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Personnage Astro Boy lors de l'exposition consacrée à Osamu Tezuka à Melbourne en Australie, en 2006.

BD : week-end "Spécial Japon" Stéphane Beaujean - Patrick Honnoré / Que reste-t-il du progrès ? / Caravanes migratoires : quel est l'objectif ? / Un nouveau texte de Houellebecq…

1h
À retrouver dans l'émission

Stéphane Beaujean et Patrick Honnoré vous parlent de BD japonaise et d'Osamu Tezuka, père d'Astro Boy, et Hélène Roux de la "caravane des migrants" en route vers les USA. Les chroniques s'intéressent au progrès et à Michel Houellebecq.

Personnage Astro Boy lors de l'exposition consacrée à Osamu Tezuka à Melbourne en Australie, en 2006.
Personnage Astro Boy lors de l'exposition consacrée à Osamu Tezuka à Melbourne en Australie, en 2006. Crédits : WILLIAM WEST - AFP

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Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Dans le cadre du week-end "Spécial Japon", Tewfik Hakem s'entretient autour de la BD japonaise, d'Osamu Tezuka aux nouveaux mangaka, avec Stéphane Beaujean, directeur artistique du Festival d'Angoulême, et Patrick Honnoré, traducteur du livre" Les leçons particulières d'Osamu Tezuka", manuel du savoir dessiner un manga, écrit par le célèbre mangaka lui-même, en 1977. 

C'est un lieu commun que de dire de Tezuka que c'est le dieu du manga et en même temps, ça lui colle assez bien. Il a développé le manga sous sa forme papier, bande dessinée, et aussi sous celle de film d'animation. Quand il a commencé à faire de la bande dessinée sur papier c'est parce qu'il n'avait pas les moyens de faire de l'animation, mais son rêve a toujours été d'être le Walt Disney japonais.  Patrick Honnoré

Les leçons particulières d'Osamu Tezuka - Traduction Patrick Honnoré
Les leçons particulières d'Osamu Tezuka - Traduction Patrick Honnoré Crédits : © Osamu Tezuka © Editions Picquier

La grande révolution c'est le passage du théâtre - les cases en petit théâtre plus ou moins statique - à un langage plus ou moins cinématographique. Le Japon est un des rares pays où encore aujourd'hui, dans la pyramide des industries culturelles, le papier est au-dessus du film. Le cinéma d'animation au Japon c'est une réaction des deuxièmes générations de fils de réalisateurs qui ne sont jamais arrivés et se sont emparés de ce medium, l'animation, pour faire un cinéma propre au Japon. De la même manière que Tezuka rêvait d'être Walt Disney et qu'il a été Osamu Tezuka, c'est-à-dire, un dessinateur de manga.  Stéphane Beaujean

Les leçons particulières d'Osamu Tezuka - Traduction Patrick Honnoré
Les leçons particulières d'Osamu Tezuka - Traduction Patrick Honnoré Crédits : © Osamu Tezuka © Editions Picquier

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Le mythe du progrès a du plomb dans l’aile, ce n’est pas nouveau. Pourtant, il continue de susciter les débats et d’inspirer des utopies.

Tout semblait avoir été dit depuis le grand livre de Theodor Adorno et Max Horkheimer, La Dialectique de la Raison, écrit dans le fracas de la Seconde Guerre mondiale. L’ouvrage, dont le titre allemand est Dialektik der Aufklärung, c’est-à-dire la dialectique des Lumières, analysait sous tous ses aspects – social et politique, économique, culturel – la dégradation et le basculement de l’idée d’une totalité rationnelle dans la raison totalitaire. « Au XXe siècle le progrès scientifique et technique était suffisamment avancé pour qu'un monde sans famine, sans guerre et sans oppression cessât d'appartenir au domaine de l'utopie. Il n'en fut rien parce que les grandes innovations de l'ère moderne ont été payées d'un déclin croissant de la conscience théorique.  »

Aujourd’hui, cette question cruciale peut prendre les allures mondaines d’un débat entre progressistes et déclinistes, mais au fond c’est toujours cette lancinante contradiction qui revient, jusque dans l’abime de perplexité ouvert par la crise écologique. Dans Le Figaro, en pages Champs libres, on peut suivre le vigoureux débat qui oppose Patrick Buisson à Pierre-Antoine Delhommais dans le rôle du progressiste qui vient de publier avec Marion Cocquet Au bon vieux temps (Éditions de l’Observatoire), « un essai contre le déclinisme, qui passe en revue tous les progrès que l’humanité a connus depuis plusieurs siècles, de l’élimination de la variole à la réduction de la mortalité infantile et de l’hygiène à l’alphabétisation ». Patrick Buisson lui reproche d’embarquer ses lecteurs « dans un train fantôme pour visiter une sorte de musée des horreurs désigné sous le nom de "passé"  ». Et de ne s’arrêter qu’aux stations de son choix. De consacrer par exemple « deux chapitres à la rude vie des mousses parmi les terre-neuvas et à l’exploitation des bonnes à tout faire par la bourgeoisie triomphante au XIXe siècle. Mais seulement quelques lignes à l’asservissement du prolétariat par cette même bourgeoisie, encore moins au travail nocturne des femmes ou à celui des enfants de huit ans dans les mines ». Ce qui est en cause, au-delà des oppositions de perspective, c’est cette « théodicée du progrès » érigée en « religion séculière ». 

