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Ray Lema

Musique : Ray Lema "Transcendance" / L’esclavage moderne / Corée : Moon Jae-in, prix Nobel de la paix 2019 ? / La perdition du Sentier

59 min
À retrouver dans l'émission

Ray Lema vous parle de son album "Transcendance", et Juliette Morillot du président sud-coréen Moon Jae-in. Les chroniques s'intéressent à la traite des êtres humains et aux vraies victimes de la mode.

Ray Lema
Ray Lema Crédits : © Olivier Hoffschir

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec le pianiste, guitariste, et compositeur Ray Lema pour la sortie de son album Transcendance.

Je collectionne les musiques traditionnelles et ensuite beaucoup de musiques de compositeurs classiques - ma première passion - et les jazzmen ; j'adore cette liberté du jazz. Le compositeur c'est vraiment l'imagination, et moi je me sens très humble, parce qu'il y a des monstres sacrés qui, quand ils composent créent des univers extraordinaires. J'aimerais bien pouvoir un jour rendre la forêt que j'ai dans ma tête avec un orchestre symphonique.

Couverture de l'album "Transcendance" de Ray Lema
Couverture de l'album "Transcendance" de Ray Lema Crédits : Label One Drop/L'Autre Distribution

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

C’est aujourd’hui la 11ème journée européenne contre la traite des êtres humains, un fléau qui touche dans le monde plus de quarante millions de personnes.

Sous des formes diverses : travail forcé, exploitation sexuelle, mariage servile, mendicité contrainte, servitude pour dettes… Comme le rappelle Julien Bisson dans l’hebdomadaire Le un, ces nouveaux esclaves seraient près de 129 000 en France selon l’Organisation internationale du travail. Un chiffre qui ne devrait pas baisser si l’on en juge par la crise migratoire de ces dernières années, laquelle « n’a fait que précariser davantage ces populations, placées sous le joug d’organisations mafieuses qui ont bien compris les profits à tirer de la traite humaine ». Cette année, le Groupe d’experts du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (GRETA), qui est à l’origine de cette journée européenne, l’a placée sous le signe de l’enfance, car 1 victime sur 4 est un enfant. Selon une étude menée par l’OIM (l’Organisation internationale pour les migrations) et l’Unicef en 2017, sur 11 000 jeunes migrants interrogés (14-24 ans), 77 % affirmaient avoir été victimes d’exploitation ou de traite sur la route migratoire méditerranéenne. L’hebdomadaire a rassemblé plusieurs cas impliquant des mineures sur notre sol, de l’exploitation sexuelle au travail forcé domestique. S’il peut s’avérer plus facile de repérer certaines pratiques comme la prostitution de rue ou le travail agricole, qui se déroulent à ciel ouvert, d’autres, comme l’esclavage domestique ou le mariage servile, ont lieu à l’abri des regards, ce qui contribue à occulter le phénomène, notamment aux yeux de l’opinion. 

Sylvie O’Dy est la présidente du Comité contre l’esclavage moderne (CCEM), une association née dans les années 1990 qui assure un suivi général des victimes, notamment une aide juridique et un soutien social et administratif. Elle insiste sur la vulnérabilité de ces personnes qui le plus souvent ne parlent pas notre langue, sont menacées de représailles sur les familles restées au pays, séquestrées et maltraitées, leurs papiers confisqués et cette vulnérabilité qui explique leur consentement forcé ne concerne pas que les mineurs. Parmi les victimes on compte 70% de femmes. Afrique et Maghreb, Europe de l’est, Asie, « en 2017, les 170 victimes soutenues par le CCEM venaient de 40 pays ». Côté exploiteurs, tous les milieux sociaux sont concernés. Sylvie O’Dy retrace la progressive prise de conscience des juristes pour qualifier le délit, depuis les premières plaintes en 1998 où étaient retenus « l’abus de vulnérabilité, le travail non rémunéré et les conditions d’hébergement contraires à la dignité humaine » jusqu’en 2003, où la première loi sur la traite des êtres humains définit le délit de « recruter, transporter, héberger des personnes contre de fausses promesses en vue de leur exploitation ». À l’époque ce sont surtout les réseaux de proxénétisme qui étaient visés. Et puis « en 2013, à l’occasion de la transposition d’une directive européenne, la réduction en esclavage, la servitude et le travail forcé sont entrés dans le Code pénal ». 

