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Antoine Wauters

Livres : Antoine Wauters "Pense aux pierres sous tes pas" et "Moi, Marthe et les autres" / Du commencement / Afghanistan : des élections pour tester le pays ? / Ne pas oublier le Yémen

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À retrouver dans l'émission

Antoine Wauters vous parle de ses deux livres "Pense aux pierres sous tes pas" et "Moi, Marthe et les autres", et Gilles Dorronsoro de l'Afghanistan. Les chroniques s'intéressent à la notion ambiguë de commencement et au Yémen.

Antoine Wauters
Antoine Wauters Crédits : JOEL SAGET - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec Antoine Wauters, scénariste, écrivain, romancier qui fait paraître deux textes aux éditions Verdier : Pense aux pierres sous tes pas et Moi, Marthe et les autres

Dans Pense aux pierres sous tes pas, Marcio et Leonora sont des amants, ce sont aussi des amis, des âmes-sœurs, ce sont des jumeaux nés dans un milieu familial compliqué avec des parents pas aimants. Au milieu de cette famille violente, dans un pays en proie à de grands changements politiques, ils s'accrochent l'un à l'autre comme des morts de faim. Ils ont besoin l'un de l'autre, jusqu'au jour où ils vont être séparés, après que leur père, Paps, les découvre, dans une proximité qu'il ne peut assumer. 

Antoine Wauters "Pense aux pierres sous tes pas"
Antoine Wauters "Pense aux pierres sous tes pas" Crédits : © Editions Verdier

Moi, Marthe et les autres, je l'ai écrit en riant et en colère, dans une période où j'étais au plus bas de ma vie, je l'ai écrit très vite. Le matériau - la tristesse, la nostalgie, une forme de désespoir qui sont à la base des deux livres a fait que ce qui était très sombre s'est transformé en quelque chose de beaucoup plus positif, grâce à l'écriture. L'idée de transformer une boue, une noirceur en quelque chose de lumineux, c'est mon obsession d'écrivain mais aussi d'être humain, d'être vivant : réussir à traverser ces ombres dont je parle au début de Pense aux pierres sous tes pas et en faire autre chose, pour moi, la littérature sert à ça. 

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

La semaine reprend… Entre répétition et nouveau départ, c’est l’occasion d’interroger la notion ambiguë de « commencement ».

« Les hommes ne peuvent rien faire sans adopter la fiction d’un commencement » disait la romancière George Eliot. Dans un livre publié aux éditions Le Bord de L’eau sous le titre Commencer – Variations sur l’idée de commencement, le philosophe Patrick Vauday en explore la sémantique évanescente et paradoxale. « Le commencement, c’est la fin », estimait Hegel, entendant par là que tout départ est orienté par un but, dont il est la réalisation en puissance. Pourtant, « pas de commencement qui ne commence par une fiction du commencement ». Les mythes de fondation, les innombrables rites liés au renouveau de la nature et de la végétation au printemps illustrent à foison la valeur symbolique du commencement. Quelque chose y fait signe de notre condition passagère – début et fin – mais aussi de notre désir de retenir le temps. Car – demande le philosophe – « Est-on jamais là, présent, contemporain du commencement ? » L’Histoire avance à pas de colombes, disait encore Hegel, et qui peut situer en direct le début, le moment initial d’un événement fondateur ? La plupart du temps, c’est après coup que l’on désigne un commencement. Tout comme les romanciers, ou les auteurs de cosmogonies, les philosophes ont besoin de cette fiction créative : fondements définitifs, questions inaugurales, principes incontestables – en latin principium signifie justement commencement… Mais ce retour amont suppose un temps préalable d’intense réflexion. Où donc est le commencement ? 

Avec le « cogito » cartésien, par exemple, il s’agit d’abord de faire table rase, de mettre en doute, de suspendre le jugement assuré par l’habitude et l’expérience. Dans le dernier N° du mensuel Sciences Humaines, Jean-François Dortier revient sur le Discours de la méthode et ce qu’il dissimule d’omissions volontaires, au risque d’invalider cette entreprise grandiose de refondation du savoir. On se souvient du raisonnement : « je peux douter de tout sauf d’une seule chose, que je suis en train de douter. Or douter c’est penser ». D’où la formule « Cogito ergo sum », je pense donc je suis. Descartes l’a ensuite appliquée à l’existence de Dieu : « Un Dieu qui aurait tous les attributs sauf l’existence ne serait pas complet ». Puis à la réalité du monde, en recyclant la conception galiléenne selon laquelle « la nature est écrite en langage mathématique » dans sa vison mécaniste de l’univers. Mais ce que souligne Jean-François Dortier, c’est que cette fiction de la table rase s’est imposée au prix de l’ignorance volontaire de nombreux travaux scientifiques de l’époque, acquis par l’observation, la mesure et l’expérimentation, et non par la seule puissance de la raison solitaire. « Le savoir scientifique est une œuvre collective qui s’alimente d’influences, de débats, de critiques et de connaissances cumulées. » Bien malin celui qui peut s’attribuer à lui seul une invention ou une découverte comme un commencement absolu. Et ça vaut également pour Newton ou Einstein, qui « n’aimaient pas trop citer leurs sources ». 

