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"Swan, 1. Le buveur d'absinthe", Editions Gallimard Bande dessinée

BD : Néjib / Crise française : le regard des autres / Violences en RDC / Le "locus of control" fort de l'assassin de Strasbourg

1h
À retrouver dans l'émission

Néjib vous parle de son album "Swan, 1, Le buveur d'absinthe", et des violences en RDC. Les chroniques s'intéressent au regard de la presse étrangère sur la crise française et à ce qui incite un homme à basculer dans le terrorisme.

"Swan, 1. Le buveur d'absinthe", Editions Gallimard Bande dessinée
"Swan, 1. Le buveur d'absinthe", Editions Gallimard Bande dessinée Crédits : Néjib

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec l'auteur de bande dessinée, Néjib, pour la sortie de son album Swann, 1 Le buveur d'absinthe, publié aux Editions Gallimard Bande dessinée. 

Il y a tellement de plaisir à dessiner cette période que je me suis pris au jeu. Donner vie à des personnages, oui, mais ce n'est pas pour autant un récit pédagogique ni un biopic, l'idée était plutôt de montrer la relation des uns avec les autres ou des uns contre les autres. Je dessine ces artistes qui ont vingt-cinq, vingt-six ans, à l'époque (dans les années 1860) ; Manet, Degas, Fantin Latour..., toute cette génération d'artistes qui va construire une relation contre leurs pères qui leur façonnent quelque chose de strict sinon hypocrite. C'est cette tension que j'ai voulu raconter.

"Swan, 1. Le buveur d'absinthe", Editions Gallimard Bande dessinée
"Swan, 1. Le buveur d'absinthe", Editions Gallimard Bande dessinée Crédits : Néjib

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

La presse internationale porte un regard attentif à ce qui se passe chez nous. On peut en tirer quelques leçons.

Courrier international relaie ces articles, notamment celui d’Adam Nossiter dans le New York Times: comme tout ce qui est français pour un Américain, la révolte des « gilets jaunes » est « typiquement française ». Le correspondant du quotidien à Paris estime le mouvement « plus proche d’Occupy Wall Street » que du nationalisme « raciste et de plus en plus autoritaire d’un Viktor Orbán en Hongrie », car il ne joue pas la même « partition que les populistes classiques », n’étant relié « à aucun parti politique, surtout pas à la droite » et ne se concentrant pas « sur les questions de race et d’immigration ». Le journaliste relève la « situation paradoxale » que vit la France aujourd’hui « dans la mesure où l’arrivée au pouvoir de Macron était elle-même fondée sur l’élimination des partis existants ainsi que le rejet des corps intermédiaires tels que les syndicats ». Dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Georg Blume évoque la situation créée par l’attentat de Strasbourg. « Une ombre s’étend sur la joyeuse nuit de Noël révolutionnaire que prévoyaient les “gilets jaunes”. Aussi cynique que cela puisse paraître, ce n’est pas le président à l’Élysée qui va regretter que les manifestants bénéficient désormais d’un peu moins d’attention. » Car l’attentat prive la révolte « de cette légèreté ambiante » qui était la sienne, « et redonne au chef de l’exécutif son rôle classique de garant de la sécurité des Français ».

Peter Sloterdijk, le plus francophile des philosophes allemands, qui avait accueilli avec enthousiasme l’élection d’Emmanuel Macron, déplore aujourd’hui dans Le Point « le silence collectif qui a suivi, très vite, son installation à l’Élysée ». À propos des comparaisons avec Louis XVI, arborées par certaines pancartes des « gilets jaunes », il rappelle cette formule d’un autre président : « les Français aiment choisir un roi pour lui couper la tête tous les jours ». Et en appelle à Rabelais, pour illustrer le mouvement social en cours, à « la fonction du carnaval dans une société stratifiée ». Une catharsis « qui permet un ponctuel renversement des valeurs », « un moment rabelaisien qui s’accompagne de remarques sexuelles à l’égard du chef et de son épouse, remarques liées au « bas » du corps dont Rabelais était friand. ». Le philosophe rappelle que c’est lui qui met en valeur le potentiel contre-culturel de la culture populaire. « Dans le carnaval on porte des costumes, parfois modestes (comme ce gilet jaune), qui mettent tous les citoyens sur un pied d’égalité. » 

La Révolution française avait aussi un aspect carnavalesque, avec « le bonnet phrygien, qui faisait référence à celui des esclaves affranchis de l’Empire romain ». Le gilet jaune évoque la sécurité routière ou la collecte des ordures ménagères, il diffuse un message clair : « attention, accident ». Et il est devenu l’emblème « de l’accident généralisé ». Quant au roi du carnaval, la question n’est pas de savoir qui il sera « mais plutôt comment empêcher que certains faux rois montent sur le trône. En France on connaît trop bien le nom des prétendants. Ce sont eux qui soutiennent la tendance vers le chaos, pour ne pas parler des trolls russes. »

