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Jacques Rivette, Venise, 2009.

Cinéma : Textes critiques de Jacques Rivette / Sociologie des « gilets jaunes » / OMC : une réforme peut-elle sauver le commerce ? / Fusillade à Strasbourg

1h
À retrouver dans l'émission

Luc Chessel vous parle des "Textes critiques" de Jacques Rivette, et Sébastien Jean de l'OMC. Les chroniques s'intéressent au profil des « gilets jaunes » et à la fusillade à Strasbourg.

Jacques Rivette, Venise, 2009.
Jacques Rivette, Venise, 2009. Crédits : Damien Meyer - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec le critique de cinéma, Luc Chessel (26 ans) qui, avec Miguel Armas, fait paraître l'édition annotée des Textes critiques de Jacques Rivette (1928-2016) chez Post-Editions, recueillis pour la première fois depuis leur publication, ainsi que quelques textes inédits retrouvés dans les archives du cinéaste. Luc Chessel signe aussi la présentation.

Il y a un certain nombre de thèmes que Rivette voyait dans les films des autres ; ceux de Jean Renoir, Howard Hawks, Alfred Hitchcock... Il y a des choses plus secrètes qu'on retrouve dans son oeuvre. Critique, il a essayé de révéler les films des autres : pour lui, il n'a pas manqué de brouiller les pistes. Ces textes inédits, on en a retrouvé dans les archives qu'il avait déposées, d'autres chez sa femme ; il s'agissait de rendre les choses lisibles, voir ce qu'on pouvait rendre publique.

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Les premiers résultats d’une enquête de sociologues, politologues et géographes permettent de préciser le profil des « gilets jaunes ».

C’est Le Monde qui les publie en pages Débats & analyses : âgés de 45 ans en moyenne, ils appartiennent aux classes populaires ou à la « petite » classe moyenne. La catégorie des employés est surreprésentée : 33% des participants et 45% des actifs présents, alors qu’ils sont 27% de la population active française. Les ouvriers ne comptent que pour 14% des « gilets jaunes ». Les artisans, commerçants et chefs d’entreprise sont également bien représentés : 10,5%, et 14% des actifs présents, contre 6,5% de la population active. Les cadres sont peu nombreux : à peine 5% des participants, 7% des actifs présents contre 18% au niveau national. Les inactifs forment le quart des participants au mouvement et pour l’essentiel ce sont des retraités. Autre particularité notable, la forte proportion de femmes, souvent issues des classes populaires et traditionnellement peu mobilisées politiquement. 25% de l’ensemble est diplômé du supérieur et 35% titulaire de BEP ou CAP. Des ménages aux revenus modestes : en dessous du revenu médian de près d’un tiers. 33% se déclarent apolitiques, les autres se situent à l’extrême gauche (15%), à l’extrême droite (5,4%), à gauche (42,6%) et à droite (12,7%). Pour presque la moitié d’entre eux c’est leur première mobilisation. Outre les revendications sur le pouvoir d’achat, et l’« accès à un standard de vie » incluant des loisirs « de plus en plus inaccessibles », ou encore la dénonciation de l’injustice fiscale, les « gilets jaunes » expriment « une exigence de respect et de reconnaissance » de la part du pouvoir politique, qui peut aller jusqu’à la demande de réformes institutionnelles. Conclusion des auteurs : « La diversité des rapports au politique et des préférences partisanes déclarées font des ronds-points et des péages des lieux de rencontre d’une France peu habituée à prendre les places publiques et la parole, mais aussi des lieux d’échange et de constructions de collectifs aux formes rarement vues dans les mobilisations. »

C’est pourquoi, dans les pages Débats & controverses de L’Humanité, l’anthropologue Bernard Kalaora reprend la notion de « résonnance », théorisée par Hartmut Rosa dans son dernier ouvrage Résonance : une sociologie de la relation au Monde (La Découverte). L’objet « gilet jaune », notamment, « est un moyen de reconnaissance mais aussi une façon de se sentir connecté et en résonance avec les autres », d’éprouver sa « capacité à atteindre et à faire bouger quelque chose et donc à agir sur le monde. Pauvres en monde ou dépourvus de monde, pour la plupart oubliés des politiques et des économistes, assignés à des espaces en déshérence, urbains ou ruraux, ils ont dans l’expérience de l’interaction née d’un tel processus, le sentiment d’être enfin au monde. » Et ce sentiment pourrait bien compter davantage que les résultats concrets, espérés ou obtenus. « Toucher en l’autre une corde vibrante et sensible » dans la froideur technocratique du monde désincarné de la politique néolibérale, la motion serait de nature à rencontrer le cœur du projet de l’écologie : renouer avec notre environnement. 

