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Le grand Bal de Laetitia Carton

Ciné : Laetitia Carton - Fred Rister / La "servitude volontaire" de la dette / Algérie: quel pluralisme démocratique ? / La fatigue d'Emmanuel Macron

59 min
À retrouver dans l'émission

Laetitia Carton vous parle de son documentaire "Le grand Bal", Fred Riste de son récit "Faire danser les gens", et Kader Abderrahim de la politique en Algérie. Les chroniques s'intéressent à la dette et à la fatigue.

Le grand Bal de Laetitia Carton
Le grand Bal de Laetitia Carton Crédits : © Pyramide Distribution

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec la réalisatrice Laetitia Carton pour la sortie de son documentaire Le grand Bal, et Fred Rister, DJ, producteur de musique et auteur d'un récit, Faire danser les gens, publié aux éditions Séguier. Laetitia Carton est allée filmer des gens qui, chaque année, viennent danser dans un bal des danses traditionnelles qu'on croyait perdues. Ces bals réunissent jusqu'à 2000 personnes venues de toute l'Europe pour danser pendant 7 jours et nuits dans le bocage bourbonnais, dans l'Allier. Fred Rister, quant à lui, fait danser sur de l'électro : plaisir à faire danser, plaisir à regarder danser, plaisir à danser: c'est une émission à écouter en dansant !

Il y a quelque chose de l'ordre de la réappropriation d'une culture populaire. Quand je danse ces danses-là, je sais que mes parents ne les ont pas dansées, mais ma grand-mère oui, mes grand-parents, mes arrières-grand-parents ... Je me sens traversée par un souffle, comme ça, qui vient du passé, mais en même temps qui est porté vers l'avenir, parce que c'est très jeune, très groovy, très moderne, tout sauf ringard.   Laetitia Carton

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Le grand Bal de Laetitia Carton
Le grand Bal de Laetitia Carton Crédits : © Pyramide Distribution

J'ai attrapé le virus de la musique très tôt, quand je devais avoir 7 ou 8 ans, ça m'est venu par hasard en marchant sur la plage de Malo-les-Bains avec mes parents. Complètement par hasard j'ai entendu une chanson sortir d'un café, c'était "A whiter shade of pale" de Procol Harum et dès que j'ai entendu cette chanson il s'est passé quelque chose d'inhabituel pour un enfant de mon âge - ça m'a mis du temps pour comprendre ça - j'avais les yeux plein de larmes, cette chanson m'a transpercé. Fred Rister

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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Les chiffres de la croissance publiés par l’Insee sont l’occasion d’une réflexion élargie sur le dénommé « poids de la dette ».

« Dette publique : pas de panique ! » C’est le titre de l’article de Christian Chavagneux dans le mensuel Alternatives Economiques. « La dette française frôle les 100% du PIB. Et alors ? Ce n’est pas elle qui devrait nous inquiéter le plus. » D’abord parce que la situation de la dette doit s’apprécier au cas par cas : « Avec une dette publique de l’ordre de 55% du PIB, l’Argentine est en pleine crise tandis que le Japon vit sans souci avec ses 235% . »

Ensuite parce c’est en partie la dérégulation libérale des dernières décennies et la financiarisation de l’économie qui, à la fois expliquent cette croissance de la dette et justifient les mesures coercitives pour la réduire, notamment en taillant dans les budgets sociaux. La boucle est bouclée : c’est machiavélique mais ça marche ! Christian Chavagneux ajoute les baisses d’impôts pour les tranches supérieures et les sociétés, une tendance constante depuis des décennies : en 2010, un rapport de l’INSEE montrait qu’ « en l’absence de baisses de prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible ». La montée des inégalités favorise ceux dont les moyens accumulés sont davantage portés sur l’épargne que la consommation. Et « avec le capitalisme actionnarial, les profits se transforment plus en dividendes qu’en investissements ». Conclusion : « ceux qui expliquent la montée de la dette par une explosion des dépenses se trompent. » Car si l’on exclut du déficit budgétaire les investissements publics – essentiels pour l’économie et la croissance – on tombe à un chiffre de 1,1% du PIB en 2018 ! 

C’est la définition et le contour même de la dette qu’il faut examiner de près, selon Jacques Rigaudiat, dans un ouvrage paru aux Éditions du Croquant sous le titre La dette, arme de dissuasion sociale massive. À commencer par la notion de « dette brute », qui récapitule « l’ensemble du passif de nos institutions sans en déduire aucune des créances » : leurs ressources ou leurs actifs. « C’est tellement vrai que chaque trimestre l’Insee, qui a sans doute quelque remords à ne publier qu’une statistique aussi fruste aux yeux de ses propres experts, publie simultanément les chiffres de la dette brute (maastrichtienne) et ce que les comptables nationaux appellent la dette nette. » Et c’est justement le mode de calcul habituel de la dette que récuse l’économiste, ex-conseiller social de Rocard et Jospin. En rappelant l’histoire et le détail des fameux « critères de Maastricht » : déficit public inférieur à 3% du PIB, et une dette ne dépassant pas 60% du PIB, avec une appréciation possible « en tendance ». Dans l’angle mort : la financiarisation. Car ce qui importe désormais, ce n’est pas tant la taille de la dette, mais qu’elle se risque « au péril des marchés ». L’interdiction faite aux banques centrales de financer les États contrevient à leur tendance naturelle à intervenir dans la vie économique en prêtant aux banques, qui éventuellement prêtent aux États comme elles le font avec les entreprises. « Avec de telles dispositions, le sort de la Grèce aurait été complètement changé. » Pour mémoire : « La purge austéritaire subie par la Grèce a entraîné une chute de 30% du PIB entre 2008 et 2017. Aussi l’endettement de ce pays qui était de 103% du PIB en 2007 est passé à 180% en 2016. »