À l’approche des fêtes, Philosophie magazine consacre un dossier à la fête. Dans son esquisse des « structures élémentaires de la festivité », Alexandre Lacroix évoque « la redistribution politique », destinée, comme dans le carnaval, à « rendre supportable la relation entre les dominants et les dominés ». Lorsqu’on brûle l’effigie d’un roi de paille ou qu’on la tourne en dérision, comme dans les charivaris du Moyen Âge, on se libère momentanément et symboliquement de la domination. Mircea Eliade avait bien relevé ce pouvoir de suspendre le temps, un aspect essentiel de la fête, qu’elle soit profane ou sacrée. « C’est un temps ontologique par excellence, “parménidien” : toujours égal à lui-même, il ne change ni s’épuise. À chaque fête périodique on retrouve le même Temps sacré, le même qui s’était manifesté dans la fête de l’année précédente ou dans le fête d’il y a un siècle.  ». Mircea Eliade (Le Sacré et le Profane)

Encore un angle possible pour analyser la crise sociale actuelle : la discordance des temps, celui des élites et celui du « bon peuple ». Dans Les Echos Eric Le boucher évoque « un vent de catastrophisme parmi les dirigeants » après le recul d’Emmanuel Macron face aux « gilets jaunes ». Ils ont pourtant leur part de responsabilité – ajoute-t-il. « Dans une démocratie, un système économique qui rend malheureux la moitié de sa population dont les revenus stagnent depuis vingt ans n’en a pas pour longtemps. » Et de déplorer que « les capitalistes ne lisent pas les rapports de l’Organisation du travail (OIT) » qui montrent qu’ « En 2017, non seulement la croissance des salaires dans le monde a été plus faible qu’en 2016 (2,4 %), mais elle est tombée à son taux le plus bas depuis 2008 (1,8 %). Etant donné la reprise de la croissance du PIB et la baisse progressive des taux de chômage dans divers pays, la faible croissance salariale est quelque peu déroutante. » Pour les salaires, c’est aussi « le temps suspendu »…

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

La campagne pour se tend en RDC, à 10 jours d’élections générales historiques pour le pays. Les violences ont fait 6 morts en 3 jours, et après l'incendie d'un entrepôt de matériel électoral à Kinshasa, gouvernement et opposition s’accusent mutuellement de vouloir saboter le scrutin…

Xavier Martinet s'entretient avec Olivier Kamitatu, fondateur et président de l'ARC, directeur de communication de ;la campagne de Martin Fayalu, ancien président de l'Assemblée nationale de transition et ex-ministre du Plan et de la Révolution de la modernité.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Qu’est ce qui incite un homme à basculer dans le terrorisme ? 

Eh bien je vais vous répondre avec précision : on n’en sait rien. Mais évidemment le cas de l’auteur de l’attentat du marché de Noël de Strasbourg, abattu hier soir par la police pose encore une fois la question. Disons que les sciences sociales sont très fortes, lorsqu’il s’agit de terrorisme, pour expliquer ce qui va se produire a posteriori, quand le futur est déjà du passé - le passage à l’acte est l’un des événements les plus complexes à analyser. 

Alors après coup, que peut-on dire ? En premier lieu qu’il y a des régularités observables, notamment une acclimatation à la violence — vous me trouverez peut-être rousseauiste, mais on ne naît pas violent, on le devient, par degré, comme si l’on montait un escalier — et c’est probablement pour cela que les terroristes sont souvent d’ancien droits communs. Les nazis savaient qu’il n’y avait pas mieux qu’un droit commun pour servir de kapo dans les camps de concentration. 

Mais cela ne suffit pas, il faut quelque chose de plus, ce que l’assassin de Strasbourg a dit mot pour mot au chauffeur de taxi qu’il avait braqué : « Tu sais ce que j'ai fait? J'ai tué des gens! (...) Pour nos frères morts en Syrie. » Dans cette phrase on trouve la condition nécessaire du passage à l’acte, ce que l’on appelle le locus of control

Le locus of control, c’est ce qui permet à l’auteur d’un geste criminel de justifier aux yeux d’autrui mais surtout à ses propres yeux, pourquoi il a commis un crime, c’est le contraire d’un geste gratuit. Ce qui prédomine chez les assassins c’est un locus of control fort, autrement dit une forte propension à justifier ce qui pour la majorité des individus ne pourrait pas l’être. Pour devenir ce terroriste strasbourgeois il faut être capable d’associer le sort d’innocents sur un marché de Noël et le sort des Syriens. 

C’est ce même locus of control qui a été perçu chez les nazis qui participèrent à la Shoah par balle – parce qu’il faut beaucoup se justifier pour être un assassin, dire par exemple, comme l’ont fait ces nazis, que l’on tue des enfants pour ne pas laisser d’orphelins. C’est cela le point commun de ces criminels, avoir un locus of control fort pour justifier l’injustifiable.

@PetitsMatinsFC

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Intervenants
  • Dessinateur, auteur de BD
  • fondateur et président de l'ARC, chargé de communication de la campagne de Martin Fayalu et porte-parole de Moïse Katumbi, ancien président de l'Assemblée nationale de transition et ex-ministre du Plan et de la Révolution de la modernité
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