Aujourd’hui, souligne Frédéric Worms dans les pages idées de Libération, nous devons à cet égard à la fois en rabattre et recharger la barque. En rabattre, pour se contenter d’endiguer la régression, lorsque le principal candidat à la présidentielle du « pays qui comprend l’un des plus importants poumons de la planète, l’Amazonie » menace en mimant un revolver avec sa main les femmes, les homosexuels ou les écologistes. Mais aussi élargir la focale et penser les conditions d’un « progrès global ». À la convergence critique de la croissance et de la décroissance, dans l’économie de l’écologie. Au-delà de la partition reprochée à la gauche entre progrès social et sociétal, dans la synthèse dynamique de la lutte contre les discriminations sexuelles ou raciales et du combat contre les inégalités. Car « les progressismes traditionnels sont pris au piège lorsqu’ils restent partiels, au lieu d’avancer dans toutes les directions de la vie humaine à la fois ». Dans L’Humanité, Rutger Bregman va même plus loin, nous devons tendre l’oreille aux opinions que nous rejetons : nationalisme, libéralisme, pour comprendre l’impact qu’elles peuvent avoir sur les gens. Le titre du grand entretien publié par le quotidien : « Il faut un contrat social pour que chacun puisse bénéficier des fruits du progrès ». On connaît les solutions préconisées par l’auteur des Utopies réalistes (Seuil) : un revenu de base universel ou la réduction du temps de travail, alors « que plus d’un tiers des salariés pensent que leur travail est inutile ». Aujourd’hui c’est sans doute là une nouvelle figure du progrès : que chacun trouve les « moyens décents et la liberté de décider pour lui-même de ce qu’il veut faire dans sa vie ». Alors que la technologie nous en donne le pouvoir, « c’est idéologiquement que nous n’en sommes pas capables et que nous n’y sommes pas prêts ». Dans Les Echos, Eric Le Boucher estime qu’on n’a retenu du dernier rapport du GIEC qu’une vision catastrophiste, alors qu’il contient des pistes faciles à suivre pour inverser le cours du réchauffement climatique. À commencer par la captation et le stockage du carbone : les progrès à réaliser dans ce domaine supposent des investissements conséquents en recherche et développement mais l’objectif de diminuer de moitié les émissions de CO2 serait à portée. Autre objectif : miser sur l’électricité ou encore l’hydrogène. Mais au-delà des innovations techniques, le rapport suggère de ne pas segmenter les efforts ni agrandir la fracture entre pays riches et pauvres, les plus vulnérables aux effets du réchauffement, en opposant les objectifs, notamment ceux de la lutte contre la faim et pour l’accès à l’eau dans des régions dépendantes des énergies fossiles. De manière à réaliser cet objectif final d’un « progrès global ».

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Donald Trump, en pleine campagne électorale pour les «Midterms», considère l'arrivée de cette «caravane» de migrants comme une «urgence nationale» : "Nous ne les autorisons pas à venir dans notre pays. Nous voulons la sécurité, nous voulons la sécurité..." répète-t-il...

Xavier Martinet s'entretient avec Hélène Roux, journaliste indépendante, spécialiste de l'Amérique Centrale.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Un nouveau texte de Houellebecq…

Oui, et chaque nouveau texte de Houellebecq est un évènement, le dernier souvenez-vous c’était juste avant le 6 janvier 2015, juste avant l’attentat contre Charlie et de l’hyper casher. L’avant dernier texte de Houellebecq, c’est la scène décrite par Philippe Lançon dans son livre Le Lambeau, l’ultime engueulade à Charlie Hebdo, ultime avec Maris, Cabu, Wolinsky et tous les autres, avant leur assassinat. 

Et en lisant ce nouveau texte, je me dis que les textes de Houellebecq sont destinés à s’engueuler, ce sont de véritables trolls littéraires. Tout dans ces quelques pages devrait vous permettre de hausser la voix entre amis. Il s’agit d’un texte court, une conférence, publiée dans Valeurs Actuelles et donnée à la société Oswald Spengler, déjà tout un programme — Spengler, c’est l’un des théoriciens, peut-être le théoricien de la décadence de l’occident dans les années 1930. 

Dans le texte de Houellebecq vous trouverez tous les spectres qui hantent notre société, chaque ligne convoque nos lignes de fracture, on y trouve pêle-mêle un éloge d’Éric Zemmour, quelqu’un, je cite Houellebecq, qui a « réellement produit des essais historiques de grande ampleur », Éric Zemmour loué mais aussi critiqué car, dit Houellebecq, il a écrit un suicide français alors qu’en réalité c’est un assassinat. Qui est coupable de cet assassinat se demande Houellebecq ? L’union européenne, car, je cite toujours, le monde occidental pris dans son ensemble se suicide. 

Mais attendez, il n’y a pas que Zemmour, dans ce texte, on y trouve aussi une attaque contre Marx et les marxistes, indigents nous dit Houellebecq, et puis enfin une longue digression sur le darwinisme, autour de la lutte pour la vie, entre troupeaux qui se combattent pour le contrôle de territoires. 

Autant le dire, Houellebecq convoque sur quelques pages à peu près tout ce qui nous obsède : la sexualité, l’islam, la condition animale, la technique, la médiocrité du pape actuel, dit-il.

Rien n’est démontré dans ce texte, tout est asséné, mais tout y est. Et c’est peut-être cela le talent de Houellebecq, savoir ce qui nous fait mal, enfoncer sa plume dans nos plaies. Certains écrivains écrivent pour nous rassembler, je pense à Camus, d’autres pour nous diviser, c’est le cas de Houellebecq. 

@PetitsMatinsFC

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