Le un est consacré à « la révolte des oubliés ». Le géographe Jacques Lévy y pointe la contradiction de ceux qui souhaitent « voir augmenter le pouvoir d’achat en diminuant la taxation et la solidarité » mais qui « réclament aussi davantage d’État, attendant de lui plus de services ». Ce qu’il désigne comme « naïveté » pourrait aussi bien faire « leur force face aux professionnels de la politique dont la société française dans son ensemble a appris à se méfier. On pourrait imaginer sortir de cet épisode par le haut en accélérant la mise en place d’une démocratie interactive complétant la démocratie représentative par des dispositifs d’échange permanents. » Jacques Lévy tente de traduire le message paradoxal des « gilets jaunes » en évoquant les propos de Bertolt Brecht : « nous ne devons pas penser le futur à partir des bonnes vieilles choses, mais des nouveautés désagréables ». Du coup, « l’avènement d’une république démocratique animée par des citoyens libres et responsables est encore devant nous ». 

Dans Les Echos, en pages Idées & Débats, Héloïse Berkowitz analyse le mouvement en termes de théorie des organisations. « Pas de hiérarchie apparente, pas de règles pour guider l’action, pas de surveillance du respect de ces règles et pas de sanctions en cas de non-respect... Il s’agit de ce que des chercheurs suédois ont baptisé une organisation « partielle », reposant uniquement sur le critère d’appartenance, composée d’individus hétérogènes, seulement réunis autour du symbole du gilet jaune et du besoin partagé d’être vus. » La chercheuse au CNRS plaide pour la mise en place d’organisations alternatives, qui « pourraient alors dialoguer avec les syndicats et les politiques ». Et avec les ONG s’adresser au pouvoir. « Mais aussi, plus globalement, à la société française, soumise à des changements profonds – numérisation du travail, transition  écologique… – sans gouvernance collective adaptée à leur complexité. »

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

L'OMC est la seule organisation internationale qui définit des règles régissant le commerce entre les pays du monde. En bloquant l’OMC, Donald Trump incite ses membres à proposer des réformes radicales pour contrer les offensives commerciales imposées de la Chine...

Xavier Martinet s'entretient avec Sébastien Jean, économiste, directeur du CEPII, Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

La société française est une nouvelle fois menacée par le terrorisme…

Et, doublement menacée, d’abord par cet assassin qui a frappé hier soir sur le marché de Noël de Strasbourg, mais aussi par les commentaires complotistes qui ont immédiatement submergé Facebook, et notamment certains groupes de gilets jaunes. 

De multiples messages postés sur Facebook expliquant que cet attentat ne pouvait avoir été fomenté, ou inventé, que par le gouvernement, que cette attaque, réelle ou supposée, n’avait qu’un but, éviter un acte V des gilets jaunes. Certains gilets jaunes se sont malheureusement illustrés dans cet exercice, et notamment Maxime, le gilet jaune que nous avions reçu dans les matins, mais, il faut le noter, d’autres groupes de gilets jaunes se sont émus de ces commentaires, et ont même décidé d’arrêter les forums pour éviter d’accréditer de telles thèses. 

Il y a dans ce complotisme quelque chose d’infiniment triste : la défiance absolue dans la possibilité d’un pouvoir républicain, la croyance selon laquelle la fin justifierait tous les moyens pour l’exécutif, sont finalement le signe d’une société fracturée. Cette défiance, il faut le souligner, ne vise pas particulièrement Emmanuel Macron, elle était déjà très largement présente sous François Hollande : il ne s’agit pas d’un manque de confiance vis-à-vis de ce gouvernement, mais d’une défiance par rapport à nos institutions. 

Comme à l’époque de l’attentat de Charlie Hebdo, ou mille théories farfelues avaient été diffusées sur la toile, ces commentaires trouvent mille raisons de douter de la réalité de cet attentat. D’où ce paradoxe, la volonté de croire que personne ne serait assez méchant pour viser un marché de Noël, mais dans le même temps l’idée que le gouvernement est prêt à tout pour asseoir son pouvoir. 

Ce scepticisme témoigne donc d’une confiance en l’humain, et d’une défiance absolue vis-à-vis de tout pouvoir, de toute autorité, comme si finalement, en accédant au pouvoir on cessait d’être homme, comme si la seule question que l’on devait se poser en permanence, était à qui profite le crime. Ce complotisme procède d’une pensée magique : le pouvoir a tous les pouvoirs. Voilà la nouvelle pensée magique, une magie qui détruit notre capacité à faire société. 

@PetitsMatinsFC

Chroniques

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Le Réveil culturel

Les textes critiques de Jacques Rivette réunis pour la première fois dans un livre essentiel
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Journal de 6h30

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Sociologie des "gilets jaunes"
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OMC : une réforme peut-elle sauver le commerce ?
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L'Humeur du matin par Guillaume Erner

Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société
Intervenants
  • critique de cinéma pour Libération
  • Economiste, directeur du CEPII et directeur de recherches à l’INRAE
L'équipe

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