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Bernard Lavilliers en concert au Festival des Francofolies le 10/07/2014.

Musique : Bernard Lavilliers / Japon, l’empire de la nuit / Orthodoxie : après Kiev, les églises des Balkans tentées par la dissidence ? / Qu’est-ce qu’il y avait dans la tête de François Mitterrand ?

1h
À retrouver dans l'émission

Bernard Lavilliers vous parle de son livre "Je n’ai pas une minute à perdre je vis", et Jean-Arnault Dérens des églises orthodoxes dans les Balkans. Les chroniques s'intéressent au Japon et à la bibliothèque de François Mitterrand.

Bernard Lavilliers en concert au Festival des Francofolies le 10/07/2014.
Bernard Lavilliers en concert au Festival des Francofolies le 10/07/2014. Crédits : XAVIER LEOTY - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec le chanteur compositeur Bernard Lavilliers qui réunit pour la première fois une centaine de ses chansons en un volume intitulé Je n’ai pas une minute à perdre je vis, aux éditions du Cherche-Midi.

J'ai du mal à m'arrêter, il faut que je prenne des pauses pour voyager, tourner c'est pas voyager. Pour voyager, faut pas chanter. Quand on se déplace pour chanter, même si on fait le tour du monde comme moi, on arrive la veille, on fait une petite conférence de presse, on chante le lendemain, on fait une balance à dix-huit heures c'est fini à vingt-trois heures, et on repart le lendemain. 

"Je n'ai pas une minute à perdre je vis" de Bernard Lavilliers
"Je n'ai pas une minute à perdre je vis" de Bernard Lavilliers Crédits : © Cherche-Midi

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Au pays du soleil levant, la nuit est paradoxalement une affaire éminemment sociale. (Dans le cadre de la programmation consacrée au Japon sur France Culture, cette semaine et ce weekend)

Est-ce un effet du dépaysement garanti et de l’exotisme de sa culture, le récit du séjour au Japon est en passe de devenir un genre à part entière. Une résidente de longue date, Amy Chavez, s’en agace dans The Japan Times, vu la médiocrité de la production. L’article, publié sur le site de Courrier international, s’en prend aux poncifs véhiculés par ces ouvrages superficiels, écrits le plus souvent au terme d’un séjour n’excédant pas une année. À quelques exceptions près, c’est « la culture pop, les toilettes qui chantent, les inventions folles, le niveau à leurs yeux uniformément absurde de politesse et les règles de comportement en public » qu’on retrouve d’un livre à l’autre. « Pourquoi ne pas laisser les experts s’occuper du sujet ? » demande l’auteure du « Guide d’Amy » sur le meilleur comportement à adopter au Japon, inédit en français. 

L’anthropologue Laurence Caillet a mené une grande partie de sa recherche au Japon. Elle publie à la Société d’ethnologie un ouvrage intitulé Démons et Merveilles, consacré aux nuits japonaises. « Tout nous parle de nuit car nous sommes au Japon. Que l’on consulte les astrologues ; que l’on s’endorme dans le métro ; que s’entrouvre la terre qui laisse passer démons, esprits en colère ou fantômes délicieux ; que s’allument les lanternes ou que brillent les lucioles, les frontières entre la nuit et le jour s’estompent et le monde des morts n’est séparé de celui des vivants que par un seul pont. » 

La nuit est le domaine d’origine de « principes de vie collective », notamment les « règles d’apprentissage d’un sommeil extrêmement socialisé ». La société japonaise est « une société à maisons ». Lévi-Strauss définissait ainsi cette structure de base, la maison : « une personne morale, détentrice d’un domaine composé à la fois de biens matériels et immatériels, qui se perpétue par la transmission de son nom, de sa fortune et de ses titres en ligne réelle ou fictive, tenue pour légitime à la seule condition qu’elle puisse s’exprimer dans le langage de la parenté ou de l’alliance, et le plus souvent des deux ensemble ». Au Japon il est fréquent que trois générations cohabitent dans la même maison, ce qui fait de la nuit un espace partagé, notamment par les parents et les enfants. « Le sommeil solitaire est associé à la tristesse », ajoute Laurence Caillet, qui évoque les études des hygiénistes de la fin du XIXème siècle pour encadrer les pratiques du sommeil. La sieste sur le ventre est préconisée pour éviter les abus au travail, ainsi que les sommes dans les transports en commun. Ruth Benedict raconte même dans Le chrysanthème et le sabre qu’elle a vu des hommes dormir en marchant ! Les micro-siestes sont parées de toutes les vertus : elles « rendraient plus intelligent et innovant », et l’adoption de la polyphasie renverrait à « un mode de sommeil antérieur à la colonisation du sommeil par la nuit, fruit de la modernité venue d’Occident ». Dans des conditions d’intimité réduite, « la vie sexuelle est à la fois libre et compliquée ». Attendre que les enfants soient endormis, et faire l’acquisition d’un « French bed » pour accueillir les ébats, de préférence au rigide futon. « La France étant connue au Japon comme le lieu par excellence des relations amoureuses », une literie d’un type nouveau s’est vue estampillée furansu… Et pour les hommes seuls, le quartier des plaisirs est ouvert H24. Laurence Caillet revient sur l’histoire du Yoshiwara, où se retrouvaient notamment les célibataires de l’exode rural. Là, l’origine sociale était effacée et « un roturier suffisamment argenté était traité à l’égal d’un samouraï ». Aujourd’hui, le quartier ressemble à d’autres faubourgs du Tokyo moderne, si ce n’est la permanence de lieux dévolus au plaisir. Et comme autrefois, d’opiniâtres défenseurs du asane, le somme du matin, opposent une résistance passive mais constante aux injonctions du new management. Les partisans de l’inemuri, l’art de dormir en étant présent, revendiquent désormais le droit de surseoir à l’obligation de « se lever avant l’heure du tigre, identifiable aux couleurs du ciel bleues et rouges », en traînant tout ou partie de la nuit dans ces temples de la consommation que sont les immenses malls construits en sous-sol, ou les kombinis qui ouvrent 24h sur 24 à la campagne comme en ville, mettant en scène « une sorte de jour dans la nuit ». 