Reste l’ampleur du problème à l’échelle mondiale, aggravé par les mouvements migratoires. On se souvient des images tournées en Libye, il y a moins d’un an, montrant un véritable marché aux esclaves où des migrants étaient vendus à l’encan. Aujourd’hui, depuis la quasi-fermeture de la route migratoire allant de la Libye vers l’Italie, une partie des candidats au voyage s’est reportée vers le Maroc et l’Espagne. Sous la pression de l’Union Européenne, le Maroc a intensifié la répression contre les migrants. Courrier international relaie un article d’Al Jazira qui décrit des conditions d’existence inhumaines. L’archevêque Santiago Agrelo Martinez, qui recueille dans la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption à Tanger, des dizaines d’entre eux témoigne : « Le plus dur est de voir les humiliations qu’ils subissent au quotidien, mendiant dans les rues, tremblant de peur et ne sachant pas où ils finiront. » Là, on s’occupe « de tous leurs besoins : nourriture, vêtements, hygiène corporelle, santé physique et mentale, logement, scolarité des enfants, développement des compétences, et emplois dans de petites entreprises tangéroises. » Heba Morayef, directrice d’Amnesty International Afrique du Nord et Moyen-Orient, juge choquante la répression contre les migrants et les réfugiés au Maroc. « Elle représente un recul inquiétant pour un gouvernement qui, en 2013, avait annoncé une nouvelle politique migratoire pour mettre le Maroc en conformité avec les normes internationales. »

Selon elle, quelque 5 000 personnes ont été arrêtées dans ces opérations depuis juillet, entassées dans des bus et abandonnées dans des zones isolées proches de la frontière algérienne ou dans le sud du pays. Pour Le Monde.fr, Charlotte Bozonnet a mené l’enquête sur ces « arrestations massives, parfois violentes, touchant de manière indiscriminée les personnes noires, sans prise en compte de leur statut, et sans cadre légal établi ». Mais là, l’hospitalité des citoyens marocains a permis d’éviter le drame de l’esclavage.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Première tournée européenne pour le Président de la Corée du Sud Moon Jae-in, venu chercher des soutiens au rapprochement avec la Corée du Nord. Son plaidoyer pour une levée des sanctions envers Pyongyang risque de se heurter à une certaine réticence...

Xavier Martinet s'entretient avec Juliette Morillot, spécialiste des deux Corée, rédactrice en chef adjointe d'Asialyst.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Qui sont les vraies victimes de la mode… 

Oui, les vraies victimes de la mode, pas les « fashion victims », fashionista et autres fashionisto que l’on voit défiler pendant la période des défilés haute couture, mais les gens que la mode laisse sur le carreau. 

C’était le titre du journal Le Monde hier, l’impossible reclassement des salariées de l’habillement : les enseignes Pimkie, Brice et Mim licencient, un personnel peu qualifié qui a bien du mal à retrouver un emploi… Une situation décrite comme une fatalité, comme si une comète s’écrasait sur la terre. 

Et pourtant, la France avait tout pour réussir, la France avait l’équivalent de la Silicon Valley pour les fringues, même si c’était moins glorieux, la France avait le Sentier. Et le Sentier a tout inventé en matière de basse couture, Zara et H&M n’ont eu qu’à se baisser pour ramasser la mise, ou plutôt la méthode. Zara et H&M pèsent plus sur le marché des fringues aujourd’hui que Mac Donald ne domine nos ventres. Il faudra un jour que l’on s’interroge sur la politique française destinée à faire la peau au Sentier, le faisant partir en Espagne avec Zara ou plus loin encore, permettant ainsi à l’Espagne mais aussi au Portugal voire à l’Italie de conserver une industrie textile alors que l’on s’employait en France à la chasser. 

Car voyez-vous, l’industrie de la sape n’est pas une industrie comme les autres, c’est l’occupation préférée des primo-arrivants : même ceux qui n’ont rien peuvent trouver une machine à coudre, de ceux qui ne parlent pas la langue — dans ma famille on en sait quelque chose, pendant des années, les années terribles ou pas, on a survécu grâce à l’aiguille, moi-même j’ai connu ce monde-là avant qu’on ne le détruise. ça n’était pas le Moyen-âge, comme disait Ferré, c’était bien plus haut que cela, c’était un monde dominé par le bonjour des simples et le commerce des rusés, mais ce monde-là donnait du boulot aux sans grades. On l’a détruit, ou plutôt on l’a offert aux autres pays – la France elle s’intéressait au luxe, l’avenue Montaigne ou rien, Belleville ou Aubervilliers c’était loin. 

Alors on a détricoté le secteur textile et c’est ainsi que les travailleurs de la mode sont devenus les victimes de la mode. 

@PetitsMatinsFC

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