » : cette « intelligence collective pour analyser, comprendre, anticiper la catastrophe du progrès » qu’il appelle de ses vœux dans un entretien de 2009 que republie le site de La Croix. Pour lui, « la tyrannie du temps réel est une vraie menace ». Autrefois « le prix du blé changeait dix à quinze fois par an ; aujourd’hui, il change dix fois par jour ! » Et les crises économiques deviennent systémiques du fait de « l’interaction instantanée des Bourses ». Depuis la chute du mur de Berlin – ajoute le philosophe 

Paul Virilio prévoyait que « Les migrations (économiques, écologiques et politiques) vont déplacer près d’un milliard de personnes d’ici à 2040. » Un phénomène qui remet en cause la notion de sédentarité. « La géopolitique était liée à une localisation. L’exode, les menaces de tous ordres, l’externalisation amènent les populations à fuir en masse. 

Dans un entretien de 2010 à Libération, lors de la parution de son livre L’administration de la peur(Textuel) le philosophe développe un autre aspect de la « tyrannie du temps réel » : « Nous vivons une synchronisation de l’émotion, une mondialisation des affects. Au même moment, n’importe où sur la planète, chacun peut ressentir la même terreur, la même inquiétude pour l’avenir ou éprouver la même panique. » Une situation qui n’est pas sans conséquences. « La communauté d’émotion domine désormais les communautés d’intérêt des classes sociales qui définissaient la gauche et la droite en politique, par exemple. Nos sociétés vivaient sur une communauté d’intérêt, elles vivent désormais un communisme des affects. »

La mutation est analysée dans l’ouvrage au titre explicite : L’administration de la peur. « La peur a certes toujours existé – écrit Paul Virilio – mais la voici aujourd’hui administrée, orchestrée, politisée. Ce sentiment est dû à une hypermodernité qui abolit les distances, pollue l’espace et plonge les sujets connectés à l’actualité dans un live permanent ». Paradoxalement « ce monde du mouvement permanent est aussi celui des communautarismes et du repli sur soi, effets collatéraux d’un monde rendu inhabitable par cette constante compression du temps ». À cela s’ajoute que « les États sont tentés de faire de la peur, de son orchestration, de sa gestion, une politique. La mondialisation ayant progressivement rogné les prérogatives traditionnelles des États (celles de l’État providence notamment), il leur reste à convaincre les citoyens qu’ils peuvent assurer leur sécurité corporelle. La double idéologie sanitaire et sécuritaire peut se mettre en place, faisant peser de réelles menaces sur la démocratie. »

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet : Une coopération renforcée pour contrôler les migrations : c’est ce qu’a demandé lundi le chancelier autrichien Kurz qui veut un nouveau sommet Europe-Afrique en décembre. Depuis 2016, l’UE a conclu des accords pour limiter les arrivées – contre financements – avec une vingtaine de pays africains.

Politique migratoire : l’UE met-elle en danger les migrants en Afrique ? Xavier Martinet s'entretient avec Clotilde Warin, coordinatrice du Think Tank « Confrontation Europe », et du rapport « Multilateral Damage : l’impact des politiques migratoires de l’UE sur les routes du Sahara » pour l’Institut Clingendael.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner : Marceline Loridan-Ivens est morte…

Marceline Loridan-Ivens, cinéaste française, ancienne déportée, est morte hier, l’histoire dans son ironie l’a fait disparaître le jour où débute la fête juive de Yom Kippour, autrement dit la cérémonie du grand pardon. Pour une ancienne déportée, qu’est-ce que cela signifie mourir le jour où les hommes doivent demander pardon aux hommes – c’est toujours aux personnes et non à Dieu que l’on demande pardon puisque Dieu est miséricordieux, et accorde toujours son pardon, les individus en revanche peuvent refuser d’accorder leur pardon. 

Et pourtant la véritable interrogation après les camps de concentration, qu’il s’agisse des camps allemands, des camps cambodgiens, des autres camps, est la suivante : comment trouver la force de pardonner lorsque l’on a eu la force de survivre. Déportée alors qu’elle avait seize ans, Marceline Loridan-Ivens a survécu à tout, à Auschwitz où elle a été déportée avec Simone Veil, puis à Bergen Belsen et enfin à Theresiendstadt, un an de camp, un an dans ces lieux où l’on a donné des leçons à l’enfer. 

On a pu entendre qu’il ne pouvait pas y avoir de poésie après Auschwitz, j’avoue que c’est une phrase qui m’a toujours laissé perplexe – il y aura toujours de la poésie, avant pendant et après Auschwitz – car la vraie question n’est pas là, la vraie question est celle du pardon, comment accorder son pardon après Auschwitz, ou bien encore, pour reprendre les mots de Marceline Loridan Ivens, comment aimer après Auschwitz. 

« Là-bas, comme elle l’a écrit parlant des camps, on perd d’abord les repères d’amour et de sensibilité. On gèle de l’intérieur pour ne pas mourir ». La voilà à la Libération, avec les familles « A tout ceux qui dans le hall consultaient les listes je répétais « tout le monde est mort ». S’ils insistaient je disais, « il y avait des enfants, pas un enfant ne reviendra » je ne prenais pas de gants, écrivait Marceline Loridan-Ivens, je ne les ménageais pas, j’avais l’habitude de la mort ». 

Et c’est cela, la grande tragédie des survivants, devoir vivre en étant désormais plus proche de la mort que les mortels. Tous les anciens déportés que j’ai connu étaient absolument inaptes à la vie, chacun à leur manière, car on pouvait tout faire après Auschwitz, sauf vivre, pour vivre il faut beaucoup aimer les hommes. Marceline Loridan-Ivens est morte hier, c’est une lourde responsabilité pour nous, puisque désormais c’est à nous de la rendre vivante à jamais. 

@PetitsMatinsFC

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Marceline Loridan Ivens est morte…
Intervenants
  • réalisateur et acteur
  • journaliste et chercheuse, co-auteure du rapport « Multilateral Damage : l’impact des politiques migratoires de l’UE sur les routes du Sahara » pour l’Institut Clingendael
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