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Michel Polnareff, album "Enfin !"

Musique : Michel Polnareff "Enfin !" / Sémiotique du gilet jaune / UE - gilets jaunes / Evaluer la réforme de l’ISF

59 min
À retrouver dans l'émission

Bertrand Burgalat vous parle du dernier album de Michel Polnareff "Enfin !", et Sylvie Matelly de l'évasion fiscale comme base de la colère sociale. Les chroniques s'intéressent au gilet jaune comme « pur signifiant » et à l'ISF.

Michel Polnareff, album "Enfin !"
Michel Polnareff, album "Enfin !" Crédits : © Universal Music France

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec le musicien, Bertrand Burgalat pour la sortie tant attendue du dernier album de Michel Polnareff, Enfin ! (Universal Music France), après presque trois décennies de silence.

Polnareff est encore un mythe, parce qu'il fait partie des rares, comme Françoise Hardy, à composer. Je n'ai rien contre le mauvais goût,  il n'a pas cherché à suivre la mode du moment. C'est un très bon musicien, un très grand pianiste. Il me touche jusque dans ses maladresses, il a été un passeur. Un peu, comme Gainsbourg. Quand on a été mythifié, c'est très inhibant, ce que je peux comprendre. C'est incroyable qu'il soit sorti de cette espèce de malédiction, de sortilège. Quand on fait un disque, on est toujours tenté de ne pas le sortir. Aujourd'hui, on est dans une époque du bon goût où tout doit être parfait, très amplifié par les réseaux sociaux. Le fait de s'en moquer,  c'est une forme de liberté. Et s'il peut le faire, même à 74 ans, je trouve ça formidable.

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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Le gilet jaune est ce qu’on appelle en linguistique un « pur signifiant », dénué de toute signification en lui-même, si ce n’est la protection sur les routes. À l’image du mouvement qu’il désigne : informel et attrape-tout.

Dans le séminaire de 1955 sur Les psychoses, Jacques Lacan évoque à ce sujet le hurlement du chien devant la lune, « fonction vocale absolument a-signifiante, et qui contient pourtant tous les signifiants possibles », c'est cela même « qui nous fait frissonner » dans le cri inarticulé, « tandis que l'appel à l'aide a une signification ». Depuis des semaines, éditocrates et politologues, géographes, historiens et sociologues s’échinent à discerner le signifié évanescent de ce pur signifiant – le gilet jaune – pourtant massif et bien visible à l’horizon médiatique de nos villes et territoires. Alors pourquoi ne pas partir du signifiant lui-même, à commencer par la couleur jaune ? 

C’est la judicieuse initiative de Catherine Calvet dans les pages idées de Libération : interroger l’historien spécialiste des couleurs Michel Pastoureau. Premier paradoxe, non sans signification : dès le Moyen Âge, le jaune est une couleur maudite, celle des menteurs des hypocrites et des traîtres. Mais la couleur des trompeurs – les « jaunes » du mouvement social, briseurs de grève et syndicats collabos – est aussi celle des trompés : les cocus du théâtre de boulevard. Teinte par excellence de l’automne, elle est devenue le symbole « de tout ce qui décline, vieillit, moisit, de tout ce qui ne résiste pas au passage du temps. Jaunir n’est pas un verbe valorisant ». C’est qu’en teinture comme en peinture il a longtemps été difficile de conserver l’éclat de cette couleur lumineuse. « Avec le temps, elle ternit, brunit, est contaminée et décolorée par les couleurs voisines. Alors que dans la nature elle reste souvent rayonnante. En teinture, les beaux jaunes sont longtemps restés très coûteux, à l’image du safran, colorant de luxe. » L’historien évoque par ailleurs un marché symbolique saturé des couleurs de base en politique : « Le bleu pour les conservateurs, le rouge pour les communistes et les révolutionnaires, le rose pour les socialistes, le blanc pour les monarchistes, le vert pour les écologistes, le noir pour les anarchistes, et même l’orangé adopté par le Modem. Quant au violet, il incarne les mouvements féministes depuis les années 1900, fusionnant plus ou moins en une seule couleur revendicatrice et égalitaire le rose féminin et le bleu masculin. » C’est pourquoi, ajoute Michel Pastoureau, « si j’étais un créateur, un designer, j’investirais dans le jaune, couleur peu présente dans notre vie quotidienne. Elle a une place à prendre, un avenir… » 

