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Capharnaüm de Nadine Labaki

Film : Nadine Labaki "Capharnaüm" / Etats-Unis : la revanche du WASP / Syrie : Idlib, un levier turc sur Damas ? / Le président écrit donc de sa main

59 min
À retrouver dans l'émission

Nadine Labaki vous parle de son film "Capharnaüm", et Dorothée Schmid de l'importance d'Idlib pour Damas. Les chroniques s'intéressent aux déboires de la discrimination positive aux Etats-Unis, et à l'allocution d'Emmanuel Macron suite au remaniement.

Capharnaüm de Nadine Labaki
Capharnaüm de Nadine Labaki Crédits : ©Mooz Films

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec la réalisatrice Nadine Labaki, pour son troisième long-métrage, Capharnaüm, où elle suit dans les rues de Beyrouth un gamin réfugié qui tente de survivre.  Sur fond d'exode massif de Syriens fuyant la guerre, le film a provoqué une polémique lors de sa présentation en sélection officielle du dernier Festival de Cannes où il a obtenu le Prix du Jury. Sans faire l'unanimité, chef-d'oeuvre pour les uns, mélo misérabiliste pour les autres. La réalisatrice libanaise s'explique.

Capharnaüm de Nadine Labaki
Capharnaüm de Nadine Labaki Crédits : ©Mooz Films

Je voulais parler des vies et des problèmes qui se côtoient dans ces ceintures de misère qui entourent nos cités, nos pays. Ce sont des gens qui vivent les mêmes combats, ce sont des problèmes qui se côtoient.  Un être humain qui n'a pas de papiers n'existe plus, quelle absurdité ! Ils finissent alors par vivre en marge, deviennent des invisibles. On me parle d'esthétisme de la misère, je ne sais pas ce que ça veut dire, je trouve ça blessant. La vérité et la réalité sont bien pires que ce qu'il y a dans le film. Il y a cette tendance dans le cinéma français à la retenue. Retenir une émotion. C'est un mot qui me donne des allergies. Je n'ai pas peur de mes émotions, au contraire, je cherche ça. 

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Capharnaüm de Nadine Labaki
Capharnaüm de Nadine Labaki Crédits : ©Mooz Films
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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Le modèle américain de la « discrimination positive » est en passe d’imploser suite à la plainte déposée contre l’université d’Harvard par une association d’étudiants d’origine asiatique qui s’estiment lésés par cette politique.

Et paradoxalement discriminés par elle… Le procès s’est ouvert le 15 octobre et Harvard a reçu le soutien d’une douzaine d’universités, comme Yale, Princeton ou Brown. Mais le fait est que dans le contexte actuel de guerre idéologique contre les politiques d’affirmative action, il devrait avoir un retentissement qui dépasse largement les milieux universitaires. Dans Le Figaro, Paul May, qui enseigne la science politique à Harvard, analyse la situation créée par cette profonde mise en cause. Les étudiants d’origine asiatique dénoncent une forme de sélection, « en dépit de leurs résultats scolaires nettement supérieurs à la moyenne des autres ethnies », et qui favoriserait les Africains-Américains, les Latino-Américains, et les Natifs-Americains. Il est vrai qu’en plus des relevés de notes du lycée et des résultats du test d’admission, les évaluateurs prennent en compte des critères liés au profil général de l’étudiant, comme les activités extra-universitaires mais aussi l’origine sociale et l’appartenance ethnique. Du coup, même si les Asiatiques-Américains sont surreprésentés à Harvard (22% des étudiants admis en première année en 2017, alors qu’ils représentent 6 % de la population totale des Etats-Unis), ils estiment que ce chiffre monterait à 40% si Harvard n’avait pas recours à la discrimination positive et « ajoutent qu’un candidat américain d’origine asiatique ayant 25% de chances d’être admis à Harvard aurait, à compétence égale, 35% de chances d’être admis s’il était blanc, 75% s’il était hispanique et 95% s’il était noir ». Pour l’universitaire américain, auteur de Philosophies du multiculturalisme (Presses de Sciences Po), « cette affaire dévoile au grand jour une fracture latente depuis plusieurs années au sein de la société américaine. Les mesures de discrimination positive, destinées à augmenter la proportion de minorités ethniques au sein de l’élite du pays, sont vivement contestées, non plus seulement par les conservateurs blancs, mais désormais par des Américains d’origine asiatique, minorité dont la croissance démographique est la plus rapide. »

Les républicains célèbrent les valeurs d’une minorité dont ils souhaitent reconquérir l’électorat, majoritairement démocrate : éthique du travail, respect de la loi, forte solidarité familiale. Et ils tiennent implicitement ce raisonnement essentialiste : si les Américains d’origine asiatique réussissent mieux c’est que les moindres performances des Latino-Américains et des Afro-Américains sont dues à des facteurs endogènes plutôt qu’aux discriminations et au racisme de la société américaine. 

