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L'écrivaine libanaise, Hoda Barakat, en 2015.

Livre : Hoda Barakat / Rouvrir Bazin / Législatives en Arménie / Emmanuel Macron et le manque de compassion

1h
À retrouver dans l'émission

Hoda Barakat parle de son roman "Courrier de nuit", et Vahé Ter Minassian de la victoire de Nikol Pachinian en Arménie. Les chroniques s'intéressent à André Bazin et au manque de compassion du président français.

L'écrivaine libanaise, Hoda Barakat, en 2015.
L'écrivaine libanaise, Hoda Barakat, en 2015. Crédits : ADRIAN DENNIS - AFP

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Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

A l'occasion de la journée spéciale France-Culture consacrée au 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, Tewfik Hakem s'entretient avec l'écrivaine Hoda Barakat qui publie son sixième roman, Courrier de nuit, traduit de l'arabe (Liban) par Philippe Vigreux, aux Editions Actes Sud. Un roman épistolaire construit autour de cinq lettres jamais envoyées par leurs auteurs, lesquels ont en commun d'avoir fui les catastrophes du monde arabe et de vivre en exil, dans une ville européenne, indéterminée.

Un réfugié aux abois, poursuivi par un tueur, écrit à la femme qu’il a aimée une lettre restée inachevée. Une étrangère de passage la trouve par hasard et, terrifiée, elle écrit à son tour à son ancien amant qu’elle attend dans sa chambre d’hôtel sans trop d’espoir. Jamais postée, sa lettre tombe dans les mains d’un autre étranger, l’incitant à raconter à sa mère des épisodes scabreux de son passé. Mais cette missive, qu’il cache en cherchant à échapper à la police, est découverte par une femme désemparée qui se décide à écrire à son frère condamné à une longue peine pour lui rapporter ce qu’il ne sait pas de l’histoire sordide de leur famille. Et ainsi de suite dans une cinquième, puis une sixième lettre, qui constituent avec les précédentes une chaîne de confessions dont aucune ne parvient à son destinataire. Pour n’être finalement lues que par les lecteurs anonymes de ce roman… En une centaine de pages troublantes de bout en bout, Hoda Barakat campe des migrants en butte à la misère sociale et à leurs propres démons, et pointe l’incommunicabilité humaine dans un monde surchargé de moyens de communication. [Présentation de l'éditeur]

La guerre civile libanaise a commencé en 1975. En 1970, j'étais déjà à l'Université. Beyrouth était une ville très ouverte, je pouvais savoir tout ce qui se passait dans le monde. On lisait, on recevait les journaux, les revues de l'étranger, on était très attaché à ce que l'humanité était arrivée à mettre en place. Arrivés à l'époque où nous sommes actuellement, les Droits de l'homme, qu'est-ce qu'il en reste ? Ils sont très fortement bafoués.Notre époque est une époque triste.

"Courrier de nuit" d'Hoda Barakat
"Courrier de nuit" d'Hoda Barakat Crédits : Editions Actes Sud
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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

C’est un événement éditorial : la publication des Écrits complets du grand critique de cinéma André Bazin, cofondateur des Cahiers du cinéma et figure tutélaire des jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague.

Pour commencer, un double coup de chapeau : aux éditions Macula qui ont réalisé cette performance – 2700 articles, 5 index, un appareil critique complet, près de 3000 pages en 2 forts et élégants volumes sous coffret. Et chapeau à l’auteur de cette édition, Hervé Joubert-Laurencin, professeur d’esthétique et d’histoire du cinéma à l’université Paris Nanterre, qui depuis plus de vingt ans collecte le moindre article en vue de constituer une base de données pour les chercheurs dont cette publication est l’heureux aboutissement. Les éditions du Cerf avaient publié en quatre tomes un ensemble d’une soixantaine de textes sous le titre Qu’est-ce que le cinéma ? soit une toute petite partie de l’œuvre d’André Bazin, un ouvrage de référence qui aura contribué à sa notoriété internationale, publié juste après sa mort prématurée en novembre 1958. 

L’extraordinaire prolixité du critique s’est illustrée dans de nombreuses publications, du Parisien libéré où il tenait la rubrique cinéma, à la revue Esprit, en passant par L’Écran français, les Cahiers du cinéma, et plusieurs hebdomadaires, dont ceux qui allaient devenir Télérama et L’Obs. Dans son introduction aux Écrits complets, Hervé Joubert-Laurencin rappelle sa conception de la critique : « Le critique – écrivait Bazin – part du résultat, de l’œuvre achevée. Il a pour mission non pas tant de l’expliquer que d’en épanouir la signification (ou plutôt les significations) dans la conscience et l’esprit de son lecteur », en somme, de « prolonger le plus loin dans l’intelligence et la sensibilité le choc de l’œuvre d’art ». Et l’architecte de cette édition des Écrits détaille les soubassements de l’acuité argumentée du jugement, et l’armature théorique de cet « historien de l’art publiant dans les colonnes du Parisien libéré ». En faisant le lien avec la pensée du cinéma qui voit le jour en son temps et va entrer en résonnance avec ses propres conceptions. En particulier la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty, qui s’empare du sujet dans une conférence à l’IDHEC, publiée dans Les Temps modernes, la revue où Bazin avait notamment donné un article sur « La technique de Citizen Kane ». Merleau-Ponty insiste sur le caractère contemporain de cette nouvelle façon de faire de la philosophie – la phénoménologie – avec l’âge du cinéma, il y voit plus qu’une coïncidence, un « commun rapport au monde », qu’exprime la notion de « point de vue » dans l’exemple du train qui démarre : « Si je joue aux cartes dans mon compartiment, c’est le train voisin qui démarre. Si, au contraire, je cherche des yeux quelqu’un dans le train voisin, c’est alors le mien qui démarre. À chaque fois nous apparaît fixe celui des deux où nous avons élu domicile et qui est notre milieu du moment. » Commentaire d’Hervé Joubert Laurencin : « Le cinéma comme milieu du moment, ici-et-maintenant décalé sur la voie d’en face, faisant sortir du faux dilemme entre point de vue capté et point de vue construit puisqu’un film contient toujours les deux : quelle belle idée ! ». C’est ainsi qu’on a pu mettre en regard La Phénoménologie de la perception et le texte de Bazin sur l’Ontologie de l’image photographique. Si le critique n’est pas toujours tendre avec le cinéma de Jean-Paul Sartre – les films qu’il a scénarisés ou qui adaptent ses œuvres – dans son texte sur Le Dictateur, où Chaplin pastiche Hitler, il recycle « tout le vocabulaire de l’existentialisme sartrien » : néant, existence, essence, etc. 