« Le mouvement des gilets jaunes a commencé sur la grande plateforme bleue » observe Olivier Ertzscheid dans les pages idées deL’Obs. « Facebook est désormais la ligne Maginot où s’observe dans toutes ses variétés ce qu’on appelait auparavant l’opinion. Il est aussi le lieu où elle s’élabore. » Pour le chercheur, spécialiste du numérique, le fait que le mouvement soit né sur le réseau social de Mark Zuckerberg ne doit rien au hasard. Il est en quelque sorte « une expérimentation grandeur nature » de son projet politique énoncé dès le début, celui – je cite – d’une nouvelle « infrastructure sociale  […] pour établir de nouveaux processus participatifs dans des prises de décisions collectives pour les citoyens du monde ». Avec l’usage, elle est même devenue « une métonymie de la connexion à internet » : en prenant le café le matin on relève ses notifications comme jadis on lisait le journal en guise de prière inaugurale et laïque – disait Hegel à propos de l’homme moderne. La démocratisation de l’outil de communication a été favorisée par les libertés à l’égard des codes dominants : par exemple, les fautes d’orthographes n’y sont plus discriminantes. « L’imprimerie a permis au peuple de lire, internet va lui permettre d’écrire », conclut Olivier Ertzscheid, en évoquant « cet espace d’écriture que Facebook lui a offert. Un espace confiné, confinant, mais aussi un espace confiant, un espace confident. »

Jean-Luc Nancy aborde également la question dans Libé en termes de langage : le mot « demain » n’a pas la même signification selon qu’on envisage l’avenir « dans le lointain d’une civilisation métamorphosée » à la manière des élites, ou qu’on fait l’épreuve de ceux qui « ont été projetés d’une pure absence d’avenir dans la course du supposé progrès ». Car le doute s’installe : « On parle plusieurs langues hermétiques entre elles dans ce monde de communication à très haut débit. La langue d’un progrès qui s’autolégitime de sa seule fuite en avant. La langue du souci de vivre avec confiance le cours des jours. La langue du désir brûlant et de la douleur folle infligée par la fuite du goût même de l’existence. La non-langue du calcul managérial, opérationnel et compulsif. L’autre non moins compulsive non-langue des incantations aux esprits, aux sauveurs, aux ancêtres. » Réapprendre à parler, à se parler politique, éthique ou existence ? Ce serait l’utopie à venir.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Parmi les revendications récurrente des "gilets jaunes" en France et en Europe ces derniers jours, la justice fiscale. Elle vise l'impôt mais aussi l'évasion fiscale. Dans l'UE, la fraude et l'évasion sont estimées à 1000 milliards € par an : au point de déstabiliser les états ? 

Xavier Martinet s'entretient avec Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Donc on va évaluer la réforme de l’ISF…

Oui, c’est ce qu’a dit hier le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, il faut évaluer la réduction de l’ISF à l’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière, et puis le président Emmanuel Macron a dit qu’il ne le DE-TRI-CO-TE-RAIT pas, donc on ne sait pas si on va évaluer ou pas. Mais si on évalue, on aura bien du mal à évaluer l’évaluateur. Car, à dire vrai, on voit mal comment l’on va voir si l’argent des grosses fortunes qui migrait au loin jadis est revenu ici, après la suppression de l’ISF. On va avoir bien du mal à le savoir parce qu’il faudrait le savoir toutes choses égales, or en matière de fiscalité rien n’indique que les choses se déroulent toutes choses égales par ailleurs. 

Je m’explique : impossible de relier l’augmentation des investissements dans les entreprises françaises à la suppression de l’ISF, puisque cette hausse a peut-être été créée par la reprise mondiale, les opportunités d’investissement, toutes choses qu’il n’est pas possible d’isoler. Mais, surtout, le principal problème, c’est que l’on peut évaluer l’efficacité d’un impôt, mais l’ISF, avant d’être un impôt, est un symbole. C’est ainsi qu’il avait été pensé par Raymond Barre, qui ne l’a jamais mis en œuvre, appliqué par François Mitterrand, annulé par Jacques Chirac, et ainsi de suite. 

Evaluer l’ISF, c’est à peu près aussi aisé qu’évaluer l’efficacité de l’hymne national ou des monuments aux morts. L’ISF agit non pas tant par l’argent qu’il permet de redistribuer mais par l’idée qui le sous-tend, et qui le justifie. Cette idée est la suivante : la formation des gros patrimoines a été rendue possible aussi par la collectivité et c’est pourquoi une partie de cette richesse doit revenir à la collectivité. Dès lors, il est impossible de savoir si un symbole fonctionne, mais il est en revanche très facile de savoir si un symbole agit sur les consciences, autrement dit si un symbole agit sur la représentation que l’on se fait de la société. 

Et là, on quitte le terrain de l’économie pour celui de la politique, car l’ISF n’est pas un impôt obéissant à des règles économiques, mais à des considérations politiques. 

@PetitsMatinsFC

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner

Evaluer la réforme de l’ISF
Intervenants
  • Producteur (label Tricatel), auteur, compositeur et interprète.
  • Economiste et directrice adjointe de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)
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