Dans sa diatribe contre la gauche identitaire, Mark Lilla invite les intellectuels et politiques à s’intéresser davantage aux évangéliques, qui représentent 20% des Américains, qu’aux transgenres qui sont moins de 0,5%, au nom du bien commun. Mais le problème principal c’est de trouver, non pas seulement un terrain de dialogue mais un langage commun. La dernière livraison de la revue America s’y est employée, à la rencontre des born-again qui ont voté à 81% pour un candidat que tout destinait pourtant au purgatoire, et le résultat est terrifiant. La romancière Marilynne Robinson elle-même, alors qu’elle a aussi écrit des essais théologiques et ouvertement chrétiens, n’a pas réussi à trouver ce terrain d’échange avec sa propre mère, obsédée par les relents d’apocalypse diffusés par Fox News. Vouée aux gémonies pour avoir voté pour un musulman kényan intégriste – Barak Obama – elle évoque « ce drôle d’effroi salace » procuré par la chaîne qui annonce à terme l’instauration de la charia ou la guerre à Noël… et elle cherche désespérément « le moyen d’apaiser le ton de nos débats », en invoquant l’esprit commun qui devrait les animer. Mais une vision du monde hystérique interdit toute espèce de communion, empêchant ces chrétiens d’honorer leurs propres principes. Car les médias dystopiques de ce christianisme de droite « accuseraient une forte baisse de leur part de marché si les normes chrétiennes étaient appliquées à leurs produits », souligne Marilynne Robinson. Envoyé spécial de la revue America, Philippe Coste a mené l’enquête dans les milieux évangéliques, à commencer par l’invraisemblable Musée de la Création, « tout entier voué à démentir la théorie de l’évolution de Darwin et à rappeler que le monde et ses habitants ont été créés en six jours, il y a six mille ans ». Pour ces fidèles égarés au milieu de nulle part, « c’est Dieu lui-même qui a placé Donald Trump à la Maison Blanche. Dieu aurait commencé à voter républicain il y a quarante-huit ans, quand Richard Nixon, en dépit du succès des réformes sociales de Kennedy et Johnson, a réussi à séduire un électorat populaire – les ouvriers catholiques du Nord, les ruraux évangéliques du Sud – en glorifiant leurs valeurs morales ». Le décorum biblique de la lutte contre l’empire du mal soviétique a produit des effets durables. Et notamment pour subvertir le combat de la laïcité en une lutte manichéenne contre les valeurs chrétiennes.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Une semaine après son entrée en vigueur, le cessez le feu tient toujours dans la province d'Idlib. L'accord russo-turc conclu à Sotchi il y a un mois a pour l’instant évité l’offensive du régime et ses alliés. La Turquie se retrouve au centre du jeu des puissances en Syrie : pour combien de temps ?

Xavier Martinet s'entretient avec Dorothée Schmid, politiste, directrice de recherche à l’Institut français des relations internationales - Ifri, responsable du programme Turquie contemporaine et Moyen-Orient de l'Ifri.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner : 

Le président écrit donc de sa main…

C’est le principal enseignement de la journée d’hier, en tout cas pour moi. J’ai suivi l’allocution d’Emmanuel Macron à la télévision, à 20 h, je n’ai pas réussi à comprendre grand-chose parce que ma télévision est quotidiennement bricolée par trois individus de petite taille, mais j’ai clairement vu qu’Emmanuel Macron ne lisait pas un prompteur mais avait des notes devant lui. Il y avait des feuilles de papier A4 fortement griffonnées, et évidemment, on aurait tellement aimé savoir ce qu’il a failli dire et qu’il n’a pas dit – des révélations sur l’affaire Benalla, un vers d’Aragon ou d’Hugo, la nomination du cinéaste Alain Cavalier à l’artisanat – bref je n’ai pas entendu ce que Macron avait à nous dire, mais j’aimerais tellement savoir ce qu’il aurait pu nous dire. 

Je ne me souviens que des détails des allocutions présidentielles, par exemple Jacques Chirac après son AVC avait mis des lunettes pour lire le prompteur alors qu’auparavant celles-ci avaient disparu et l’on avait longuement glosé sur la réapparition des bésicles, des yeux secs ou des dommages cérébraux sur le président. 

Aujourd’hui tout fait signe, ou plus exactement tout est sommé de faire signe, donc on va longuement chercher à comprendre ce que cette lecture est censée signifier, un signe d’humilité, une habitude d’étudiant, la volonté de montrer que lui et lui seul écrit encore à la main, ou bien encore peut-être était-ce Alexandre Benalla qui maniait le prompteur auparant…. Ainsi donc ce président n’aurait pas de plume, ou plus exactement, sa plume serait la sienne, la preuve que le métier présidentiel est demeuré très artisanal, on rédige avec son style un beau discours et puis l’on biffe, on rature et on réécrit dans la marge, jusqu’à la dernière minute, on le fait tellement que l’on n’a plus le temps de prompter, ou bien on ne juge plus cela utile. 

Les français jugeront, comme disent les commentateurs politiques fatigués, ils jugeront si ces notes manuscrites sont le signe d’une présidence brouillonne, ou bien si avant chaque chef d’œuvre, il faut un brouillon.

@PetitsMatinsFC

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