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Ruth Bader Ginsburg, juge assesseur de la Cour suprême des États-Unis.

Film : Zabou Breitman "RBG, Ruth Bader Ginsburg" / Nouvelle constitution turque / Cameroun / Des policiers devant chaque boite échangiste, c’est terminé

1h01
À retrouver dans l'émission

Zabou Breitman vous parle du documentaire "RBG, Ruth Bader Ginsburg", et Hans Heungoup de l'élection présidentielle au Cameroun. Les chroniques s'intéressent à l'état des lieux de la nouvelle constitution turque et de libéralisme sécuritaire.

Ruth Bader Ginsburg, juge assesseur de la Cour suprême des États-Unis.
Ruth Bader Ginsburg, juge assesseur de la Cour suprême des États-Unis. Crédits : JIM WATSON - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec la comédienne, réalisatrice, Zabou Breitman, voix française de _RBG, Ruth Bader Ginsburg_, dans le film documentaire américain des réalisatrices Betsy West et Julie Cohen, sorti ce jour. Battante, nommée par le président Bill Clinton à la Cour suprême, admirée pour son travail innovant en faveur des droits des femmes et pour l'égalité des sexes, louée par la jeune génération et rock star octogénaire de surcroît, Notorious RGB nous est racontée.

C'est une femme qui a mené tous les combats, l'une des rares, très jeune à être sortie diplômée de Harvard. Elle y a rencontré l'homme de sa vie, dont elle dit qu'il a compris vite qu'elle avait un cerveau. Sa mission : faire des lois. Elle est devenu une icône pop, avec des tee-shirts à son effigie, des meubles, jusqu'aux ados, fans d'elle, parce qu'elle représente une liberté, tous les possibles aussi pour des jeunes aujourd'hui, et qu'elle se bat de manière concrète pour amener le monde à être plus juste.  

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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

À cent jours de la réélection d’Erdogan en Turquie, on peut faire un premier bilan de la nouvelle constitution adoptée par référendum un an plus tôt.

L’élection présidentielle a de fait marqué la pleine entrée en vigueur du « système de gouvernement présidentiel » que la réforme a instauré. Nicolas Cheviron en résume les grandes lignes dans Mediapart : « suppression du premier ministre et de son cabinet, qui étaient seuls responsables devant le Parlement et dont les pouvoirs sont désormais assumés par le président ; attribution de larges compétences législatives au chef de l’État ; politisation de la fonction présidentielle, jusque-là soumise à une exigence de neutralité ; contrôle présidentiel des nominations au sein de l’appareil judiciaire… » 

Autour du président, les directions « en charge de secteurs clés de l’État – état-major des armées, industries de défense, services secrets, stratégie et budget, communication… » Sans surprise, « l’organigramme gouvernemental est bien pourvu en proches du président », mais les effets délétères pour la démocratie se mesurent encore mieux à l’aune de l’impuissance parlementaire. « La réforme constitutionnelle a réduit à zéro le pouvoir de contrôle qu’exerçait le Parlement sur l’exécutif. » Et l’activité législative s’est réduite comme peau de chagrin : « depuis sa réélection, le président a promulgué 17 décrets. Dans le même temps, les députés n’ont voté que deux lois, sur proposition de parlementaires du parti présidentiel » (AKP, islamo-conservateur). Dans l’administration, c’est l’arrivée des « hommes du président »… « Le coup d’État manqué de 2016 avait déjà servi de prétexte à des purges massives dans la fonction publique, avec plus de 120 000 fonctionnaires chassés sans indemnités ni procès, dont des milliers de syndicalistes de gauche, peu suspects de collusion avec les putschistes. Les mesures adoptées cet été permettent à présent au président d’achever le renouvellement des élites bureaucratiques du pays sans plus être limité dans ses choix par les règles d’ancienneté et de compétence qui prévalaient jusque-là. »

Dans les hautes sphères, recteurs d’universités ne disposant pas du titre de professeur, ou ambassadeurs n’appartenant pas au corps diplomatique peuvent être nommés. Pareil pour l’état-major, dont la laïcité n’est plus préservée. Les finances sont devenues une affaire de famille avec la nomination du gendre présidentiel, Berat Albayrak, à la tête du ministère du trésor. Et pour les citoyens, les mesures répressives de l’état d’urgence suite au putsch ont été transposées dans le droit commun. 

« Le système judiciaire s’est totalement effondré » déplore dans La Croix l’écrivaine Asli Erdogan, poursuivie pour propagande terroriste au motif de ses chroniques publiées dans un quotidien kurde. « 4 000 juges ont été renvoyés, 2 000 sont allés en prison, un juge a même été arrêté pendant une audience ! Du coup, de jeunes diplômés sont recrutés, sans expérience. À chacune de mes audiences, il y avait une équipe judiciaire différente et la moyenne d’âge était de 26 ans. »

