LE DIRECT
Moustapha Mbengue et Emmanuelle Devos dans "Amin" de Philippe Faucon.

Cinéma : "Amin" de Philippe Faucon / Pour Pascale Casanova / Référendum en Macédoine : un résultat empoisonné ? / Les identités complexes de Charles Aznavour à Rachid Taha

1h
À retrouver dans l'émission

Philippe Faucon vous parle de son film "Amin", et Jean-Arnault Dérens des résultats du référendum en Macédoine. Les chroniques rendent hommage à Pascale Casanova et s'intéressent aux identités complexes.

Moustapha Mbengue et Emmanuelle Devos dans "Amin" de Philippe Faucon.
Moustapha Mbengue et Emmanuelle Devos dans "Amin" de Philippe Faucon. Crédits : Copyright Pyramide Distribution

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel :

Tewfik Hakem s'entretient avec le cinéaste Philippe Faucon à l'occasion de la sortie de son film Amin où il continue d'explorer la thématique de l'immigration. 

Amin a laissé sa femme et ses enfants chez lui au Sénégal et retourne régulièrement là-bas. A la différence de mon film précédent, "Fatima" dont on ne montrait pas le retour au pays d'origine, l'histoire d'Amin est racontée par les deux bouts ; sa vie est faite par ce qu'il vit en France - il travaille pour envoyer à sa famille de l'argent - et aussi par ce qu'il vit là-bas quand il les retrouve.

Avec la chronique de Michel Ciment, En Positif Et Négatif, en partenariat avec la revue Positif. Michel Ciment défend GIRL, réalisé par Lukas Dhont, et émet ses réserves sur CAPHARNAÜM, de Nadine Labaki.

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Hommage à Pascale Casanova, une grande voix de France Culture, auteure d’essais critiques de référence sur la littérature et professeure à Duke University, qui s’est éteinte le 29 septembre à l’âge de 59 ans.

Dans son dernier grand livre, Kafka en colère (Seuil) elle décrit ainsi sa conception de la critique : « à l’intersection de l’histoire, de la sociologie (telle qu’elle a été élaborée par Pierre Bourdieu) et de la critique textuelle, la critique littéraire devrait tendre à devenir une science sociale ». Dans le cas de Kafka, « il faut prendre en compte différents espaces de circulation des textes et des idées (notamment l’ensemble de l’espace habsbourgeois, la configuration de l’aire culturelle allemande, l’espace transnational des discussions politiques et nationalistes juives, etc.). » C’est ainsi qu’on peut cerner « la pulsion inséparablement littéraire et combative de Kafka ».

L’hypothèse développée dans le livre, c’est que l’auteur du Procès a pris conscience du sort tragique des Juifs de langue allemande dans la Prague du début du XXe siècle, agitée par des mouvements nationalistes tchèques, et qu’il « travailla ses récits comme de véritables leurres » face à la réalité de la domination culturelle et l’humiliation de la ségrégation. C’est dans un livre antérieur, La République mondiale des lettres (Seuil), que se met en place la déclinaison personnelle et féconde de la théorie des « champs » de Bourdieu chez Pascale Casanova. Champ de tensions, de concurrence et de légitimités, la littérature n’est pas seulement « l’univers enchanté des formes pures », comme les révolutions esthétiques et leurs charrettes le rappellent à l’envi. 

Dans sa critique du livre parue dans la Revue internationale des idées et des livres (n° 9, janvier-février 2009) Marielle Macé rappelait ce que la sociologie du champ pouvait révéler du « déni de violence que recouvre l’illusio nécessaire des acteurs (nécessaire au jeu du symbolique, nécessaire pour le maintien d’une croyance en la littérature comme valeur) », de manière « à dévoiler les mécanismes de production du prestige littéraire ». Longtemps située au centre de cette république des lettres, Paris « se trouve mise en concurrence avec d’autres centres possibles ; lieu de convergence du plus grand prestige et de la plus grande croyance (qui réunit toutes les représentations historiques de la liberté, donc les chances d’autonomisation de la littérature) – croire à l’universalité de Paris a en effet été pour bien des artistes étrangers le moteur d’un exil bien réel, où ils sont venus revendiquer et proclamer des nationalismes politiques, tout en inaugurant littératures et arts nationaux ». D’où un effet de dédoublement « à la fois (et contradictoirement) par la place qu’ils occupent dans leur propre littérature, et par la part qu’ils parviennent à prendre dans la structure mondiale de la production littéraire ». Les quelques cas d’écrivains qui ont choisi de rejeter l’héritage national pour s’intégrer à l’espace dominant – Beckett, Michaux, Cioran ou Naipaul – illustrent cette contradiction. Dans un entretien avec Alain Veinstein, Pascale Casanova évoque la bonne focale pour observer ces phénomènes à l’échelle planétaire, mais aussi les leçons reçues de l’audience internationale de son livre traduit en douze langues : 