Reste la question ouverte du caractère temporel du commencement. L’instant décisif… Dans un livre étonnant, subtil et profond, paru chez Gallimard sous le titre Topique de l’instant, François Gantheret explore la dimension perdue de l’expérience du présent, qu’on tente de retenir dans l’expression troublante et désabusée de « l’espace d’un instant ». Une perception fugitive mais qui laisse des traces. « Dans un tout petit laps de temps et grâce au contour un instant perceptible du vide laissé en s’enfuyant, il y aurait une pérennité possible de la sensation. » Le psychanalyste rappelle l’étymologie du mot « laps », qui « vient du latin lapsus et en recueille le sens de glissement. Dans un laps de temps, c’est le temps qui a glissé. » L’espace d’un instant, c’est aussi, comme disait Mallarmé « quand du passé cessa et que tarde un futur », le moment où s’engramment des sensations et des images, des souvenirs « là où temps et espace tendent à se confondre ». Et aussi un « entre-deux » du passé et de l’avenir que Freud désignait comme le « royaume intermédiaire » – Zwischenreich – le domaine du rêve mais aussi de l’art et du transfert. La peinture s’est employée à lui ménager un empire, comme chez Cézanne, « cherchant à travers ses multiples abords et changements de perspective, parfois dans la même toile, à se saisir d’une intemporalité de la sensation ». Et Bonnard disait que « l’œuvre d’art est un arrêt du temps ». L’espace d’un instant, c’est aussi le « creuset originaire » où Freud – à contre-courant du kantisme – voyait dans la confusion féconde des deux dimensions du temps et de l’espace « l’autoperception de la psyché par elle-même ». À la fois de son étendue et du rythme des palpitations du monde. Platon voyait « dans cette chose étrange qu’on appelle l’instant » et dans le moment fugace de la décision l’origine de tout changement. Entre le mouvement et le repos sans être d’aucun temps… Bon réveil à toutes et à tous !

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Les élections se sont tenues dans le chaos, avec plusieurs explosions et d’importants problèmes logistiques dans les bureaux de vote... Après un vote prolongé, environ 4 millions d'électeurs se sont exprimés sur 36 millions d'habitants. Ces législatives repoussées pendant 3 ans sont un test à bien des égards pour la légitimité des autorités de Kaboul, dans un contexte de retour en force des Talibans…

Xavier Martinet s'entretient avec Gilles Dorronsoro, professeur de science politique à l'Université Paris I et membre sénior de l'Institut universitaire de France.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Profitons-en pour ne pas oublier le Yémen… 

L’assassinat de Jamal Khashoggi montre la véritable nature de l’Arabie Saoudite à tous ceux qui pensaient que le régime était en train de se démocratiser que ce n’est pas exactement le cas, et il rappelle que s’il est légitime de critiquer les journalistes, il est dangereux de leur taper dessus au propre comme au figuré. 

Donc aujourd’hui les gouvernements du monde entier prennent leurs distances avec Ryad, eh bien on aurait aimé qu’ils le fassent il y a trois ans. Car cela fait trois ans exactement que l’Arabie Saoudite a transformé l’un des pays les plus pauvres du monde, le Yémen, en enfer absolu. 

Et hasard du calendrier, la mort de Jamal Khashoggi correspond à l’anniversaire de l’intervention saoudienne – la guerre au Yémen a débuté en juillet 2014 en opposant les loyalistes aux Houthis, des chiites hostiles au gouvernement central. Cette guerre civile s’est transformée en conflit par procuration, permettant à l’Arabie Saoudite et à l’Iran de s’affronter à l’extérieur de leurs frontières, avec un bilan humanitaire absolument terrifiant. 

Jusqu’ici la guerre a fait environ 10 000 morts et à peu près autant de blessés, je dis environ parce qu’il n’existe pas de bilan fiable, mais aux victimes directes de la guerre il faut ajouter les victimes indirectes, et là le bilan est plus terrible encore. Car on peut dire aujourd’hui que les ¾ de la population du Yémen, 28 millions de personne, les ¾ du Yémen dépendent de l’aide alimentaire. 

Et au lieu d’apporter des vivres à la population civile, l’Arabie Saoudite déverse des bombes sur ce pays, le Yémen a été frappé par 18 000 raids aériens depuis le début de la guerre. Au moment où je vous parle, l’enjeu majeur est le port d’Al Hudaydah — Al Hudaydah cela ne vous dit probablement rien, c’est le nom d’un port en face de l’Erythrée — et, par ce port, transite la quasi-totalité de l’aide humanitaire destiné aux Yéménites. 

Alors puisque le monde s’émeut à juste titre de la mort de Jamal Khashoggi, pourquoi ne pas profiter de cette émotion internationale pour demander aux Saoudiens d’arrêter de bombarder Al Hudaydah. Parce que finalement la meilleur façon de rendre hommage aux journalistes morts pour la liberté d’expression, c’est d’utiliser cette liberté d’expression pour rappeler, par exemple, que le régime saoudien n’a pas un mort sur sa conscience mais des dizaines de milliers.

@PetitsMatinsFC

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Intervenants
  • Ecrivain, romancier
  • Professeur de science politique à l'Université Paris I et membre sénior de l'Institut universitaire de France
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