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Exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur" à l'Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence.

Expo : Chagall / Le fantôme de la vérité / Cuba / Bienvenue dans l’ère des révoltes thymotiques

59 min
À retrouver dans l'émission

Ambre Gauthier et Meret Meyer vous parlent de l'exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur", et Jean-Jacques Kourliandsky de la reconfiguration des liens diplomatiques cubains. Les chroniques s'intéressent à la vérité et au thymos.

Exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur" à l'Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence.
Exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur" à l'Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence. Crédits : © Culturespaces / S. Lloyd

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

L'Hôtel de Caumont, joyau du XVIIIe siècle et l'un des plus beaux hôtels particuliers d'Aix-en-Provence, rend hommage à l'oeuvre de Marc Chagall, abritant actuellement l'exposition Chagall, du noir et blanc à la couleur, jusqu'au 24 mars prochain. Dessins, lavis, gouaches, peintures, sculptures, collages, céramiques s'y côtoient qui donnent à voir des œuvres de la seconde partie de la vie artistique du peintre après son retour des Etats-Unis en France, après la Seconde Guerre mondiale, jusqu'à sa mort en 1985.

Tewfik Hakem s'entretient avec les deux commissaires, Ambre Gauthier, historienne de l'art et spécialiste de l'oeuvre de Chagall, et Meret Meyer, éditrice de livres d'art, co-commissaire d'expositions monographiques consacrées au peintre et petite-fille de Marc Chagall.

Nous souhaitions retracer la réflexion, l'interrogation qu'avait Marc Chagall en revenant de l'exil en 1947, tout imprégné qu'il était de l'architecture urbaine de New York, des mouvements artistiques qu'il avait rencontrés en Amérique et qui lui avaient permis de découvrir un espace différent de celui qu'il avait habité auparavant ; pourtant, il rentre en France et il se repose de nouvelles questions,  autant face au mouvement contemporain artistique que par rapport à la figuration, au noir et blanc... Et il repart du point zéro.   Meret Meyer

Exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur" à l'Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence.
Exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur" à l'Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence. Crédits : © Culturespaces / S. Lloyd

C'est un parcours qui commence en noir et blanc et qui, petit à petit, intègre la couleur, au fil des œuvres. Le principe-clé de cette exposition est de faire dialoguer toutes les techniques - œuvres sur papier, huiles sur toiles, céramiques, sculptures - avec cette interrogation du noir et blanc, et finalement d'essayer de comprendre comment Marc Chagall se sert du noir et blanc pour approfondir son questionnement de la couleur.    Ambre Gauthier

Exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur" à l'Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence.
Exposition "Chagall, du noir et blanc à la couleur" à l'Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence. Crédits : © Culturespaces / S. Lloyd

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Faits alternatifs, régime de la post-vérité, production de l’ignorance suscitent de nombreuses études. Mais est-ce l’indice d’une prolifération du phénomène ou d’un souci croissant d’en dénoncer les dérives et la menace ?

La plupart des analyses adoptent en effet une démarche généalogique, qui vise à situer notre actualité dans la continuité de l’histoire : fausses nouvelles, rumeurs, canulars, distorsion des faits ont toujours existé, même si internet et les réseaux sociaux leur ont offert une formidable caisse de résonance. Reste que le discrédit porté sur la vérité comme horizon commun, et base minimale de toute « éthique de la discussion », est sans doute plus difficile à admettre à notre époque ultra informée où chacun dispose des moyens de vérifier, recouper, identifier les sources d’une information. 

Dans Le Monde Samuel Laurent rend compte de deux livres qui pointent l’avènement d’une « société de la défiance » : Post-vérité. Guide de survie à l’ère des fake news (Plein Jour) de Matthew d’Ancona, éditorialiste au Guardian, et Obsession. Dans les coulisses du récit complotiste (Inculte) de Marie Peltier, historienne et chercheuse belge. Le premier évoque justement la « surinformation qui entraîne, à la fois, une confusion entre information et divertissement, mais aussi une faible propension à vérifier ce torrent de données qui se déverse de nos smartphones ». Marie Peltier analyse quant à elle « les nouveaux ressorts de l’ère de la défiance, de la rhétorique « antisystème » à l’identitarisme ; et la manière dont ils structurent le débat public ». Notamment sur des sujets comme l’islam, la laïcité ou le sionisme, là où « l’extrême polarisation du débat en vient à le rendre stérile par un "récit préfabriqué" dont les étapes, voire les acteurs et leurs postures, sont déjà connues à l’avance. Lorsqu’elles ne sont pas directement assignées d’office en fonction de la situation du locuteur. » Ce qui a pour effet d’annuler toute forme de discussion argumentée au profit de la seule disqualification de l’interlocuteur. 