Bel effet paradoxal de l’intervention de la troïka – BCE, Union européenne et FMI. Derrière l’inefficacité des mesures imposées aux populations pour « sortir de la crise » et l’injonction à résorber les déficits publics se cache peut-être un projet : que l’État se désengage des politiques sociales. « La dette de la sécurité sociale sera bientôt remboursée et les taux d’intérêts actuels sont l’occasion pour l’État de mettre plusieurs milliards de côté. La dette n’est donc pas ce que l’on en dit. Elle sert d’arme de dissuasion sociale massive » conclut Jacques Rigaudiat. 

Dans Le Monde diplomatique Renaud Lambert et Sylvain Leder imaginent le scénario d’une rupture avec le pouvoir des marchés, une disruption dirait-on aujourd’hui… « Relance de l’économie réelle, transformation de la démocratie sociale, intégration des questions environnementales, réforme des institutions… » Aucun des dispositifs présentés dans l’article ne constitue une innovation, ils empruntent tous à des mesures déjà réalisées ou à des économistes les dispositions offensives pour se libérer de l’emprise des marchés. Face à la fuite des capitaux dans la perspective d’une ressaisie de la souveraineté économique : « un dépôt de garantie (de l’ordre d’un tiers) qui n’est restitué que sous certaines conditions : un temps minimum de présence sur le territoire », de manière à limiter « les activités spéculatives sans entraver les investissements productifs, les exportations ou les importations ». Contingenter les retraits d’espèces aux guichets pour les limiter aux besoins du quotidien et éviter l’évasion fiscale. Annoncer un moratoire sur le paiement de la dette pour imposer les conditions de son remboursement… Les solutions existent.  « La question que pose le projet d’émancipation par rapport aux marchés n’est donc pas technique, mais politique. »

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

La nouvelle a été annoncée dimanche : le président Abdelaziz Bouteflika briguerait un cinquième mandat en avril prochain. En pariant de nouveau sur son champion malade, le FLN prend les devants sur d'éventuels concurrents ; et ferme la porte au pluralisme démocratique ?

Xavier Martinet s'entretient avec Kader Abderrahim, maître de conférence à Sciences Po, spécialiste du Maghreb et de l’islamisme, également membre du Global Finder Experts des Nations Unies.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Emmanuel Macron est fatigué…

Tant mieux, cela prouve qu’il est humain. Parce qu’en ville, tout le monde est fatigué, vous, moi, vous qui nous écoutez et avez envie de vous rendormir, parce qu’il est bien trop tôt pour se lever, vous feriez mieux de rêver, de rêver encore, d’arracher une parcelle de vie sur l’oreiller en vous rendormant. 

Depuis le déplacement du conseil des ministres au mardi les spéculations sur la fatigue présidentielle, vont bon train, comme le dit la formule journalistique usée, comme d’ailleurs un président usé, même si l’on ne peut pas le dire fatigué vieilli usé, comme Jospin le disait de Chirac… 

Emmanuel Macron ressentirait la fatigue après nous avoir expliqué qu’il dormait 4 heures par nuit, alors qu’ici, entre gens de la nuit, on sait ce que cela veut dire dormir 4 heures par nuit… 

Alors, si la fatigue d’Emmanuel Macron surprend, c’est que l’anthropologie macronienne ne connait que les héros, et ces héros ne sont jamais fatigués, parce que, comme le formule le philosophe Jacques Rancière, c’est tant pis pour ceux qui sont fatigués… Ne faisons pas l’erreur de croire que la fatigue est physiologique, la fatigue est politique, et pas seulement celle d’Emmanuel macron, car, comme l’explique l’essayiste Jonathan Crary, le capitalisme a décidé d’avoir la peau de l’oreiller, d’en finir avec la nuit, ou plus exactement avec la scission entre le jour et la nuit. 

A l’avenir il n’y aura plus de barrière entre le jour et la nuit, il n’y aura qu’une vie perpétuelle, 24h sur 24, 7 jours sur 7. Et pourquoi fermerait-on boutique ? L’extension du jour signifie l’extension du capital. A en croire Crary, « Dégager du temps de repos et de régénération humaine coûte à présent tout simplement trop cher pour être encore structurellement possible au sein du capitalisme contemporain ». 

Voilà pourquoi de nombreux maux contemporains, du burn-out à l’épuisement, sont des variations autour du manque de sommeil. Peut-être pourrait-on se contenter de retrouver le repos, et trouvera-t-on d’ailleurs un jour le nombre d’erreur et de catastrophes provoquées par le manque de sommeil. Allons tous dormir avant qu’il ne soit trop tôt, dormir pour ne pas devenir des somnambules. 

@PetitsMatinsFC

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