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Dave Heath, Californie, 1964

Expo : Diane Dufour "Dave Heath, Dialogues with Solitudes" / Durkheim avec Bourdieu / Vietnam : entre le Grand Frère et l'ancien ennemi, qui choisir ? / Les assistants vocaux ont des oreilles

1h
À retrouver dans l'émission

Diane Dufour parle de l'exposition "Dave Heath, Dialogues with Solitudes", et Benoît de Tréglodé de l'échiquier politique au Vîet-Nam. Les chroniques s'intéressent à Durkheim et aux assistants vocaux.

Dave Heath, Californie, 1964
Dave Heath, Californie, 1964 Crédits : © Dave Heath / Courtesy Howard Greenberg Gallery, et Stephen Bulger Gallery

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec Diane Dufour, co-directrice du BAL, à Paris, et commissaire de l'exposition "Dave Heath, Dialogues with Solitudes", jusqu'au 23 décembre 2018. Une première présentation en Europe de l'oeuvre de Dave Heath (1931-2016), photographe majeur mais peu connu parce que peu exposé, et pourtant. Avec des photographies de rues et des gros plans sur des visages qui expriment la solitude dans la société américaine des années 60, il est un témoin de son temps, et c'est une oeuvre qui réunit quelques 150 tirages d'époque mis en dialogue - sur ce thème de la solitude - avec trois chefs-d'oeuvre du cinéma indépendant américain de cette période.

Né à Philadelphie en 1931, abandonné par ses deux parents à l'âge de quatre ans, Dave Heath a passé toute son enfance entre orphelinats et familles d'accueil, autant dire, une enfance sombre, solitaire, démunie. A quinze ans, à la lecture d'un photo reportage dans "Life Magazine", il découvre sa vocation de photographe et devient totalement autodidacte.  

"Dave Heath, Dialogues with Solitudes", jusqu'au 23 décembre 2018 au BAL, à Paris.
"Dave Heath, Dialogues with Solitudes", jusqu'au 23 décembre 2018 au BAL, à Paris. Crédits : © LE BAL / Martin Argyroglo

Il était tellement en avance sur son temps, proche d'une photographie conceptuelle ou expérimentale, mais à l'époque on n'utilisait pas ces mots-là, et c'est sous le coup du hasard et de la chance qu'il va publier son grand livre, "A Dialogue with Solitude", en 1965, qui va lui permettre d'être un peu reconnu. Un historien anglais dira de lui : "Dave Heath est le chaînon manquant entre Walker Evans et Diane Arbus."

Dave Heath, Washington Square, New York, 1960
Dave Heath, Washington Square, New York, 1960 Crédits : © Dave Heath / Courtesy Howard Greenberg Gallery, et Stephen Bulger Gallery

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Le centenaire de la mort de Durkheim l’an dernier n’a pas été commémoré officiellement. Le fondateur de la sociologie française est célébré dans un ouvrage collectif qui sort aux PUF : Durkheim aujourd’hui.

Cette absence de commémoration officielle de l’un des penseurs français les plus étudiés dans le monde a de quoi surprendre. Sans doute la sociologie « holiste » avec le primat qu’elle accorde à la société sur l’individu ne correspond-elle pas vraiment à l’air du temps, voué à la célébration de la réussite individuelle du « premier de cordée »… Et c’est précisément ce que soulignent Charles-Henry Coin et Ronan Hervouet, qui ont coordonné l’ouvrage issu du colloque international organisé à l’université de Bordeaux en juin 2017. Durkheim a des réponses à apporter dans le contexte actuel, caractérisé par « la crise du lien social, la question de l’intégration des sociétés, mais aussi les incertitudes concernant la sécularisation des sociétés et la place des religions, ou encore les définitions de la démocratie et des fonctions de l’État ». La contribution de Serge Paugam revient sur la question centrale de La Division du travail social, sa thèse : « Comment se fait-il que tout en devenant plus autonome l’individu dépende davantage de la société ? »

Et comment se forment et se maintiennent des liens de solidarité voire d’attachement ? Durkheim en distinguait quatre : liens de filiation, de participation élective, de participation organique et de citoyenneté, chacun procurant « des modes spécifiques de protection et de reconnaissance ». Une typologie qui permet de comprendre les différentes modalités d’intégration à la société à travers la famille, le monde du travail, la patrie, l’humanité, et d’analyser « comment les liens sociaux sont entrecroisés de façon normative dans chaque société et comment à partir de cet entrecroisement spécifique s’élabore la régulation de la vie sociale ». L’ensemble de ces normes constitue des « morales », nécessaires au maintien des liens sociaux. 