Autre lieu fréquenté la nuit, autre genre de délices : le gigantesque marché aux poissons de Tsukiji, qui a fermé ses portes ce mois-ci pour déménager dans un site flambant neuf de la baie de Tokyo. C’est toute une époque qui tourne la page. Comme le souligne dans LeMonde.fr le géographe Gilles Fumey : « Toute la passion et la fascination japonaises pour la mer se concentrent à Tsukiji ». Co-auteur avec Joji Nozawa et Frédéric Georgens, de Tsukiji, le marché aux poissons de Tokyo, publié aux éditions Akinomé (2016), il rappelle que, chaque jour, près de 2 000 tonnes de produits de la mer et 450 variétés de poissons s’y échangent. « Tokyo est une mégalopole très singulière, en ce qu’elle n’a pas de monuments à visiter, hormis les temples. Tsukiji est finalement l’un des seuls monuments de la ville, un haut lieu touristique au Japon. » L’activité de prédilection des visiteurs : les ventes aux enchères de thon, qui démarrent à 5 h 30. Il faut arriver vers 2 heures du matin pour faire partie des cent vingt personnes autorisées quotidiennement. Alors, comme le raconte Camille Labro, on peut assister « à des scènes dignes du théâtre kabuki, ce que Rostropovitch appelait « l’opéra japonais », où les vendeurs énoncent les enchères en un chant envoûtant. Un millier de thons, frais et congelés, sont ainsi négociés tous les matins, pour plusieurs dizaines de milliers d’euros la pièce ». Tranchée avec des sabres de samouraï et une précision d’orfèvre, leur chair rouge vif va rejoindre les crevettes arc-en-ciel, anguilles, fugus (le fameux « poisson poison »), piles de langues d’oursin, coquillages, crabes poilus ou huîtres géantes… Et avant la fermeture définitive du site, une dernière fois les acheteurs en bottes de caoutchouc « tâtaient des morceaux de chair, inspectaient à la lampe de poche les entrailles des mastodontes de la mer et échangeaient avec leurs concurrents des avis de connaisseurs. Ces enchères du thon sont devenues célèbres non seulement pour leurs rituels spectaculaires mais parce que la prestigieuse vente du Nouvel An fait monter les prix à des niveaux extravagants. »

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Le Patriarche de Moscou Kirill est aujourd'hui en Moldavie, pour empêcher de nouvelles divisions entre églises Orthodoxes. Deux semaines après la rupture avec Kiev, plusieurs patriarcats pourraient revendiquer leur émancipation. La mèche court en Europe, de Chisinau jusque aux Balkans…

Xavier Martinet s'entretient avec Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du Courrier des Balkans.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Qu’est-ce qu’il y avait dans la tête de François Mitterrand ?

Dans sa tête, on ne sait pas, mais dans sa bibliothèque on peut désormais le savoir. La bibliothèque de François Mitterrand, voilà un testament bien encombrant. 

Parce que si l’on y trouve beaucoup de livres Justes, à l’instar des Justes de Camus, accompagné d’un envoi à notre ancien président, on y trouve aussi un enfer, autrement dit de belles rangées d’écrivains collabos, qui ne constituent pas les lectures classiques ou traditionnelles d’un responsable socialiste.

Alors, la vente de ces livres aura lieu les 29 et 30 octobre prochain, et l’on verra ce qu’il va advenir de ces écrivains aux choix pétainistes, fascistes ou bien carrément nazis que Mitterrand collectionnait avec componction. 

Car Paris Match a beau expliquer aujourd’hui que l’on trouve, dans cette bibliothèque, trace du combat de François Mitterrand dans la résistance, Paris Match oublie quelques volumes qui prennent beaucoup de volume. Il y a bien sûr du Drieu la Rochelle, tous les hommes de sa génération en avaient. Il y a aussi du Chardonne, probablement tout Chardonne si j’en crois le catalogue de la vente, ça n’est pas une surprise, c’était son mauvais gout à lui. 

Mais il y a aussi et surtout deux poèmes autographes de Philippe Henriot, un nom qui ne dit plus rien aux moins de 20 ans, mais qui parlait beaucoup aux hommes de la génération de Mitterrand. Juste pour vous situer les choses, Henriot fut l’une des voix de Radio Vichy, des résistants le tuèrent le 28 juin 1944 au ministère de l’information qui se situait alors Rue de Solferino, c’est étrange quand même la vie... C’est pour venger la mort d’Henriot que Georges Mandel fut assassiné, voilà pourquoi c’est étrange de savoir que Mitterrand avait des poèmes d’Henriot dans sa bibliothèque. 

Alors voilà, on peut très bien comprendre qu’on lise, qu’on lise tout, et il est certain que le destin du monde eut été autre si les hommes de bonne volonté avaient lu Mein Kampf en 1933, s’ils en avaient eu un exemplaire annoté dans leur bibliothèque.

Mais pourquoi détenir des poèmes d’Henriot ? Et pourquoi pas des aquarelles de Pinochet, ou des collages de Steve Bannon pour prendre une référence actuelle ?… Ah oui, peut-être parce qu’avoir un poème d’Henriot dans sa bibliothèque cela permet d’avoir « les mains sales » et « la nausée ».

@PetitsMatinsFC

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