Le mensuel Books consacre un dossier à l’emprise des croyances. Robert Darnton fait la critique de trois ouvrages récents, inédits en français, qui adoptent également une perspective historique et culturelle pour analyser l’époque des fake news aux Etats-Unis, soit par le fanatisme religieux depuis les Pères pèlerins, soit par « le racisme foncier de la culture populaire américaine ». Le spécialiste de l’histoire sociale et culturelle de la France des Lumières évoque notamment le livre de Lee McIntyre, chercheur au Centre de philosophie et d’histoire des sciences à l’université de Boston, intitulé Post-vérité. Par là, son auteur désigne « la conviction qu’une idée est vraie en dépit de l’évidence du contraire fourni par des faits vérifiables et le témoignage d’experts qui ont étudié le sujet ». Abordant ce thème sous l’angle de l’histoire des sciences – ou, plutôt, du « déni de science » orchestré de longue date par les cigarettiers ou les industriels de l’amiante, par exemple – le chercheur insiste sur le rôle des réseaux ­sociaux. « 44 % de la population adulte s’informe sur Facebook (62 % sur les ­réseaux sociaux en général) » avec « des algorithmes qui nous alimentent en informations susceptibles de nous intéresser. Résultat, nous vivons de plus en plus dans des « silos d’information », avec des nouvelles provenant « de circuits personnalisés qui connectent des « amis » et des consommateurs de même profil. » Cessant « d’être expo­sés aux faits qui ne cadrent pas avec nos idées préconçues, nous devenons une proie facile pour les hackers qui utilisent des pièges à clics pour nous faire ingurgiter des informations favorisant tel ou tel candidat ou intérêt économique ». 

Sur le site d’information et d’analyse critique AOC, Christian Salmon met en perspective la pratique devenue hégémonique du storytelling, une notion qu’il a introduite en France, avec le discrédit de la parole publique qui est à l’origine de l’ère du soupçon. L’art du récit, ou de la fable qu’on raconte à la foule sentimentale, « est devenu en une décennie la clef des discours politiques, un cliché du décryptage médiatique, le nouveau credo du marketing, une boussole pour naviguer sur les réseaux sociaux… » Le néo-management a érigé le storytelling en méthode de communication pour « faire accepter à un collectif de travail un changement important, y compris son propre licenciement ». Aujourd’hui, l’accélération et la volatilité des échanges sur les réseaux sociaux, « la multiplication des guérillas narratives à tout propos » créent les conditions et l’environnement nécessaire d’une « agonistique fondée sur la provocation, la transgression, la surenchère, bref une culture du clash qui consiste à asseoir la crédibilité de son discours sur le discrédit du « système », à spéculer à la baisse sur le discrédit général et à en aggraver les effets ». Dans Les Origines du totalitarisme Hannah Arendt avait déjà décrit le phénomène : « Le sujet idéal de la domination totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais les gens pour qui la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus. »

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Avec la visite du premier ministre socialiste Pedro Sanchez, Cuba trouve un nouveau relais auprès de l'UE. Le régime communiste renforce aussi un partenariat économique majeur à un moment où ses alliances latino-américaines s'affaiblissent.

Xavier Martinet s'entretient avec Jean-Jacques Kourliandsky, 

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Bienvenue dans l’ère des révoltes thymotiques…

Oui, alors, évidemment, il va falloir définir ce qu’est le thymos et les révoltes thymotiques. Mais avant cela, je voulais souligner une erreur. Cette erreur consiste à distinguer deux protestations qui ont eu lieu ce weekend : la manifestation des femmes sous le #noustoutes pour protester contre les violences et les discriminations perpétrées contre les femmes, d’une part, et d’autre part la colère des « gilets jaunes ». 

Alors, beaucoup a été fait pour distinguer ces deux protestations, et l’on a eu tort — je ne parle pas du déroulement des manifestations, bien sûr, mais de leur sens général. Car au fond, qu’est ce qui est demandé au travers du #noustoutes ? Une demande d’égalité et de dignité ; l’idée selon laquelle la différence des sexes ne peut pas, ne peut plus, justifier une quelconque différence de traitement. 

Et c’est très précisément ce que le politiste Francis Fukuyama appelle une révolte thymotique — le thymos étant chez les grecs la glande de l’amour propre. Si une telle glande n’existe pas pour les modernes, le sentiment en revanche est l’un des sentiments les plus puissants qui soit — car toute une série de colères contemporaines, des printemps arabes au mouvement #meetoo, sont liées à cette glande, au thymos, ce sont des appels à la dignité, des demandes pour être à la fois reconnus et mis sur un pied d’égalité par rapport aux autres.

De la même façon, la revendication originelle des « gilets jaunes » relève du thymos, elle consiste à dire, nous voulons pouvoir vivre de notre travail, sous-entendu ce sont les taxes et autres impôts qui nous conduisent à vivre dans un sentiment de précarité et d’indignité. 

Dans les deux cas, du #noustoutes aux « gilets jaunes », il s’agit de lutter pour la reconnaissance, et ce sont ces luttes-là qui sont à l’origine des révolutions, bien plus que les luttes fiscales. L’histoire des hommes, chez Hobbes par exemple, est l’histoire des luttes pour la reconnaissance, une revendication de dignité. 

Et finalement c’est une bonne nouvelle que les « gilets jaunes » et les #noustoutes se rejoignent sur ce point parce que, contrairement à ce que l’on peut lire, si les revendications sont les mêmes, cela signifie que chacun de ces mouvements aspire à participer à une seule et même société. 

@PetitsMatinsFC

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Bienvenue dans l’ère des révoltes thymotiques.
Intervenants
  • Docteure en Histoire de l'art, co-commissaire de l'exposition "Chagall du noir et blanc à la couleur"
  • Éditrice, co-commissaire de l'exposition Chagall du noir et blanc à la couleur
  • chercheur à l'Iris, spécialiste de l'Amérique latine et de l'Espagne et directeur de l’observatoire d’Amérique latine de la Fondation Jean Jaurès.
L'équipe
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