Écouter
1 min
Pascale Casanova dans Du Jour au lendemain le 6 janvier 2009

Kafka avait esquivé le risque de produire – je le cite « une littérature de Tziganes qui avaient volé l’enfant allemand au berceau », en adoptant ce que Pascale Casanova désigne comme un « usage blanc » de la langue allemande, volontairement désincarné, préférant par exemple la parataxe aux constructions syntaxiques sophistiquées. Dans son dernier livre, La langue mondiale. Traduction et domination (Seuil), elle s’emploie à débusquer les effets de prestige qui se jouent notamment chez les locuteurs bilingues, tous ceux qui se trouvent, comme les immigrés, contraints de parler deux langues. Aujourd’hui l’anglais est la première langue traduite mais elle traduit aussi peu que le grec dans l’Antiquité, pourtant abondamment traduit par les Romains et les Arabes.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Un plébiscite et un boycott : le résultat du référendum dimanche sur le changement de nom de la Macédoine en Macédoine du Nord est embarrassant. Le OUI gagne à 92 % mais la participation trop faible invalide le vote. Malgré les déclarations optimistes, c'est un réel revers pour l'UE et l'OTAN. Référendum en Macédoine : un résultat empoisonné ?

Xavier Martinet s'entretient avec Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du Courrier des Balkans

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

On ne meurt jamais au bon moment, et l’on aurait aimé que Charles Aznavour vive jusqu’à 120 ans. Mais le dieu des chanteurs, celui qui vit à l’Olympia, en a décidé autrement, et l’on n’entendra plus La bohême chantée sur scène par le grand Charles. Et c’est là que l’on découvre que le grand Charles va bénéficier d’un hommage national, pardon d’hommages nationaux à la fois en France et en Arménie. 

Au moment même où l’on évoque l’identité au singulier pour dire qu’il faut choisir, qu’on ne peut pas être bi et encore moins tri, voilà un homme que presque tous les français aiment, qui n’a cessé de dire qu’il avait deux patries, comme le café au lait n’est ni du café ni du lait, ajoutait-il. Aznavour avait deux patries, deux patries choisies, la France ou il est né, l’Arménie ou il aurait pu naître si les turcs n’avaient pas conduit sa famille à fuir pour échapper au génocide.

C’est amusant parce que cette double nationalité tranche avec la manière dont on avait commenté l’identité de Rachid Taha, l’auteur notamment de Ya Raha, célèbre aussi pour sa reprise de Douce France et de Rock the Kasbah, mort le 18 septembre dernier. Rachid Taha est présenté comme un chanteur algérien ayant résidé la majorité de sa vie en France, et après son décès, on a cherché à tout prix à livrer une vision monolithique de l’identité de cet homme, comme si deux cultures pour un même homme, cela embarrassait plus qu’autre chose. 

De fait Rachid Taha avait songé à demander sa naturalisation française, sans jamais aller jusqu’au bout. C’est dommage, parce que l’on aurait pu voir, s’il y avait deux poids deux mesures, dans cette manière d’appréhender les identités, des identités naturellement complexes. Parce que oui on peut être français et arménien, même si l’on n’est pas arménien de naissance, français et algérien, selon son choix.

L’identité n’est pas une contrainte, c’est un choix, et si l’on demande aux personnes de couper dans leur passé, on se coupera de personnes comme Aznavour ou Taha. 

@PetitsMatinsFC

Chroniques

6H02
26 min

Le Réveil culturel

Philippe Faucon : "Les immigrés sont très présents dans la société et en même temps très absents dans les représentations."
6H30
10 min

Journal de 6h30

JOURNAL DE 6H30 du mercredi 03 octobre 2018
6H40
5 min

Le Journal des idées

Pour Pascale Casanova
6H45
11 min

Les Enjeux internationaux

Référendum en Macédoine : un résultat empoisonné ?
6H57
2 min

L'Humeur du matin par Guillaume Erner

Les identités complexes de Charles Aznavour à Rachid Taha
Intervenants
L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......