Aujourd’hui exilée à Francfort, elle est devenue la porte-parole de la résistance. Elle dénonce la mise en place d’un « régime fasciste », avec « sa propre force militaire », et le vote d’une loi « exemptant de toute enquête judiciaire et de tout procès quiconque ayant commis un crime pour défendre le gouvernement », dans la tradition élargie des « crimes d’honneur ». Au cours des quatre mois passés en prison, elle a reçu la visite d’avocats, qui avaient travaillé à l’époque du régime militaire (1980-1983). Selon eux, « ces années étaient plus faciles car, d’une certaine manière, il y avait alors plus de justice. Les juges militaires voyaient des ennemis partout et condamnaient des innocents, certes, mais ils avaient du respect pour leur profession et demandaient vraiment des preuves ». On savait où étaient les limites. « Maintenant, n’importe qui peut aller en prison, n’importe quand, pour un crime qu’il ignore avoir commis, et être condamné à la perpétuité. » 

Incarcéré depuis le 4 novembre 2016 et toujours en attente d’un procès où il risque une peine de 142 ans de prison, Selahattin Demirtas, le leader du parti kurde HDP, a écrit en détention un recueil de nouvelles dont Asli Erdogan a estimé qu’il était « la preuve d’un remarquable talent, celui d’un écrivain ». Publié aux éditions Emmanuelle Collas sous le titre L’aurore, il est dédié « à toutes les femmes assassinées, à toutes celles victimes de violences… » Et dieu sait qu’elles ont été nombreuses dans l’état de barbarie syrien, comme au fond de la Turquie traditionnelle. Toutes les protagonistes de ses récits sont des mères, des adolescentes, des filles « d’horizons différents mais unies par le même désir d’affirmer leur liberté et leur indépendance ». Sur un ton léger, « subversif et obsédant à la fois », il raconte l’épopée ordinaire nourrie de tragédies minuscules ou majeures depuis le fond d’une cellule seulement ouverte sur la cour de promenade qui « ressemble à un puits de béton rectangulaire. Un truc de quatre mètres sur huit. On n’a jamais fini d’en faire le tour. On pourrait marcher de l’aube jusqu’au soir sans arriver nulle part. »

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Le calme prévalait dimanche à Yaoundé, où l'affluence des électeurs est restée faible. Mais dans les régions anglophones du pays, le vote s'est déroulé sous la protection de l'armée francophone. Deux jours après l'élection présidentielle au Cameroun, l'incertitude est grande quant à l'issue du scrutin : la participation est faible, des candidats dénoncent des fraudes et l'un des principaux challengers a déjà proclamé sa victoire face à Paul Biya, au pouvoir depuis 35 ans.

Xavier Martinet s'entretient avec Hans Heungoup, politologue et chercheur à l'International Crisis Group. Il est l'auteur de "Le BIR, la GP et le pouvoir au Cameroun" (Berlin)

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Des policiers devant chaque boite échangiste, c’est terminé…

C’est un bon résumé du changement politique que nous sommes en train de vivre, mais un résumé un peu brutal qui mérite, par conséquent quelques développements. 

Il y a dix ans, souvenez-vous, l’extrême droite avait le vent en poupe en Europe, avec des leaders nommés Pim Fortuyn, Geert Wilders ou bien encore Marine Le Pen. Leur proposition commune ? Du libéralisme en matière de mœurs, et de la sécurité en termes de première fonction régalienne. L’extrême droite tournait le dos au conservatisme moral, et mettait en avant la sécurité, c’est ce que le politiste Gaël Brustier avait appelé l’hédonisme sécuritaire, un cocktail symbolisé par des policiers protégeant des boites échangistes. 

Maintenant au contraire, de par le monde, les gouvernements autoritaires, les démocratures, proposent une toute autre formule. Cela va du brésilien Jair Bolsonora à Donald Trump, en passant par Victor Orban : leur politique conjugue « laissez faire » et « tout répressif » sur le plan policier. 

Le programme du favori à la présidentielle brésilienne, Jair Bolsonaro est idéal à cet égard : il propose de tout privatiser, de tout abandonner à la loi du marché, à une exception près : la fonction policière de l’état. Le marché et la police, la formule du libéralisme sécuritaire, se retrouvent désormais un peu partout, alors même que ces leaders politiques ont une trajectoire intellectuelle proche, de Bolsonoro à Orban — tous sont d’anciens sociaux-démocrates — en tout cas sur le plan économique, leur conversion à l’ultra libéralisme est aussi récente que radicale. 

Plus encore, le libéralisme sécuritaire peut même privatiser le maintien de la sécurité quand cette privatisation permet de conjuguer deux idéaux, le profit et la répression. Le New York Times a ainsi consacré plusieurs articles aux prisons privées qui fleurissent aux Etats Unis, notamment pour détenir des émigrés clandestins. En Arabie Saoudite, c’est une société de gardiennage qui a maintenu en détention les dignitaires du régime soupçonnés de corruption. 

Dans le libéralisme sécuritaire, toute bonne politique vise à faire du profit, et tout profit suppose une bonne sécurité. Avant, il fallait des policiers devant chaque boîte échangiste, maintenant il faut du libre échangisme devant chaque boîte de policiers. 

@PetitsMatinsFC

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Des policiers devant chaque boite échangiste, c’est terminé…
Intervenants
  • comédienne, cinéaste et metteuse en scène
  • politologue et chercheur à l'International Crisis Group. Il est l'auteur de "Le BIR, la GP et le pouvoir au Cameroun" (Berlin)
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