Et c’est en somme une traversée au long cours dans l’esprit du temps que nous offrent ces deux volumes denses, et pas seulement dans l’histoire pourtant riche du cinéma des années 45 à 60. Si sa disparition prématurée l’a empêché d’accompagner les débuts de la Nouvelle Vague, qu’il a en quelque sorte couvée par sa pensée, André Bazin a été dès le début attentif au courant du néoréalisme italien. Dans sa Défense de Rossellini, alors que certains critiques transalpins se demandent s’il est encore ou même s’il a jamais été néoréaliste, il livre une définition limpide du réalisme au cinéma : « L’artiste réaliste traditionnel (Zola par exemple) analyse la réalité puis en refait une synthèse conforme à sa conception morale du monde, tandis que la conscience du metteur en scène néo-réaliste la filtre. » Dans Voyage en Italie, où Naples n’apparaît « que de façon incomplète et fragmentaire », c’est la conscience du personnage principal qui filtre la réalité, et c’est ainsi que l’image restituée « demeure globale ». Avec Rossellini, « le néo-réalisme retrouve naturellement le style et les ressources de l’abstraction. Respecter le réel n’est pas en effet accumuler les apparences, c’est au contraire le dépouiller de tout ce qui n’est pas l’essentiel, c’est parvenir à la totalité dans la simplicité. »Bazin insiste également sur « le démon de la mobilité », du cinéaste italien, en particulier dans « l’hallucinante marche à la mort du gamin d’Allemagne année zéro ». Une leçon qui n’aura pas échappé à Gilles Deleuze, auquel elle a inspiré l’articulation des deux états du cinéma : « l’image-mouvement » et « l’image-temps ». 

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Avec plus de 70 % des voix, la coalition "Yelk" de Nikol Pachinian domine les législatives en Arménie et balaie l'ancien Parti Républicain. L'actuel premier ministre qui a mené la "révolution de velours" en avril gagne le pari sur la légitimité. Dans quel sens va-t-il gouverner ? Législatives en Arménie : la Révolution, de la rue au plébiscite ?

Xavier Martinet s'entretient avec Vahé Ter Minassian, journaliste scientifique et spécialiste de l'Arménie, auteur d' Arménie, Chronique de la IIIe République.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

L’ancien président américain, Georges Bush, mort la semaine dernière, avait quelque chose à apprendre à Emmanuel Macron…

Oui, car la victoire de Bush à la présidentielle a représenté un travail considérable pour ses communicants. Ils ont réussi à faire passer ce réfrigérateur pour un être chaleureux et empathique. Lors de son élection, son adversaire était encore pire que lui : dans les enquêtes d’opinion de l’époque, Michael Dukakis passait pour un « robot sans cœur», sans aucune place pour les sentiments. 

Une partie de la stratégie de Georges Bush Senior a consisté non seulement a passer pour empathique mais aussi à souligner la froideur de son adversaire. Avec méthode, les Républicains ont dépeint Dukakis comme un cerveau dépourvu d’humanité. Et, du coup, lorsque Dukakis tentait de montrer qu’il possédait les qualités nécessaires à être un homme d’état – la rigueur, la capacité d’analyse – il diminuait ses chances de l’emporter. Au contraire, Bush rassemblait tous ses efforts pour passer pour humain ; il avouait par exemple qu’il lui arrivait de commettre des erreurs. 

Le manque d’empathie, c’est aujourd’hui quelque chose que l’on reproche à Emmanuel Macron. Il est vrai qu’habituellement nos présidents excellent en matière de compassion, Jacques Chirac était le compatissant en chef, toujours une phrase empathique, depuis l’ourse Cannelle jusqu’au plus obscur artiste de variété mort dans l’exercice de ses fonctions. François Hollande restera le président des attentats, avec de multiples occasions, hélas, de compatir. 

Emmanuel Macron en revanche a toujours refusé de compatir, ne citant jamais Charlie Hebdo, refusant de commémorer le 13 novembre — le 13 novembre soit quatre jours avant le début du mouvement des « gilets jaunes », le 17 novembre. Pourtant, il aurait dû savoir que les politiques désormais doivent être des machiavels du bien, Machiavel qui expliquait lui-même, dans le célèbre chapitre XVIII du Prince, que le monarque ne doit rien dire « qui ne respire la bonté, la justice, la civilité, la bonne foi, la piété ». 

En somme, selon Machiavel, le prince qui ne réussit pas à se montrer bon est mauvais. 

@PetitsMatinsFC

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner

Emmanuel Macron et le manque de compassion
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