En période de crise politique ou économique, ces liens s’affaiblissent et par ailleurs « le déchaînement des intérêts économiques » s’accompagne « d’un abaissement de la morale publique ». Les différentes configurations d’attachement peuvent à l’occasion entrer en tension, comme le rappelle Philippe Steiner sur la question de l’héritage : la solidarité familiale peut entrer en concurrence avec des formes de solidarité nationale, en particulier la protection sociale, en partie financée par la fiscalité successorale. « Durkheim appelait de ses vœux la disparition des inégalités de naissance », et la redistribution contribuait à les aplanir. La sociologie du crime est un autre aspect novateur de sa pensée : Didier Fassin revient sur l’idée que « c’est le châtiment qui détermine le crime ». Les considérations sur la sanction permettent d’analyser ce qu’il appelle « le moment punitif que traversent les sociétés contemporaines ». Et David Grusky évoque la notion de « classe sociale », une approche qui « rejoint plusieurs études de la stratification aux Etats-Unis » mais aussi les travaux de Bourdieu en France. 

La dernière livraison de la revue Zilsel– Science, Technique, Société, propose un texte inédit de Pierre Bourdieu sur la sociologie des sciences et l’histoire de la raison scientifique. « L’univers "pur" de la science la plus "pure" – écrit-il – est un champ social comme un autre, avec ses rapports de force et ses monopoles, ses luttes et ses stratégies, ses intérêts et ses profits, mais où tous ces invariants revêtent des formes spécifiques. » Comme le résument Jérôme Lamy et Arnaud Saint-Martin dans leur introduction, « l’accumulation du capital scientifique est le moteur des carrières ». Et là, « deux lignes s’affrontent : celle des dominants qui privilégient des "stratégies de succession" et celle des dominés ou des "nouveaux entrants" qui multiplient les "stratégies de subversion". Dans ces jeux d’opposition, ce qui fait enjeu n’est rien moins que la vérité scientifique. » 

La sanction est tombée dans le journal officiel des physiciens américains : « Les découvertes scientifiques ne sont pas de la matière à sensation pour les journaux et tous les moyens de communication de masse doivent pouvoir avoir accès simultanément à l’information. Dorénavant nous rejetterons donc les articles dont le contenu aura été déjà publié dans la presse quotidienne. » Or ce sont les revues scientifiques qui permettent d’accumuler du capital symbolique en termes de carrière. Les Actes de la recherche en sciences sociales, la revue fondée par Pierre Bourdieu, en est une. Sa dernière livraison est consacrée aux « champs intellectuels transnationaux ». De la mobilisation des écrivains contre le fascisme dans les années 30 au Parlement international des écrivains fondé en 1993 à la suite de l’assassinat de l’écrivain et journaliste algérien Tahar Djaout en passant par le premier congrès des écrivains et artistes noirs en 1956 ou mai 68, les auteurs donnent consistance à travers d’autres cas précis à ce « champ » d’un genre nouveau appelé à se développer.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Avec l'élection aujourd'hui du secrétaire général du PCV Nguyen Phu Trong au poste de président du pays, le Vietnam accentue sa centralisation politique. Ce resserrement intervient sur fond d'une diversification diplomatique qui met en balance les anciens parrains, Chine, USA, France...

Xavier Martinet s'entretient avec Benoît de Tréglodé, historien, directeur de recherche à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM).

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Vous ne savez pas à qui vous parlez…

A des êtres humains ou à des enceintes connectées… Et oui, il se pourrait que demain, ou dans 30 ans, nos successeurs aux matinales réveillent des enceintes connectées, ou s’adressent à l’une de leur « skills ». Les skills ce sont les équivalents des applications pour téléphone mobile, ces programmes qui dotent votre téléphone intelligent de différentes fonctionnalités — sur les assistants vocaux, on les appelle des skills. 

Alors bien sûr l’idée de posséder un assistant vocal ou une enceinte connectée ne vous traverse peut-être pas encore l’esprit mais dites-vous bien qu’il n’a pas fallu bien longtemps aux smartphones pour devenir à la surface de la planète plus nombreux que les humains. Pour le moment, les enceintes connectées n’en sont pas là – il n’en existe que 50 millions à la surface de la planète, une grande partie d’entre elles aux Etats Unis, et une écrasante majorité d’entre elles vendues par Amazon. 

Le véritable enjeu est de comprendre à quoi ces enceintes vont servir, et ce qu’elles vont changer dans notre monde… Car lorsque les téléphones intelligents sont apparus il y a une décennie, personne ne croyait en l’utilité de l’appareil photo dont ils étaient équipés, personne ne pensait que les plus jeunes allaient envoyer le moindre SMS, eux qui semblaient si fâchés avec l’écrit… 

Aujourd’hui ces usages sont d’une affligeante banalité, ils pourraient muter, car l’enjeu c’est ni plus ni moins la disparition du clavier. Combien de temps encore cette interface va-t-elle être encore nécessaire pour interagir avec la machine. Déjà, on voit avec Alexa, Siri et autres OK Google, comment chaque GAFA tente d’imposer son propre standard de reconnaissance vocale. C’est une nouvelle révolution à laquelle on assiste, probablement une manière de rendre plus naturels encore les objets technologiques comme prolongement de notre corps. Comme si le monologue intérieur suffisait à commander différentes actions, se divertir probablement, acheter à coup sûr, s’éduquer peut-être. 

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » se demandait le poète. Une âme, on ne sait pas, mais des oreilles c’est désormais certain.

@PetitsMatinsFC

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